Archives du mot-clé French Pulp

Les loups de Belleville de Sergueï Dounovetz

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont eu la bonne idée de commencer une nouvelle série des enquêtes de Nestor Burma, avec l’autorisation de Jacques Malet et sous la direction de Jérôme Leroy. Le principe est de faire un roman par arrondissement écrit par un auteur différent. En route donc pour le 20ème arrondissement qui m’est cher.

Nestor Burma n’est pas à la fête en ce mois de canicule, puisque c’est dans un cimetière qu’on le retrouve. Il n’est pas là pour visiter le Père Lachaise mais pour enterrer un de ses amis : Niki Java. Niki Java était journaliste et sa mort est imputable à une crise cardiaque, en théorie. D’ailleurs, la sœur de Niki fait un scandale pendant la cérémonie en demandant une autopsie du corps de son mari.

Après une discussion avec Stéphanie Faroux, qui est à la tête de la brigade criminelle, Nestor Burma retourne à son agence Fiat Lux.com. Son assistante Kardiatou Châtelain, fille d’une miss Sénégal 1985 et belle comme le jour, lui apprend que le climatiseur est en panne, ce qui explique sa tenue légère. Mais Nestor Burma n’a pas la tête à ça. Le téléphone sonne et quelqu’un se présentant comme étant Niki Java lui donne rendez vous dans un bar bien connu des deux amis, qui s’appelle Les amis de la police.

Arrivé au bar, une enveloppe l’attend : Niki lui donne rendez vous la nuit même au Père Lachaise. Niki blessé lui explique qu’un journaliste kurde est enterré à sa place, car il devait lui faire passer un dossier brulant et sulfureux mettant en cause et dos à dos les turcs et les kurdes. Mais la situation est loin d’être aussi simple qu’il n’y parait quand on fricote dans les eaux de l’espionnage à grande échelle …

Quelle bonne idée de remettre à l’ordre du jour Nestor Burma, ce détective privé au passé anarchiste qui avait le talent de mettre son nez dans des affaires qui sentent mauvais. Ces nouvelles enquêtes comportent des figures imposées. L’agence Fiat Lux a donc droit à son site internet, son assistante change de prénom (Hélène devient Kardiatou) mais elle est toujours aussi craquante. Le commissaire Faroux père laisse sa place à Stéphanie Faroux fille. Et Nestor Burma, rajeuni pour l’occasion, garde son esprit frondeur et son caractère humoristique, ainsi que son charme naturel.

C’est donc un roman plein d’action, de rythme, et de d’humour que l’on découvre, avec un détective privé plongé dans des sphères brouillardeuses de l’espionnage industriel. Nestor Burma va être maltraité entre le PKLF (Parti Kurde de Libération de la Femme), les services secrets turcs et français, les agents doubles, triples et plus si affinités, les trafiquants d’armes, de drogue et de plein d’autres choses. Si l’intrigue est un peu complexe à suivre, elle ne manque pas de rebondissements ni d’humour. D’ailleurs cet humour est essentiellement basé sur des réparties cinglantes et sur des jeux de mots, et je n’en ai jamais lu autant dans un roman. Car on a droit à un sourire voire un rire au moins cinq fois par page.

De la bonne humeur, on adore. C’est du coté du cadre de l’enquête que j’ai ressenti une petite frustration. Connaissant bien le 20ème arrondissement pour y avoir habité, j’aurais  aimé retrouver l’ambiance de village qu’on trouve dans certains quartiers, les petites rues pavées et les ambiances populaires, les petites boutiques, les marchés dominicaux. Or, à part avoir quelques noms de rues, je n’ai pas retrouvé mon ancien quartier.

C’est donc un polar survitaminé, avec juste ce qu’il faut de mystère, de fausses pistes, de vrais méchants, de guerres des clans, de sexe et de baston, bourré d’humour qui inaugure le retour au premier plan de notre célèbre détective. Ce roman une fois commencé s’avère une lecture drôle et agréable que l’on a plaisir à reprendre dès qu’on l’a posé. Je vous donne rendez vous avec Nestor Burma très bientôt pour mon avis sur Terminus Nord, la deuxième nouvelle enquête de Nestor Burma, écrite par Jérôme Leroy.

Ne ratez pas les avis de l’Oncle Paul et Garoupe

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La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 5 et 6

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici mon avis sur L’enfant des glaces et Les otages des glaces.

L’enfant des Glaces :

Yeuse est toujours l’attraction principale du cabaret itinérant et son dernier numéro, qui reprend le personnage de Marilyn Monroe fait un malheur. Les villes qu’elle choisit pour faire son numéro ont en fait un seul objectif : retrouver Lien Rag, en fuite depuis qu’il est considéré comme un traitre par La Compagnie.

De son coté, Lien Rag vit avec Jdrou et leur fils Jdrien. Avec sa combinaison isotherme, il travaille avec les Hommes Roux à déneiger les dômes, en tant qu’esclave. Se rendant compte que Jdrou délaisse leur enfant, il décide de s’en occuper, mais se retrouve pris entre deux feux : les Hommes Blancs et les Hommes Roux.

Après avoir posé les bases de son monde des Glaces dans les quatre premiers tomes, celui-ci semble être une sorte de pause … avant de rebondir ? Il ne se passe pas grand’ chose dans ce roman, si ce n’est le parallèle entre Lien et Yeuse et le destin de ce garçon qui grandit plus vite que les autres. On y voit aussi la peur et la folie des Hommes, prêts à tuer ceux qui ne sont pas comme eux. Cet épisode est donc loin d’être le meilleur et donc dispensable. Mais je vais continuer ma découverte de cet univers.

Les otages des Glaces :

Lien Rag a trouvé refuge dans le train pirate de Kurts. Ils roulent dans le Grand Nord, et se retrouvent pris entre deux feux : d’un coté la Panaméricaine, de l’autre la trans-européenne. Alors que tout le monde court après Lien, Kurts veut, quant à lui, le ramener au peuple des Roux, moyennant finances. L’ex-lieutenant Skoll, à la tête du peuple Roux, demande à Lien de jouer les agents doubles auprès de la Panaméricaine.

De son coté, Yeuse est toujours danseuse dans le cabaret itinérant et se charge de cacher Jdrien, le fils de Lien. A la tête du cabaret Miki, elle a bien du mal à savoir où est Lien. Elle va bientôt se retrouver prisonnière d’un colonel fou.

Entre romanesque et démesure, entre roman d’espionnage et scènes grandioses, ce roman qui débute doucement nous offre à la fois une intrigue prenante et une scène grandiose. Avec son style toujours aussi facile à lire, l’alternance entre les aventures de Lien et celles de Yeuse permet de faire avancer une intrigue passionnante.

L’aspect politique se complique, la guerre devient tactique, stratégique, et on y voit l’importance de la religion ainsi que la volonté d’indépendance du peuple Roux, qui veut créer son propre pays. Et Lien se retrouve face à des choix dramatiques avec une fin toute en suspense qui donne envie de lire le prochain tome. Super !

Privé d’origine de Jérémy Bouquin

Editeur : French Pulp

Je suis un ardent défenseur de Jérémy Bouquin, et vous qui êtes un fidèle de cet humble blog, vous devez le savoir. Ce roman est sorti en fin d’année dernière, dans un anonymat que je qualifierais de scandaleux. Lisez Jérémy Bouquin !

Kloé, avril 2014. Elle est bassiste dans le groupe de rock Vynille Rondelle. Après des mois de tournée, le groupe est enfin récompensé de succès. Il n’y a qu’à entendre les vivats du public du printemps de Bourges, qui en redemande ! Du vrai punk ! En sortant de scène, elle a un message. Jasper Zenderro lui annonce qu’il a des informations sur son père. Cela fait deux ans maintenant qu’elle est partie à la recherche de ses origines, elle qui est une enfant abandonnée à la naissance.

Rota, avril 1979. Depuis 1969, les brigades rouges sèment la terreur en Italie. Le commissaire Rota est appelé sur une scène de crime, le casse d’une bijouterie qui a mal tourné, puisque le propriétaire a été abattu. Si les armes utilisées fait penser à l’organisation d’extrême gauche, Rota pense que le bijoutier a voulu se défendre avec une arme et l’a payé de sa vie. La présence de sang sur le trottoir laisse à penser qu’un des voleurs a été blessé.

KLoé, avril 2014. Elle prend rendez- vous avec Zenderro, dans un petit bar de Mehun-sur-Yèvre. Il annonce avoir cherché du coté de l’hôpital où Kloé est née. Elle voit son vrai prénom écrit : Chloé. Zenderro n’en sait pas plus sur sa mère. En ce qui concerne sa mère, des amis « bien placés » lui ont conseillé d’abandonner. Ils ont été tellement persuasifs qu’il a décidé d’abandonner l’affaire, qui flirte avec des dossiers de terrorisme international.

Tony Marretti, avril 1979. Après le casse manqué, les camarades ont porté Tony, blessé, dans la voiture. Tony a perdu beaucoup de sang ; Giuseppe lui tient la main, lui parle. Il plonge dans le coma, se réveille sur un bateau, replonge, puis se retrouve en Corse chez un docteur … enfin, un vétérinaire, Peyo. Tony va devoir tout abandonner, sa vie, son identité, et fuir pour éviter de se retrouver en prison.

J’ai plutôt l’habitude de retrouver Jérémy Bouquin dans des intrigues bien ancrées dans notre quotidien. Il a l’habitude de prendre des personnages marginaux, et de grossir le trait dans un style direct et redoutablement évocateur. Et dans tous les cas, on retrouve sa patte, sa façon de peindre les décors et d’éviter les morales à deux balles pour offrir du vrai bon polar populaire (dans le bon sens du terme).

Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai ouvert ce roman ! La narration fait des allers retours entre aujourd’hui et les années 80. Entre la recherche de Kloé sur ses racines et les groupes terroristes d’il y a 30 ans, on a droit à la fois à des moments d’émotion pure, d’action, de mystère, et de découvertes. Jérémy Bouquin s’est surpassé pour nous fournir un roman plein, documenté juste comme il faut pour ne pas alourdir l’histoire, et des rebondissements qui vont nous retourner jusqu’à la dernière page (ou au moins jusqu’au dernier chapitre).

Avec ce roman là, Jérémy Bouquin a densifié ses personnages, qu’ils soient au premier plan ou pas, les a multipliés aussi, s’est évertué à construire une grande intrigue, en prenant son temps tout en restant passionnant. Il n’est pas question de juger les uns ou les autres, juste de se mettre au service de l’histoire. Jérémy Bouquin n’a pas monté une marche, il a grimpé un étage d’un coup, et a écrit avec ce roman son meilleur à ce jour. Enfin, c’est mon avis. J’ai adoré.

Ne ratez pas les avis de Laulo, Mel, et Garoupe.

La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 3 et 4

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici mon avis sur le tome 3, Le peuple des glaces et le tome 4, Les chasseurs des glaces.

Le peuple des glaces :

La Transeuropéenne a déclaré la guerre à la Panaméricaine. Personne ne sait où le front de la guerre se situe, mais la Compagnie a décidé d’envoyer des bâtiments dans le Nord, pour s’approprier les ressources en énergie. Le sergent Malcolm est à la tête d’un patrouilleur faisant route au Nord, quand un engin pirate attaque. Surpris, il tente de fuir mais les trains sont détruits par de puissants tirs laser. Les survivants assureront avoir vus des Hommes Roux dans ce navire pirate, armés de fusils laser. Lien Rag, qui a été réintégré dans la société de glaciologie, est chargé d’une mission : découvrir la vérité et tenter de prendre contact avec ces Hommes Roux.

Même s’il est plus court, 160 pages environ, ce troisième tome n’en est que plus passionnant. Resserrant les descriptions et les situations à suspense, il vient surtout apporter une pierre essentielle à cette saga. En effet, l’aspect politique, voire géopolitique en est le thème central, prenant la source de son inspiration dans les conflits du 20ème siècle. Je ne vous dis qu’une chose : c’est génial.

De son coté, Lien Rag, sorte de rebelle désireux de faire triompher la vérité, il va se retrouver en conflit avec lui-même. En effet, il va être de plus en plus lié aux Hommes Roux, mais d’un autre coté rencontrer des fermiers qui valent que l’on se batte pour eux. Comme quoi, de façon parfaitement lucide, GJ.Arnaud nous montre que tout le monde n’est pas pourri, corrompu ou raciste. Un excellent roman.

Les chasseurs des glaces :

Lien Rag a déserté de la Compagnie, abandonnant son poste de glaciologue pour vivre son histoire d’amour avec Jdora, une jeune femme qui fait partie du peuple des Hommes Roux. Alors que la guerre fait rage, la Compagnie Transeuropéenne est obligée de diminuer le chauffage pour concentrer ses ressources à la guerre. La conséquence en est que la glace envahit les dômes de façon irréversible. Les dirigeants décident donc de chasser les Hommes Roux pour les envoyer dans des camps de travail et en faire des esclaves. Des bandes de mercenaires partent à la recherche de ce peuple qui résiste au froid moyennant finances. Alors que Jdora a disparu, Lien Rag part à sa recherche et va découvrir l’horreur de l’esclavagisme moderne.

Ce roman à mi chemin entre roman d’aventures et roman politique ajoute une nouvelle brique à la vision de l’auteur sur cette société moderne totalitaire. Si la désinformation est toujours bien présente, la pression se fait sur Lien Rag qui découvre un véritable esclavagisme moderne. Et cela se fait au travers d’une histoire de romance et d’amour impossible pour mieux frapper les esprits.

Avec un style toujours aussi simple et agréable à lire, on ne peut s’empêcher d’être ébahi par l’ambition de cette saga et d’être époustouflé par la cohérence de ce nouveau monde, ainsi que par l’aspect visionnaire de certaines idées imaginées par Georges Jean Arnaud. Si la fin n’est pas optimiste (mais comment le pourrait-elle ?), elle ouvre sur des possibilités infinies quant à la poursuite de la saga. A bientôt donc pour la suite de l’histoire …

Les enlisés d’André Lay

Editeur : Fleuve Noir (N°1041-1973) ;  French Pulp (2017)

Quand je vous dis que French Pulp édite et réédite d’intéressants polars, voici une réédition d’un auteur que je n’avais jamais lu. Alors que l’on pourrait penser à un roman policier, nous avons affaire ici à un pur roman psychologique.

Alors qu’il assiste à une soirée du show-business parisien, pour avoir écrit le scénario d’un film bientôt sur les écrans, Claude Combel n’est pas dupe et s’ennuie. Malgré tout, il fait bonne figure et tout le monde le loue pour cette histoire. Rentrant chez lui avec sa femme Maud, celle-ci lui fait une scène, croyant avoir retrouvé dans cette histoire un épisode de leur vie commune où Claude l’a trompée.

Alors qu’il ressasse la mauvaise humeur de sa femme, il se persuade qu’elle aussi a un amant. Il examine son agenda et trouve tout de suite la plage horaire qui peut le lui permettre : Elle joue au tennis toutes les semaines avec Richard. Alors qu’il est fou amoureux de sa femme, il cherche par tous les moyens une idée de la regagner.

Alors qu’il rencontre dans un cocktail l’actrice de son film, elle lui avoue avoir pris rendez vous chez un docteur pour un remède miracle faisant maigrir. Le seul souci, c’est que ces médicaments ne sont pas en vente libre et sont dangereux pour la santé. Claude tient peut-être là une bonne idée d’empoissonner sa femme juste ce qu’il faut pour qu’elle ne puisse plus se passer de lui.

Ce roman relativement court puisqu’il ne fait que 200 pages, est essentiellement centré sur la psychologie de Claude. N’allez pas y chercher de l’action, puisque tout va se dérouler dans sa maison (ou presque) et que nous aurons en long, en large et en travers, les pensées et les actions tordues pour ne pas dire machiavéliques de ce personnage habitué à construire des intrigues retorses.

Pour ma part, c’est une lecture originale, au sens où on n’y a droit quasiment à aucun dialogue, mais plutôt aux pensées de Claude, à ce qu’il voit, entend et comment il les interprète. On assiste même à ses questionnements, à sa façon de raisonner pour arriver à une solution très particulière.

Rassurez-vous ! la morale de l’histoire sera sauve … d’une certaine façon. Surtout, en tournant la dernière page, on ne peut s’empêcher de penser qu’on a lu un bon polar et qu’on a passé un bon moment, pas forcément inoubliable, mais pas forcément anodin non plus.

Ne ratez pas l’avis de Claude

Oldies : La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 1 et 2

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Nous retrouvons dans ce premier tome La compagnie des glaces et Le sanctuaire des glaces.

La compagnie des glaces :

Depuis que la lune a explosé, la Terre est plongée dans une nouvelle ère glaciaire. La population s’est donc regroupée dans des trains, et les compagnies ferroviaires se partagent le monde. L’humanité s’est donc regroupée dans de gigantesques wagons, aménagés en villes, où la température atteint 15°C. A l’extérieur, personne ne pourrait survivre. Seule une race d’hommes roux dont l’origine est inconnue arrive à supporter ces températures négatives. On les utilise pour déblayer les lignes de chemin de fer.

Lien Rag est glaciologue. Il est présent dans la capitale pour préparer sa prochaine mission, qui consiste à analyser la glace dans le nord du pays. La difficulté est que la zone qu’il va exploiter est proche du front dans la guerre qui oppose deux compagnies ferroviaires. Il fait la connaissance du gouverneur et de sa charmante fille Floa, et va être plongé dans une intrigue politique qui le dépasse.

Malgré le fait que ce ne soit que le premier tome d’une série au long cours, le roman s’avère une très agréable lecture, puisque l’auteur ne passe pas des dizaines de pages à nous expliquer la situation. Il se contente de créer quelques scènes grâce auxquelles nous allons comprendre la situation. Ceci a pour effet de nous immerger dans une situation et un environnement nouveau, et de petit à petit nous lever le voile sur ce nouveau monde.

Rapidement, nous allons suivre les aventures de Lien, et il va devenir le personnage principal. L’écriture de ce roman s’avère moderne, alternant des scènes d’action, de stress, et des scènes de transition plus calmes. Après avoir tourné la dernière page, on ne peut que se dire : Vivement la suite !

Le sanctuaire des glaces :

La Compagnie a décidé d’organiser une gigantesque réunion de ses actionnaires. Ces derniers sont donc conviés à rejoindre Grand Star Station dans un train d’un luxe inimaginable. Parmi eux, Lucas Beryl, un petit porteur instituteur de son état. Pendant le transfert, le train est attaqué par des pirates emmenés par Kurst et les voyageurs kidnappés. Ils ne seront libérés que contre une forte rançon.

Parmi les otages figure Floa, la fille du gouverneur de la 17ème région, une des actionnaires principales de la Compagnie. Son père charge Lien Rag de la retrouver, en annonçant que ce transport d’actionnaires était en fait un piège et que sa destination était en fait le front de la guerre. Il semblerait que cela soit un guet-apens organisé par la Sécurité et les Néo-Catholiques. En échange de sa fille, le gouverneur promet à Lien Rag de lui révéler le lieu du laboratoire de Oun Fouge, le scientifique qui aurait créé les Hommes Roux. Lien Rag, qui est considéré comme un terroriste depuis qu’il a fait diffuser le livre de Oun Fouge La voie Oblique, se lance dans cette aventure.

Ce roman pourrait se décomposer en trois parties que l’on pourrait nommer : L’enlèvement, La rançon et La Quête de Lien. Dans chacune, on retrouve ce style fluide et agréable à lire, et cette inventivité aussi bien dans les décors que dans les situations. Sinon, il ne se passe pas grand’chose puisque l’auteur a voulu donner de l’épaisseur à son monde, nous expliquant comment La Sécurité (sorte d’armée) et les Néo-Catholiques (La Religion) fomentent des actions pour obtenir le pouvoir. Tout cela bien entendu est caché au public avec une bonne dose de désinformation, chose sur laquelle l’auteur insiste plusieurs fois. Si le ton et la conclusion sont noirs et réalistes, on ne peut s’empêcher avec le recul de se dire que GJ.Arnaud avait un don de visionnaire. Mais pour cela, il va vous falloir lire cet épisode … Je ne peux finir en vous affirmant que vous aurez droit bientôt à mon avis sur les deux autres épisodes de la série : Le peuple des glaces et Les chasseurs de glace.

Pour finir, je suis tombé par hasard sur deux liens intéressants : une rencontre de l’auteur et un avis bloguesque sur la compagnie des glaces.

Oldies : Drôle de pistolet de Francis Ryck

Editeur : Gallimard Série Noire (1969) ; French Pulp (2017)

Je vous avais dit que l’on reparlerait de French Pulp, cette petite maison d’édition qui édite et réédite des polars français. Parmi leurs dernières sorties, il y a le Grand Prix de la Littérature Policière de 1969. C’est un excellent polar qui claque !

L’auteur :

Après de courtes études dans un lycée parisien, ponctuées de plusieurs fugues, Yves Delville exerce plusieurs petits métiers : terrassier, carrier, ouvrier agricole, tourneur, figurant au cinéma, représentant des ventes, photographe de bébés, convoyeur de voiliers. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la marine.

Il adopte le pseudonyme d’Yves Dieryck pour publier cinq romans chez Albin Michel : Au pied du mur, Les Barreaux de bois, La Panique, Promenade en marge et Les Importuns. Il décroche en 1964 le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres pour Promenade en marge. Après deux romans policiers chez Plon, signés Francis Ryck, il revient sous ce pseudonyme au roman psychologique avec deux titres, dont L’Apprentissage en 1965.

L’année suivante, il intègre la Série noire, où il fait paraître dix-huit titres qui abordent tour à tour le roman noir, le thriller et le roman d’espionnage. Ses romans policiers s’attachent à faire la critique d’une société qui perd pied et préfigurent en leur temps les événements de mai 68, tout autant que la Nouvelle Vague et Jean-Luc Godard. Lorsqu’il quitte la Série noire en 1978, le titre de son dernier roman dans cette collection, Le Testament d’Amérique, peut prendre valeur de testament personnel.

De retour chez Albin Michel au début des années 1980, il écrit encore quatre romans, notamment Le Nuage et la Foudre (1982) et Un cheval mort dans une baignoire (1986).

En 1993, Guy Debord salue l’œuvre de Francis Ryck dans son livre Cette mauvaise réputation…, en affirmant qu’il y a plus de vérité et de talent chez Ryck (notamment dans Le Compagnon indésirable) que chez Le Carré. Debord révèle la conversation, primordiale selon lui, entre Ryck et Marie-Christine de Montbrial en 1984, concernant l’assassinat de Gérard Lebovici et le rôle de Paul Barril responsable de la cellule antiterroriste sous la présidence de François Mitterrand. Le 28 janvier 1986, il décide ne plus la voir du fait de son témoignage auprès de la police et des contacts qu’elle a conservé avec Ryck.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Un jour, même les meilleurs se font avoir. Et ce jour-là, ils doivent choisir : se taire ou parler. Avec, en cas de résistance, la perspective de souffrances raffinées. Alors Yako a parlé. Il a tout donné, trahi le KGB, et en échange, on lui a rendu sa liberté. Mais combien de temps avant que le KGB ne la lui reprenne, définitivement cette fois-ci ? Adapté à l’écran en 1973 sous le titre Le Silencieux par Claude Pinoteau avec Lino Ventura avec des dialogues de Jean-Loup Dabadie, Drôle de pistolet a obtenu le Grand prix de littérature policière.

Mon avis :

S’il est étiqueté Espionnage, cela peut porter à confusion vis-à-vis des arpenteurs de linéaires des librairies. C’est mon cas, puisque j’étais en train de choisir un roman pour ma rubrique Oldies, et qu’en voyant l’étiquette, j’ai hésité. Je ne suis pas fan des romans d’espionnage, et c’est bien le bandeau qui m’a décidé : « Un chef d’œuvre adapté à l’écran ». En ce qui concerne le chef d’œuvre, je ne m’associerai pas à ce terme, mais en termes de polar introspectif, c’est un excellent roman.

Il s’agit donc d’un espion russe Yako qui est pris par les services de contre-espionnage anglais et qui va accepter le marché, en donnant ses camarades et en ayant la possibilité d’obtenir une nouvelle identité et de l’argent, ainsi qu’un pistolet. L’action se situant dans les années 60, il n’y a pas de téléphone portable ou de GPS. D’où tout l’intérêt de ce roman qui présente une course poursuite entre Yako et le KGB.

Mais il n’y a pas que cela : Le personnage de Yako, solitaire, à la durée de vie limitée, va se révéler quelqu’un de complexe et d’extrêmement réaliste. En homme traqué, il va se méfier de tout le monde. En espion chevronné, il va mettre à parti toutes les astuces pour essayer de passer entre les mailles. En tant qu’homme, il va accorder sa confiance à des gens rencontrés au hasard.

Jouant sur cette dualité et ces contradictions, Francis Ryck construit un roman quasiment sans dialogues où le but est de savoir qui est qui, qui trahit qui, qui aide qui. Aussi bien dans la forme que dans le fond, ce roman à l’écriture sèche et sans fioriture se révèle une source pour beaucoup de polars qui ont vu le jour par la suite, avec son style résolument moderne. Je ne peux que vous encourager à acquérir ce roman pour revenir aux sources du polar que vous aimez aujourd’hui. Drôle de pistolet est un polar remarquable !