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Le douzième corps de Janine Teisson

Editeur : Editions Chèvre-feuille

Ce livre m’est arrivé dans les mains totalement par hasard et c’est à nouveau par hasard que je l’ai pioché dans ma PAL. Une belle découverte !

L’auteure :

Janine Teisson est née à Toulon.

Son premier roman La Petite Cinglée, a obtenu en 1994 le prix du premier roman et le prix Antigone. Pour ses lecteurs de 5 à 105 ans elle aborde romans contemporains, historiques, policiers, nouvelles, contes, théâtre, poésie.

Sérieux et humour se mêlent dans ses livres. Certains sont traduits en sept langues. Sa rencontre avec les éditions Chèvre-feuille étoilée a été féconde : Liens de sangs, un roman sur l’Algérie, plein de violence et d’amour, est publié en 2010, suivi de La Salle de bain d’Hortense et de L’Enfant Plume. Chèvre-feuille étoilée a l’audace de rééditer Cher Azad, recueil de contes érotiques orientaux. Thalasso-crime est le premier policier publié dans la collection D’un noir l’autre, qu’elle dirige. La Métamorphose du rossignol suivra en 2015. Le Douzième Corps est son quarante-deuxième titre et le septième titre de la collection.

L’écriture pour Janine Teisson est une rencontre, avec elle, avec le monde, avec les autres de toutes générations.

Quatrième de couverture :

Orléans, 1941

Hans rencontre Marguerite. Ils s’aiment profondément dans le cataclysme de la seconde guerre mondiale mais la dernière lettre que son amante a envoyée à Hans après la Libération n’aura jamais de réponse.

Qu’est devenu Hans ? Soixante ans plus tard, alors que la mémoire de Marguerite est en ruine, sa petite-fille Romane ouvre l’enquête. Elle parcourt le Périgord de village en village selon le trajet sanglant suivi autrefois par la division Das Reich. Elle fait ressurgir des crimes cachés, des secrets mal enterrés, encore assez vifs pour la mettre en danger.

Qui est enterré dans le champ maudit ?

Dans ce roman policier sur la mémoire, le passé ressurgit et se mêle au présent, pour l’empoisonner ou l’illuminer.

Mon avis :

C’est une belle surprise que ce roman, écrit simplement, et qui nous narre la recherche d’une jeune fille sur ses racines. Découpé en trois parties, le roman va nous plonger dans le passé de la deuxième guerre mondiale par courts chapitres, nous faisant voyager d’Orléans à Berlin en passant par la Russie ou l’Ukraine. On va avoir affaire à plusieurs personnages, appartenant à deux familles, l’une française et l’autre allemande. Je dois dire que je me suis laissé emporter par cette première partie, grâce à cette simplicité de l’écriture qui en fait une saga familiale passionnante. Il y avait presque un livre entier à écrire avec un sujet tel que celui là.

Puis la deuxième partie nous transporte aujourd’hui, avec Romane qui reçoit en cadeau de sa tante Elise (que l’on a rencontré dans la première partie) une vieille valise appartenant à sa grand-mère. Elle commence l’enquête alors que sa mère n’est pas intéressée à remuer les douleurs du passé. Une nouvelle fois, c’est bien fait, bien qu’un peu plus bavard, mais toujours de bons sentiments malgré quelques horreurs des nazis, et cette histoire continue à nous intéresser jusqu’au dénouement final.

Si ce roman ne va pas révolutionner le genre, il s’avère une lecture recommandable pour lire sur la plage, le genre de roman populaire (dans le bon sens du terme) qui vous transporte dans un autre lieu, dans un autre temps, et vous fait passer un bon moment.18

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Dieu pardonne, lui pas ! de Stanislas Petrosky

Editeur : Lajouanie

Je m’appelle Requiem et je t’…Ce n’est pas moi qui le dit, mais le titre du premier roman mettant en scène ce prêtre exorciste si particulier. Deuxième épisode donc, que j’attendais avec impatience. S’il se situe dans la continuité du premier, cette deuxième aventure répond à toutes les attentes. Un conseil : Accrochez vous !

Un petit rappel pour ceux qui débarquent et qui n’auraient pas lu le premier épisode. Requiem s’appelle en réalité Esteban Lehydeux. Il est prêtre exorciste et débarrasse la société de rebuts et de démons, ou du moins de gens néfastes considérés comme tel. S’il utilise des méthodes que la morale réprouve, il a un grand respect pour le Patron (entendez Dieu) et son fils.

C’est en lisant le journal que l’œil d’Esteban Lehydeux frétille ce matin là. Il faut dire qu’il n’a pas d’exorcisme à réaliser tous les matins. Un employé de la société Ody-Art a été assassiné et un certain Jules Durand est sur le banc des suspects, voire des accusés. L’homonymie avec une affaire qui a secoué le port du Havre en 1910 décide le redresseur de torts divin à prendre la route pour en savoir plus.

Esteban a des facilités à prendre contact avec les gens, surtout s’ils sont de sexe féminin et ouverts à la discussion, voire à autre chose. Après une tasse de thé, agrémentée d’une séance de sport horizontal, la journaliste lui fait l’historique des morts et disparitions étranges pour une si petite société. Esteban ne va pas trouver mieux que de se faire embaucher chez Ody-art pour savoir de quoi il retourne.

Ils ne sont pas nombreux, les auteurs contemporains capables de me faire rire plus d’une fois par page. De tête, je citerai Nadine Monfils, Samuel Sutra ou Ben Orton. Stanislas Petrosky réussit ce tour de force, avec ce personnage de redresseur de torts (comme dans les meilleures séries B d’antan) mais en actualisant le sujet avec les maux de notre société. Pour ceux qui ont lu le premier tome, jetez vous sur celui là qui est aussi bien (j’ai vraiment du mal à choisir lequel est le meilleur) que le précédent.

Pour les autres, ceux qui ont la tête ailleurs, ou qui auraient oublié, sachez que Requiem, c’est politiquement incorrect, mais ce n’est jamais méchant. Le style est direct et prend à parti le lecteur, et il y a toujours un mot, une phrase ou une situation pour dessiner un sourire sur les lèvres ou même vous faire éclater de rire. Attention, ce livre est dangereux : il pourrait vous faire croire que ce qui y est écrit est vrai ! Eh bien, non ! C’est du divertissement, mais du divertissement haut de gamme, de ceux qui dérangent, qui piquent là où ça fait mal !

Dans cet épisode, Requiem va avoir affaire avec une bande de nazillons faisant commerce d’objets nauséabonds rappelant une certaine époque noire où l’on chérissait les chemises brunes. Et pour faire le ménage, il faut un Requiem en pleine forme et prêt à utiliser toutes les armes qu’il a à sa disposition (même celle dont il dispose sous la ceinture). L’intrigue ne laisse guère de temps pour respirer et surtout, tous les personnages sont suffisamment bien dessinés pour qu’on les suive sans problème et qu’on ait envie de tourner la dernière page. J’y ai pris un tel plaisir que j’attends déjà le prochain avec impatience. D’ailleurs, les éditions Lajouanie pourraient lancer un concours sur le meilleur titre, parce qu’à mon avis, il y a de quoi faire ! Conseil d’ami ! En attendant, courez acheter Dieu pardonne, lui pas ! car c’est du rire garanti !

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Jean le Belge

Dans l’ombre d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié

Traducteur : Eric Boury

Si vous suivez ce blog, vous savez que je suis un fan d’Arnaldur Indridason, et en particulier des enquêtes ayant pour personnage récurrent Erlendur, un personnage attachant et profondément humain. On sentait depuis quelque temps qu’Indridason voulait écrire autre chose, sortir des intrigues mettant en scène son inspecteur fétiche. Et je dois dire que j’ai été moins passionné par ces romans où Erlendur n’apparaissait pas, sauf Betty, un bel exercice de style et un hommage aux polars de la grande époque.

Cette fois ci, Arnaldur Indridason se penche sur la période de la deuxième guerre mondiale, période où l’Islande a été occupée par les armées britanniques avant d’être remplacées par les armées américaines. C’est ce que les Islandais ont appelé « La Situation ». Avant cette période, l’Islande était un pays d’agriculteurs et de pêcheurs. Cette période est vue par les habitants comme un passage brutal à l’ère moderne avec ce que cela comporte de violence et de criminalité.

Reykjavik, 1941. Un représentant de commerce rentre chez lui d’un voyage d’affaires et ne trouve pas sa compagne à la maison. Il est vrai que, quand il est parti, ils se sont engueulés avec Véra, et qu’il a préféré faire la sourde oreille et s’en aller. Il décide de sortir la chercher.

Un homme a été retrouvé assassiné chez lui d’une balle dans la tête, tirée par derrière. Cela ressemble à une exécution, genre de crime dont la police islandaise n’a pas l’habitude de voir. Flovent, un jeune inspecteur de la police criminelle et qui a fait un stage à Scotland Yard va être chargée de l’affaire. En observant la scène du crime, il trouve une balle, que l’on utilise avec des revolvers américains.

Quand il remonte cette information à son chef, celui-ci en fait part aux occupants qui vont lui adjoindre Thorson, un inspecteur de la police militaire. Ce dernier a l’avantage d’être issu d’une famille islandaise qui a migré au Canada. Les deux hommes vont travailler ensemble et vont être bien surpris quand le bailleur de la victime ne reconnait pas le corps. Mais qui peut bien être ce mort ?

On va en parler de l’abandon de Erlendur ! Et on a l’impression qu’Indridason a voulu ses nouveaux personnages complètement différents de son inspecteur fétiche. Là où Erlendur est humain, à l’écoute, peu bavard et renfermé sur lui-même, Flovent et Thorson ont la fougue de la jeunesse. Ils sont énergiques, n’hésitent pas à bousculer les témoins, à insister sur des questions et sont ouverts aux autres. Ils travaillent aussi très bien ensemble, ne se cachant rien des progrès de l’enquête. Ces deux-là s’avèrent être l’exact opposé d’Erlendur, quitte à ce que le trait soit parfois un peu gros.

Comme dans Le Lagon Noir, Arnaldur Indridason revient sur la transformation de la société islandaise due à la présence des Anglais puis des Américains. Si cela ressemble à une invasion, tel que c’est présenté ici, il n’en est pas moins qu’Indridason confirme et appuie son propos en montrant comment s’est développée la violence, la circulation des armes ou bien l’apparition de la prostitution. A croire l’auteur, l’Islande était auparavant un paradis terrestre avant que les soldats ne débarquent.

Mais je ne veux pas caricaturer le propos de l’auteur, et juste évoquer mon opinion. Car le sujet (ou l’un des sujets) est bien le nazisme et la recherche par les nazis des origines de la race parfaite, la race aryenne. Ici, on aura droit à un chercheur docteur qui fera des recherches sur l’origine de la criminalité, partant du principe que le Mal est inscrit dans les gênes des personnes déviantes. Et comme d’habitude, avec Arnaldur Indridason, on apprend beaucoup de choses sans en avoir l’air.

L’aspect historique ne fera pas d’ombre à la force des personnages, aussi bien les perosnnages principaux dont j’ai déjà parlé que les personnages secondaires, avec des figures d’une force (et en particulier une relation homme/fils que j’ai beaucoup apprécié). On peut penser que cela fait beaucoup de thèmes abordés dans un roman de 330 pages. C’est sans compter avec le talent de l’auteur et la fluidité de son style qui fait que, malgré certains noms islandais, on n’est jamais perdus. Et du déroulement de l’intrigue à la présence des personnages, ce premier tome de la trilogie s’avère un vrai beau boulot de professionnel d’auteur de romans policiers. Il ne reste plus qu’à attendre le mois d’octobre pour lire la suite.

La lettre et le peigne de Nils Barrellon

Editeur : Jigal

Si vous devez lire un roman en ce moment, et que l’Histoire ne vous rebute pas, que vous cherchez à la fois un roman à énigme et un roman à message, un roman où on est tellement pris à la gorge par ce qui arrive aux personnages que certains passages vous laissent pantelants, au bord des larmes, alors ce roman est fait pour vous. Je ne connaissais pas l’auteur, c’est pour moi une découverte. Et pourtant, j’ai tourné la première page, avant tout poussé par la curiosité. Le premier chapitre m’a scotché …

Berlin, Avril 1945. La course poursuite est engagée entre les alliés pour récupérer la capitale allemande. Dans la ville en ruine, une femme erre dans les rues. Elle s’appelle Anna Schmidt et ses vêtements sont en lambeaux. Une femme accepte de l’héberger dans un immeuble, où les habitants se cachent dans la cave. Puis, les Russes débarquent et embarquent de jeunes filles et des femmes. Anna est choisie par un soldat. Il l’emmène dans un appartement de l’immeuble et la viole. Anna, résignée, ne songe même pas à résister. Elle veut survivre.

Berlin, 8 septembre 2012. Un vol vient d’avoir lieu au musée historique. Le gardien a été retrouvé assassiné. La caméra montre que deux hommes cagoulés ont pénétré l’enceinte et savaient parfaitement ce qu’ils venaient chercher. Seul un boitier contenant un peigne en ivoire et portant les sigles A.H. a été dérobé. Ce peigne aurait appartenu à Adolf Hitler. Anke Hoffer, qui appartient à la police fédérale criminelle est dépêchée de Francfort pour enquêter sur ce vol et ce meurtre.

Jacob Schmidt est bassiste dans un groupe de jazz et sort d’un concert. Il y a rencontré Ann, qui a eu une aventure avec un membre du groupe. Ils vont boire un coup et finissent par être bien entamés. Mais Ann veut passer la nuit seule alors Jacob rentre chez lui. C’est alors qu’il est agressé par deux hommes cagoulés, conduisant une BMW noire. Apparemment ils ont voulu le kidnapper. Le lendemain, en portant plainte au commissariat, il rencontre Anke.

On pourrait diviser ce roman en deux parties. La première fait la part belle à la famille Schmidt : Anna tout d’abord puis Josef son fils puis Jacob. La deuxième se passe en France, et j’y reviendrais. Car dans cette « première partie », l’auteur fait des allers-retours entre le présent de Jacob et sa sensation d’être poursuivi et persécuté et le passé de sa famille.

C’est 60 ans de l’histoire de l’Allemagne que Nils Barrellon va nous conter avec une aisance telle qu’on croirait qu’il est historien de formation. Il glisse quelques moments importants dans sa narration mais surtout, ce qui m’a fait fondre, c’est sa description d’une histoire de famille lambda au milieu de la grande histoire. C’est ces petites scènes communes qui, tout simplement deviennent des scènes très émouvantes, à tel point que j’avais l’impression de faire partie de cette famille, et j’en ai eu le cœur serré, gonflé d’amour pour Anna, Josef et Jacob.

Et quels personnages ! Anna est une mère amoureuse qui va tout faire pour élever, sauver et rendre son fils plus fort. Et elle va réussir ! Josef va devenir un mathématicien et gérer sa vie comme on résout des équations. Il va aussi tout faire pour son fils Jacob. Et Nils Barrellon arrive à nous faire entrer dans leur intimité avec une telle simplicité que c’en est époustouflant et surtout émouvant. C’en est impressionnant !

La deuxième partie, ou du moins, c’est comme ça que je l’ai ressenti commence quand Jacob débarque en France. A partir de ce moment là, il n’y a plus d’allers-retours passé-présent et le récit devient plus linéaire, plus classique. Le rythme s’accélère, la tension monte jusqu’au final surprenant, presque fataliste, en tous cas noir. Et cela clôt un roman à part, original dans sa forme sur les survivants, les battants de la deuxième guerre. Ce roman est une belle leçon de vie, une formidable réussite.

Je tiens aussi à signaler la couverture que je trouve tout simplement magnifique et fort bien trouvée par rapport au roman et à ce qu’il raconte.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul.

 

Oldies : Swastika night de Katharine Burdekin

Editeur : Piranha

Collection : Incertain futur

Traducteur : Anne-Sylvie Homassel

Ecrit en 1937, ce roman prémonitoire n’avait jamais été édité en France. Les éditions Piranha ont bien fait de ressortir ce roman, dont le but est d’alerter à la fois les populations de l’époque mais aussi celles d’aujourd’hui. Le fait de situer lui permet de rester d’actualité. C’est une véritable curiosité, un voyage dans le futur auquel je vous convie, en espérant que ce qui y est écrit n’arrive jamais.

L’auteur :

Katharine Burdekin, née Katharine Penelope Cade le 23 juillet 1896 à Spondon en Angleterre et morte le 10 août 1963, est une romancière britannique de littérature fantastique et futuriste. Elle écrit également sous les pseudonymes Kay Burdekin et Murray Constantine. Certains de ses romans sont catégorisés en tant que fiction féministe utopiste et dystopiste.

Quatrième de couverture :

Inédit en France, Swastika Night est la première mise en garde romanesque contre le nazisme, écrite par une militante féministe peu après l’ascension d’Hitler au pouvoir.

Sept cents ans après la victoire d’Hitler, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement destinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Lorsqu’ Alfred, mécanicien anglais en pèlerinage en Allemagne, est impliqué dans une rixe, il est conduit devant le chevalier von Hess, gouverneur du comté. Séduit par sa personnalité, von Hess ne tarde pas à lui révéler un secret qui le bouleverse. Mais la connaissance a un prix : celui du sang.

Mon avis

Dans quelques centaines d’années … Après la guerre de vingt ans, Hitler a mis à genoux le monde. Le monde se retrouve séparé en deux empires : L’empire germanique et l’empire japonais. Une nouvelle religion a vu le jour : celle d’Hitler ; car seul un Dieu pouvait vaincre le monde entier. Cette religion met l’accent sur la caste supérieure, celle des chevaliers. Les femmes, elles, sont réduites à enfanter des garçons.

Hermann est un jeune paysan allemand de 25 ans. Il assiste à une messe dans la chapelle Hitler, où un chevalier prêche la bonne parole auprès des femmes. Elles doivent enfanter des filles … euh des garçons. Les femmes, toutes au cuir chevelu rasé ne doivent pas savoir que l’Empire manque de femmes pour enfanter.

Hermann sort de la chapelle et rencontre Alfred. Alfred est Anglais, a 50 ans, et a rencontré Hermann en Angleterre, quand celui-ci y a fait son service militaire. Alfred est venu en Allemagne car il s’est donné une mission : détruire l’Empire Germanique. La rencontre de ces deux personnages avec un chevalier membre de l’ordre des Dix, Heinrich Von Hess va aller au-delà de ses espérances.

Après une scène d’introduction qui nous met dans une ambiance de fin du monde, en nous plongeant dans la nouvelle religion, en nous montrant que les femmes sont réduites à l’état de reproductrices, l’auteure nous met deux personnages en présence d’un dirigeant. Et je me suis dit : Heureusement que ce roman a été écrit par une femme, sinon on aurait pu prendre ce roman comme un traité ultra-misogyne.

Puis, nous basculons dans une bonne moitié de roman qui n’est qu’un dialogue entre Alfred et Herman Von Hess. C’est l’occasion tout d’abord de savoir comment la société est arrivée à de telles extrémités, puis cela devient une discussion sur la société, sur l’humanité, sur la religion, sur l’Histoire. Et le roman en devient un livre philosophique entre deux personnes qui ont des avis opposés ou différents. Si c’est parfois un peu bavard, il n’en reste pas moins que cela amène le lecteur à réfléchir.

La fin se veut à la fois pessimiste et optimiste. Mais il en ressort un message formidable : ce sont les nouvelles générations qui amèneront un monde meilleur ; c’est à elles de se baser sur l’Histoire pour construire un avenir qui balaiera la nuit d’aujourd’hui. Ce roman est une intéressante curiosité à ranger aux cotés d’Un monde meilleur d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell.

Effroyables jardins de Michel Quint

Editeur : Editions Joëlle Losfeld réédité par Folio

Terrible roman de Michel Quint, que je n’aurais jamais lu si l’ami Claude ne m’y avait pas incité dans son excellent billet ici.

Quatrième de couverture :

« Certains témoins mentionnent qu’aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown de rentrer dans la salle d’audience. Il semble que ce même jour, il ait attendu la sortie de l’accusé et l’ait simplement considéré à distance sans chercher à lui adresser la parole. L’ancien secrétaire général de la préfecture a peut-être remarqué ce clown mais rien n’est moins sûr. Par la suite l’homme est revenu régulièrement sans son déguisement à la fin des audiences et aux plaidoiries. A chaque fois il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé. »

Ce court récit de Michel Quint évoque  l’histoire de Lucien, le narrateur du livre. Adolescent, il ne supportait pas les clowns : «Plus que tout, j’ai détesté les augustes. Plus que l’huile de foie de morue, les bises aux vieilles parentes moustachues et le calcul mental, plus que n’importe quelle torture d’enfance ».

Mon avis :

Voici un petit roman, qui va vous prendre aux tripes. Lucien est un jeune adolescent qui trouve son père ridicule, grimé derrière son déguisement de clown. Jusqu’à ce que son oncle Gaston lui raconte l’histoire de son père, et l’Histoire. Retour en pleine deuxième guerre mondiale, quand les deux jeunes ont fait exploser un hangar et se sont faits arrêter par les nazis.

Toute cette partie va se dérouler sans aucun sentiment, comme on se rappelle des souvenirs, douloureux mais inéluctables. Puis, vers la fin de roman, les pièces du puzzle s’emboitent, et on découvre deux jeunes inconscients qui vont découvrir le monde des grands. Lucien va découvrir la vérité et avec elle la douleur, l’erreur, la cruauté du hasard, la culpabilité, l’héroïsme aussi, celui des petites gens qui resteront anonymes.

Ce qui est extraordinaire, impressionnant, dans ce roman de 70 pages, c’est sa pureté, sa simplicité, sa perfection dans chaque mot choisi, dans chaque phrase posée là comme un pétale de fleur au milieu d’un champ perdu. Michel Quint a dédié ce livre à son grand-père, mineur et combattant à Verdun, et à son père, instituteur et résistant. C’est un bel hommage et un livre à ne pas rater.

Block 46 de Johana Gustawsson (Bragelonne)

Pour parler de ce roman, j’ai décidé, pardon, nous avons décidé d’innover. Comme nous sommes deux à l’avoir lu, nous avons donc décidé d’en parler à deux. Voici donc la chronique à deux.

Moi : Bonjour Suzie. Je suis heureux de t’accueillir à nouveau chez moi.

Suzie : Bonjour Pierre et amis lecteurs. Merci de me recevoir une nouvelle fois sur Black Novel. Je sens qu’on va bien s’amuser.

Moi : Bon alors, on commence comment ?

Suzie : Par le commencement, je présume c’est à dire par l’auteur et la quatrième de couverture. Je peux juste dire que c’est un livre comme je les aime : sanglant. Que peux tu nous dire sur ces deux sujets?

Moi : Sanglant, sanglant, faut pas exagérer quand même. J’ai connu pire ! Alors, l’auteure, justement. C’est son premier roman, en solo du moins puisqu’elle a écrit avec Laetitia Milot On se retrouvera, que j’ai lu d’ailleurs et chroniqué. On y retrouve d’ailleurs des similitudes à la fois dans le style très imagé mais aussi dans la force des sujets. Dans On se retrouvera, le sujet abordait la violence faite aux femmes. Dans Block 46, on prend la destination des camps de concentration. Est-ce que ça te va, comme intro ?

Suzie : Bon, je reconnais que c’est juste un peu ensanglanté avec quelques mutilations. Mais, ce que tu as oublié dans ton introduction, c’est qu’on suit une double histoire, à deux périodes différentes : dans les années 2000 et dans les années 40. Ce parallèle peut être déconcertant au début mais il intrigue. Et, toi, qu’en as tu pensé ?

Moi : Effectivement, on va alterner entre 2014 et 1943. En 2014, une styliste de bijoux retourne dans sa Suède natale et est horriblement mutilée. En 1943, Erich Ebner arrive en tant que déporté dans le camp de Buchenwald. Pour en revenir à ta question, cette alternance entre passé et présent ne m’a pas gêné. Le principe est plutôt classique et le fait de faire avancer les deux histoires en parallèles m’a fait penser à Reflex de Maud Mayeras. Il faut reconnaitre que Block 46 est redoutablement efficace, dans sa forme et dans son fond. Les phrases fusent, les chapitres sont courts et le mystère est … mystérieux. Et pour compléter mon avis, c’est plutôt au début du roman que j’ai eu un peu de mal, car j’avais un peu de mal à retrouver les personnages. Puis tout s’installe et là, c’est parti ! Qu’as-tu pensé des personnages, toi ?

Suzie : En ce qui concerne les personnages, on peut dire que notre duo de choc est vraiment de choc, s’affinant au fur et à mesure que l’intrigue avance. Cela me rappelle la complémentarité qui existe entre les deux héroïnes de Tess Gerritsen. Mais, contrairement à ces dernières, le duo sera constitué d’une profiler énigmatique et d’un écrivain français spécialisé sur les serial-killers, enfin certains. Toutes les deux sont gouvernées par leurs démons qu’on va voir apparaître plus ou moins pour l’une et pas du tout pour l’autre excepté à un moment très bref du roman. Les personnages secondaires, aussi bien du coté suédois que du coté anglais voire du coté catalan, regroupent un certain nombre de stéréotypes sans lesquels il n’y a pas d’histoire. On a le petit ami actuel voir le mari, l’ex, les amis et les personnes qui vont donner des indices voire des personnages qu’on aimerait bien sortir car ils sont extrêmement énervants. Tout ce petit monde ressemble, du moins au début, à de la glaise ou à des statues de cire vierges de tous traits. Ces derniers vont apparaître au fur et à mesure que l’histoire avance, comme si cette dernière les forgeait en plein soleil jusqu’à atteindre la nuance et les traits les plus représentatifs. En ce qui concerne Erich Ebner, il est tout en contraste. Pour ce qui est d’Erich Ebner, il est tout en contraste. Ce personnage est de mon point de vue, complètement déconcertant. Je ne sais que croire à son sujet. Mais qu’en penses-tu, toi?

Moi : Contrairement à toi, j’aurais aimé en savoir plus, un peu plus sur ces deux enquêtrices. On sent que Johana en garde sous la pédale pour les prochains numéros. Du coup, j’ai l’impression que ces deux personnages sont juste esquissés. Quant à Erich Ebner, comme tu le dis, c’est un personnage que je trouve formidablement mystérieux. Il est tout en retenue, ne pensant qu’à sauver sa peau dans ce camp de la mort. Peut-être est-ce le contexte dans lequel il survit qui me fait l’adorer. Je dois dire que ces passages à Buchenwald sont d’une rare justesse, sans descriptions gore, du moins pas trop, mais avec une vraie épaisseur. C’est terrible de vérité. Ce sont vraiment des passages qui m’ont fait vibrer, tant ils sont forts. Et si on parlait de l’écriture, justement ?

Suzie : Faut pas croire très cher que je ne veux pas en savoir plus. Au contraire, oserais-je dire. L’auteur nous en dit suffisamment pour calmer la faim tout en laissant sous-entendre des traits cachés. D’ailleurs, pour le profiler, on apprendra à un moment du roman qu’il faut se méfier des apparences car elles sont trompeuses. C’est ainsi que l’auteur m’a promené tout au long de son intrigue. De plus, au vu du sous-titre de ce roman « Une enquête d’Emily Roy et Alexis Castells », on peut se douter qu’on va avoir d’autres surprises. Et, si je répondais enfin à ta question sur l’écriture de l’auteur. Son écriture est très fluide et concise utilisant plutôt un langage assez soutenu bien qu’on ait des incursions d’un langage un peu plus familier, circonstances obligent. Pour ceux que cela insupporte, le récit n’est pas à la première personne du singulier. Cela change de certains récits. L’intrigue est racontée à la troisième personne du singulier et cela fait du bien. Bien qu’on alterne les points des personnages, à chaque moment, on sait face à qui on se trouve et ce que pense le personnage comme si on se trouvait dans sa tête. Le récit est peint à touche rapide pour donner rapidement une atmosphère et un contexte sur lequel on s’appuie an tant que lecteur. Cela est accentué par le fait que les chapitres soient courts. Ainsi, on ne perd pas de vue l’action. Les phases sont également plutôt courtes, percutantes. On est dans la fluidité de l’intrigue. Cette dernière se forme sans accrocs dans notre esprit. Et toi, qu’en penses-tu???

Moi : Je tenais à te poser cette question. Car pour ma part, je suis très tatillon sur le style. Et je suis d’accord avec toi, le tout est fluide. Je trouve juste qu’il y a un écart entre les passages du passé en 1943 avec les passages contemporains. Je m’explique : Dans les scènes qui se déroulent aujourd’hui, c’est bien écrit mais pour autant pas extraordinaire. Par contre, dans les scènes au camp de concentration, on sent que c’est plus travaillé, que l’auteure y a mis toute sa passion. C’est cette passion qui a rendu ma lecture passionnante. Du coup, d’un coté j’ai trouvé ça pas mal, et de l’autre impressionnant. Cela n’enlève rien à la valeur du roman et à cette histoire qui est tout de même fort bien construite. Tout cela me fait dire que Johana Gustawsson va nous offrir de formidables polars dans les années à venir. Car on sent qu’elle a la fibre, la volonté et le talent pour nous écrire des histoires inoubliables. Mais je m’avance un peu vite. L’intrigue, Suzie, parlons enfin de l’intrigue, nom de dieu ! Tu attaques ?

Suzie : Pour revenir sur l’écriture, on pourrait décrire cette dernière comme deux bulles de savon qui se rencontrent pour n’en former plus qu’une. Une, celle de l’histoire des camps, est un peu comme un rêve que ferait un des personnages. Lequel? Mystère. Alors que la vie ordinaire, l’époque contemporaine n’a pas besoin de cette recherche. Elle semble juste plus simple, ce qui va s’avérer trompeur. Il y a quelque chose que j’ai bien apprécié dans l’écriture de l’auteur, c’est l’utilisation d’expressions étrangères. Cela dépayse radicalement et on se sent toit de suite dans l’ambiance. Même si on peut avoir des difficultés en terme de lecture. Bon, revenons aux choses sérieuses. Après avoir discuté du contexte et des personnages, le coeur de ce roman reste l’intrigue. Comme beaucoup d’entre vous, chers lecteurs, le savent, je suis une addicte des histoires avec des serial killers. Plus c’est sanglant et complexe, plus ça me plaît. Dans cette histoire, je suis en manque d’hémoglobine. Je dirais plutôt s’il n’y a pas de sang, c’est qu’on la fait disparaître, ce qui revient au même. Contrairement à ce que l’on trouve le plus souvent, l’intrigue principale se localise dans deux pays : la Suède et l’Angleterre. Le lien se fait à la base par la disparition d’une jeune styliste en joaillerie qui ne revient pas à la date prévue d’un séjour en Suède. Mais, dès le premier chapitre, on attaque par le biais d’un enterrement un peu bizarre. De plus, on va apprendre que des meurtres d’enfants ont lieu en Angleterre dans le même lapse de temps. La question qu’on va finir par se poser est quelle est la corrélation entre une disparition et ces meurtres. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on va avoir droit à un casse tête chinois. Et en plus, on rajoute une histoire qui se passe à la fin de la seconde guerre, il y a de quoi avoir mal à la tête. Mais, tout se fait en douceur. Je vous ai encore plus embrouillée? C’est le but. Tout ce que je peux dire sur l’intrigue, c’est qu’elle vous prend dans ses filets pour vous relâcher qu’à la fin du livre. Et, encore, pas vraiment car l’auteur donne un aperçu d’un des personnages qui va vous faire criser jusqu’à sa prochaine histoire. J’en grince des dents. Alors ce résumé, plutôt énigmatique, non? Et si on donnait notre avis sur ce roman, très cher?

Moi : Ne va pas si vite ! De mon coté, pour l’intrigue, je trouve que l’auteure y met beaucoup d’application. Il y a un peu la même méthode de déroulement de l’intrigue dans Reflex de Maud Mayeras. Pour un premier roman, c’est impressionnant. L’auteure a une façon bien à elle de nous donner quelques bribes avant de nous laisser impatients à la fin d’un chapitre. Il y a un peu de perversité dans cette construction. Pour ma part, j’ai trouvé cela un peu linéaire, pour ce qui concerne l’enquête des deux femmes. Et puis, le retournement de situation final est tout de même un grand moment. Totalement bluffant. Et effectivement, il va nous falloir conclure, chère Suzie, sinon, on va y passer des heures … enfin, des pages ! Ce que je te propose, c’est de donner envie de lire ce roman en UNE phrase. D’accord ?

Suzie : En une phrase, ça risque d’être dur. Il me faut au moins un paragraphe voire deux. Mais, bon, je veux bien essayer. Si vous voulez un très bon thriller qui vous prend aux tripes avec des homicides (condition sine qua none), du mystère, un duo de choc, un voyage dans le temps, un style percutant et une fin à prendre l’auteur en otage pour qu’elle nous livre la suite, lisez Block 46 et vous comprendrez pourquoi ce livre porte ce titre. A toi, maintenant, même exercice.

Moi : Bien vu ! Moi je dirai : voici un premier roman qui balaie large, et qui va plaire à tout le monde, les fans de thriller ou de serial killers, les fans de mystère à résoudre, les fans de roman historique, et tous ceux qui font un travail de mémoire pour que les camps de concentration ne voient plus le jour, à tous les humanistes, à tous ceux qui cherchent des personnages attachants, ce livre est pour vous et comme je n’ai droit qu’à une phrase, ma foi, ce livre est pour vous tous, c’est un très bon divertissement voire plus, qui vous oblige à prendre conscience des autres, c’est un livre passionnant parce qu’écrit avec passion. Bon comme tu le vois, j’ai mis beaucoup de virgules pour que ça tienne en une phrase. Je te remercie Suzie pour cette passionnante petite discussion et à bientôt sur Black Novel.

Suzie : Merci Pierre pour cette invitation et cet échange très intéressant. Bonne lecture à ceux qui liront ce roman, je pense qu’ils ne seront pas déçus et à bientôt.

Moi : Merci à toi Suzie. Tu es ici chez toi. Chiche qu’on en refait une autre ?

Suzie : Ça serait avec plaisir, Pierre. Merci pour l’accueil toujours aussi enthousiaste. Je me suis bien amusée dans ce challenge littéraire. A bientôt amis lecteurs.

Moi : Merci à toi Suzie et à bientôt