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Janvier noir d’Alan Parks

Editeur : Rivages

Traducteur : Olivier Deparis

J’étais passé au travers de ce roman, qui était pourtant un premier roman fortement conseillé par Velda et Claude. Mon ami Richard m’a rattrapé au bond en le qualifiant pour les finalistes du Grand Prix Du Balai de la Découverte.

Harry McCoy est demandé à la prison de Glasgow à la demande d’un prisonnier, qu’il connait pour avoir participé à son arrestation. Il n’a aucune idée de la raison pour laquelle il lui a demandé de venir. Et il est très surpris d’apprendre de la bouche d’un prisonnier qu’une jeune fille va être assassinée. Il ne connait que son prénom, Lorna et sait qu’elle travaille dans un restaurant de luxe. McCoy ne prend pas cela bien au sérieux et va passer la soirée avec une jeune prostituée Janey.

Le lendemain, il décide tout de même de chercher cette Lorna, et découvre rapidement où elle travaille, où elle habite, mais ne la trouve pas. C’est devant la gare routière qu’il la trouve, menacée par un jeune homme, qui sans hésiter, la tue avant de retourner l’arme contre lui. Pour Murray, le chef de McCoy, l’affaire est claire : une femme s’est fait tuer par un homme qui s’est suicidé. Mais pourquoi ?

McCoy, réputé pour sa persévérance, va mener son enquête et découvrir que Lorna Skirving était bien serveuse au Malmaison, mais elle profitait de ce poste pour se prostituer auprès de la clientèle riche, afin d’arrondir ses fins de mois. L’autopsie démontre même qu’elle avait subi des coups, ce qui fait penser à des relations sado-maso. Quand l’indic en prison se fait égorger dans les douches, la langue coupée, McCoy part en croisade …

Dès les premières pages, on sait que l’on est dans un roman anglo-saxon. Dès les premières pages on sait que l’on est dans un très bon roman. Dès les premières pages, on sait que l’on va en prendre plein la tête. Car on est jeté dans le bain dès les premières pages et le bain n’est pas vraiment chaud ni accueillant. Si le début est surprenant, bien vite, le décor est bien glauque et les événements bien crades.

Le personnage central McCoy est imposant, charismatique et c’est le genre de personnage que l’on vet absolument retrouver. Son passé va au fil des pages nous être révélé : sa mère est morte tôt, son père est violent, il a connu une enfance dans des centres sociaux, maltraité mais toujours protégé par Stevie Cooper, son meilleur ami. Aujourd’hui, avec 30 années au compteur, il est le mentor du tout jeune inspecteur Watson, dit Wattie, et marine sa haine envers le clan Dunlop, les ultra-riches de Glasgow qui se croient tout permis.

Tout y est bien fait dans ce roman, à tel point que l’on a des difficultés à croire que ce n’est qu’un premier roman. Tout y est aussi un peu classique, entre l’inspecteur cassé par la vie, son penchant et ses liens avec le côté obscur, le combat des pauvres contre les riches, la corruption de la police et des flics. Mais cela est bigrement bien fait, avec cette sensation que l’auteur improvise, se contente de suivre son personnage principal partout où il l’emmène.

Alors, on se passionne pour ce roman, pour cet univers infernal, ce Glasgow noir et sanglant, avec au milieu un personnage humain, avec ses qualités et ses faiblesses. Car ce McCoy est terriblement attachant et l’on n’a qu’une envie : le retrouver dans une prochaine aventure. Ça tombe bien : February’s son est sorti en Angleterre cette année. Nul doute qu’on le retrouve chez nous l’année prochaine. Et je serai au rendez-vous.

Ne ratez pas l’avis de Velda, et Yan

Et tout sera silence de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

Après Tu n’auras pas peur, Michel Moatti revient avec ses deux personnages de journalistes, Trevor Sugden et Lynn Dunsday. Enfin, surtout Lynn puisque Trevor est malade. Si dans le premier, l’auteur comparait le journalisme en ligne avec le journalisme papier, dans celui-ci il utilise une intrigue forte pour montrer la dérive violente de notre société. Un roman coup de poing !

Lynn Dunsday est toujours journaliste pour le journal en ligne Le Bumper. Alors qu’une vague de meurtres déferle sur Londres, visant des jeunes femmes tuées à l’arme blanche, aux armes blanches devrais-je dire, Lynn est chargée par son patron Tony Grant. Ce sont vingt neuf corps, retrouvés dans la rue, dans les toilettes des pubs ou dans les gares. Aucune relation apparente entre toutes ces exécutions, si ce n’est que les jeunes femmes ne semblent pas s’être défendues.

Le compagnon de Lynn, Andy Folsom, est toujours lieutenant à la section criminelle de la Metropolitan Police. Il est sur des charbons ardents, rentre peu à la maison, fait des heures impossibles. Le dernier cas en date est une fille poignardée au tournevis dans un pub. Andy en dit peu à Lynn, de peur qu’elle le publie pour le Bumper. Il lui lâche quand même le nom de la victime et la possibilité qu’elle ait participé à un scandale sexuel mettant en cause un parlementaire. Et Lynn va être bouleversée par un événement inattendu : son test de grossesse est positif.

Magdalena Lewandowska est polonaise. A Sopot, dans le quartier de Karlikowo, elle va rejoindre une camionnette. On lui a promis de rejoindre un pays occidental, peut-être l’Angleterre, de trouver du travail dans une agence de voyage ou dans un restaurant. On lui a promis une formation après un voyage à travers l’Europe. Mais l’Enfer ne fait que commencer, de caravanes en camps de dressage.

Il y a une constance dans les romans de Michel Moatti, c’est le décor : l’Angleterre. Après son précédent thriller, Tu n’auras pas peur, il continue à creuser le sujet du journalisme moderne, et le rôle qu’il doit ou devrait prendre à l’avenir. Nous retrouvons Lynn, qui va occuper la place centrale de ce roman. Elle rencontrera bien Trevor dans deux ou trois scènes mais l’auteur a choisi cette jeune femme pour une bonne raison : Enceinte, elle se demande s’il est bien raisonnable d’avoir un enfant dans ce monde-là.

Je vous rassure tout de suite, il n’est pas nécessaire d’avoir lu le précédent pour apprécier celui-ci. Mais ce serait dommage, bien dommage. Et je vous préviens, ce roman est dur, très dur : deux scènes en particulier sont non pas décrites et sanglantes mais humainement difficile à accepter. Nous sommes dans un contexte dur, ultra violent, inhumain. Dit comme ça, ça ne fait pas envie pour certains, cela en enchante d’autres. Mais sachez que ce roman dit beaucoup de choses, pose beaucoup de questions. Il démontre une nouvelle fois que le thriller, mâtiné de roman noir a des choses à dire, quitte à ce que ce ne soit pas des choses agréables.

Comme dans le premier roman, Michel Moatti creuse la difficile relation entre la police et le journalisme. Le peuple a un droit à l’information et celle-ci passe par la police, qui ne peut pas tout dire. Parfaitement illustré par les deux personnages principaux, c’est l’un des thèmes du roman, formidablement bien traité et mis en évidence bien que bien connu. Il est même illustré par le titre, qui est une citation de Shakespeare.

De silence, il en est aussi question lors de l’enquête, et à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il n’y a aucun témoin ou quelqu’un qui daigne parler. Ensuite, dans le quartier est-européen, peu de gens parlent anglais. Enfin, le sort de jeunes filles émigrées clandestinement n’intéresse personne. Les journalistes ne parlent de cette affaire que parce qu’elle peut impliquer un parlementaire. Les blogs (dont l’auteur insère des pages du blog Lulubelle) ne parlent que de gens connus, de soirées d’inauguration ou des nouveaux maquillages, plein d’insouciance, voire d’inconscience. Comme c’est facile de fermer les yeux !

Ce décalage entre ceux qui pensent à eux et la réalité de jeunes qui meurent sous les coups est éloquent et fait mal au bide. La meilleure façon de le dire, c’est encore de lire sur la quatrième de couverture : « Enlèvements, trafic d’êtres humains, séquestrations, abus sexuels, meurtres … Il y a un monde à côté du nôtre, invisible, effrayant, silencieux et pourtant terriblement réel. Ça se passe aujourd’hui en Europe, et tout le monde ferme les yeux. Alors, il faut bien que quelqu’un en parle. »

Oui, ce roman est effrayant, non seulement par ce qu’il montre mais aussi par et pour ce que cela implique. Tout le monde le sait, et personne ne fait rien. ON trouve une documentation effarante dans ce livre, dont celle-ci qui m’a choqué : la Pologne exporte plus de jeunes filles à destination de la prostitution que de bouteilles de vodka. Avec ce roman Michel Moatti confirme mais surtout se place parmi les meilleurs auteurs de thrillers ayant des messages à passer. Sa description des deux mondes contemporains (celui du plaisir simple, insouciant et l’autre noir, violent sans humanité) est terrifiant, pour qu’il vous reste une once d’humanité. Vous avez le choix : lire ce livre ou allumer la télévision et regarder votre série favorite. J’ai choisi.

Ne ratez pas l’avis de mon ami Jean le Belge

Oldies : Adios Muchachos de Daniel Chavarria

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jacques-François Bonaldi

C’est une rubrique Oldies en forme d’hommage que je vous propose puisque Daniel Chavarria nous a quitté le 6 avril dernier. Je ne connaissais ni l’homme, ni ses écrits, et pour l’occasion, Claude Mesplède Himself m’a fait l’honneur de me fournir un billet que j’aurais la chance de vous proposer dès vendredi.

L’auteur :

Daniel Chavarría est né à San José de Mayo, en Uruguay.

En 1964, lors du coup d’état militaire, Daniel Chavarría qui vivait au Brésil, s’enfuit pour travailler avec les chercheurs d’or en Amazonie. Plus tard, il s’est enfui à Cuba. Là, il a commencé à travailler comme traducteur et enseignant de latin et de grec. Par la suite, il a commencé sa carrière en tant qu’écrivain. Daniel Chavarría se définit comme un citoyen uruguayen et un écrivain cubain.

Le style d’écriture de Chavarría s’inscrit dans la tradition latino-américaine des écrivains politiques, tels que Gabriel García Márquez. Il a mentionné que lorsqu’il était enfant, il lisait Jules Verne, Emilio Salgari et Alexandre Dumas, et leur influence peut être détectée dans ses écrits. Par exemple, dans Tango pour un tortionnaire, l’influence du Comte de Monte-Cristo est claire.

La vie et les écrits de Chavarría montrent clairement son passé communiste et révolutionnaire. Il était un partisan bien connu de la révolution cubaine.

En 2010, Chavarría a remporté le Prix national de littérature de Cuba.

Chavarría est décédé à La Havane le 6 avril 2018, âgé de 84 ans.

(Source Wikipedia version anglaise traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

A Cuba, Les Jineteras sont des jeunes filles qui chassent le riche touriste étranger dans l’espoir qu’il les entretiendra pour un temps, ou mieux, leur proposera le mariage. Alicia a une méthode bien à elle qui consiste à porter un short très étudié et à monter sur une bicyclette… C’est ainsi qu’elle ramène dans ses filets un certain Juanito. Ils vont former un beau tandem ! Après Un thé en Amazonie, Daniel Chavarria nous offre un polar cent pour cent cubain où il manie un humour qui n’est pas sans rappeler celui de Donald Westlake.

Mon avis :

C’est au travers de la vie d’une jeune fille Alicia que Daniel Chavarria nous présente la vie à Cuba et la façon qu’ont les jeunes femmes de vivre face à l’ouverture au tourisme de cette île communiste. C’est l’humour omniprésent tout en dérision et en cynisme noir qui fait que l’on s’attache à ce roman dès les premières lignes. Après quelques chapitres sur Alicia, la rencontre avec John King, beau comme Alain Delon, va lancer l’intrigue sur des rails … surprenants.

Car l’histoire ne va jamais dans le sens où on l’espère ou du moins où on peut le penser. Les arnaqueurs sont en concurrence avec des arnaqueurs, tout le monde a au moins deux noms différents. Ce qui fait que l’on se rend vite compte que tout est bon pour arnaquer et récupérer de l’argent au détriment de l’autre. Malgré le fait que ce roman soit court, il s’y passe beaucoup de choses et l’on s’amuse de bout en bout.

Ce roman est finalement une belle démonstration : c’est l’argent et le sexe qui font tourner le monde ! Et il faut se méfier, les victimes ne sont pas forcément celles que l’on croit ! Avec son style alerte et ses remarques acerbes, tournant en ridicule les attitudes de ses personnages, ce roman s’avère un petit joyau de littérature noire et une lecture tout simplement jouissive.

La dernière chose que je dirai, c’est que j’ai eu beaucoup de difficultés à le trouver, puisqu’il est épuisé. Je ne peux que souhaiter de le voir réédité pour que tout le monde puisse le redécouvrir et redonner un peu de justice pour ce roman foncièrement et méchamment drôle.

115 de Benoit Séverac

Editeur : Manufacture de livres

Vincent, mon ami de toujours, avait bien raison de m’inciter à lire Benoit Séverac. J’étais déjà passé à coté de son précédent roman, Le chien arabe, qui vient d’être réédité en format poche chez Pocket sous le titre Trafics, alors je ne pouvais passer à coté de son petit dernier, 115, comme le numéro d’urgence pour les Sans-abris. Impressionnant.

Fin 2015, Hiésoré a traversé la mer adriatique pour arriver en France, avec son fils Adamat. Les passeurs lui ont demandé en échange de trois années de travail, deux pour elle et une pour son fils. Ce qu’ils n’avaient pas précisé, c’est qu’elle devrait se prostituer pour eux. Elle a bien tenté de refuser mais ils sont venus à bout de ses résistances en la tabassant. Elle a gardé un esprit de révolte et réussi à s’enfuir, pour se réfugier dans un abri où elle se croit à l’abri. De toute façon, elle ne craint rien avec son fils.

Nathalie Decrest est responsable de la Brigade Spécialisée de Terrain, et réquisitionnée en ce mois de janvier 2016 pour une descente dans un regroupement de gens du voyage. Afin d’éviter les problèmes, la BAC, les CRS et Sergine Hollard vétérinaire ont été réquisitionnés. Leur descente a pour objectif d’interdire les combats de coqs. L’opération se déroule sans encombre, les équipes de la vétérinaire récupérant un certain nombre de volatiles camés.

Alors que Sergine s’enfonce un peu plus dans le camp, elle voit un container en acier dont la porte est fermée par un cadenas. Elle arrive à ouvrir la porte et voit deux jeunes femmes, visiblement étrangères et un enfant, tous trois en état de choc. Apparemment, ce sont des albanaises. Sergine n’insiste pas quand elle voit les flics emmener les femmes à l’abri. Elle vient sans le savoir de mettre un doigt dans un engrenage infernal.

Voilà une sacrée découverte en ce qui me concerne, car j’ai trouvé beaucoup de qualités dans ce roman, de celles qui laisseront de beaux souvenirs de lecture. A commencer par ces deux personnages féminins aussi marquants qu’ils sont opposés dans leur psychologie et leur façon de mener leur vie. Nathalie Decrest voue sa vie à son boulot, en délaissant sa vie personnelle, ce dont elle se rend parfaitement compte. Elle est dure et froide mais cherche surtout à se blinder face à son quotidien. Sergine Hollard est plus humaine, plus tournée vers les autres. Prise de pitié, par volonté aussi de bien faire, elle va créer un centre vétérinaire gratuit.

Bien que ces deux personnages soient à l’opposé l’une de l’autre, l’auteur montre deux façons différentes d’aborder la vie actuelle, dans une société où il y a de plus en plus de sans-abris et où tout le monde s’en fout. Pour autant, les deux femmes sont concernées, elles ont juste deux façons d’aborder leur ressenti par rapport à ce problème. Et c’est bien parce que leur psychologie est très bien faite que le roman nous place devant nos responsabilités, en nous posant frontalement la question.

Car ce roman aborde beaucoup de sujets épineux, auxquels il est sans doute difficile de trouver une et une seule solution. De la condition des gens qui vivent dans la rue aux maltraitances des femmes, de la prostitution aux malversations de certaines organisations soi-disant humanitaires, Benoit Séverac avance sur un terrain miné en pointant ouvertement le doigt là où ça fait mal. Et c’est aussi grâce à cette originalité dans la façon de mener son intrigue qu’il arrive à accrocher le lecteur et à le questionner sur son humanisme (si souvent enfoui bien profondément dans les limbes de l’oubli). Car en avançant par des chemins détournés, Benoit Séverac donne l’impression de faire progresser son histoire à coups de marteau sur le clou, tapant doucement tout d’abord pour finir rageusement par enfoncer … le clou, justement. Et bien brutalement.

Encore une fois, la Manufacture de livres a trouvé un auteur original mais précieux qui nous livre ici un roman social, tout à la fois noir, brutal, mais aussi humain et terriblement lucide. Je ne peux que vous conseiller de lire ce roman, pas pleurnichard pour un sou, mais bigrement réaliste et totalement important. Un roman humaniste et moral comme je les aime.

Ne ratez pas les avis de l’ami Claude, Velda , Nyctalopes et Psycho-Pat

Lagos Lady de Adenle Leye

Editeur : Métaillié (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : David Fauquemberg

Si ce roman a fait l’objet du cadeau annuel aux abonnés de l’association 813 (Merci 813 !), il fait l’objet de la sélection pour les Balais d’or 2017 de mon ami le Concierge Masqué. D’ailleurs, c’est lui qui me l’avait conseillé l’année dernière. Et comme le résumé de l’éditeur est très bien fait, je vous le mets en guise de résumé :

Quatrième de couverture :

Mauvaise idée de sortir seul quand on est blanc et qu’on ne connaît rien ni personne à Lagos ; Guy Collins l’apprend à ses dépens, juste devant le Ronnie’s, où il découvre avec la foule effarée le corps d’une prostituée aux seins coupés. En bon journaliste, il aime les scoops, mais celui-là risque bien de lui coûter cher : la police l’embarque et le boucle dans une cellule surpeuplée, en attendant de statuer sur son sort.

Le sort, c’est Amaka, une splendide Nigériane, ange gardien des filles de la rue, qui, le prenant pour un reporter de la BBC, lui sauve la mise, à condition qu’il enquête sur cette vague d’assassinats. Entraîné dans une sombre histoire de Juju, la sorcellerie du cru, notre journaliste à la manque se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère, tandis qu’Amaka mène la danse en épatante femme d’action au milieu des notables pervers.

Hôtels chics, bars de seconde zone, jungle, bordels, embouteillages et planques en tout genre, Lagos bouillonne nuit et jour dans la frénésie highlife ; les riches font tinter des coupes de champagne sur Victoria Island pendant que les pauvres s’entretuent à l’arme lourde dans les bas quartiers.

Mon avis :

Sachez que ce roman est un premier roman, et à ce titre, je peux vous dire que l’avenir de cet auteur est tout tracé ! Prenant des personnages principaux auxquels on s’attache rapidement, mais laissant planer quelque doute au début du roman, nous allons suivre les tribulations d’un reporter anglais au Nigeria qui va se retrouver embringué dans des affaires criminelles qui vont le dépasser …

Que du classique, me direz-vous ? A la fois oui, à la fois non, ai-je envie de répondre. Les chapitres courts et l’efficacité du style en font un polar fort agréable à lire, voire même passionnant. Il se démarque des polars américains du même genre par le fait qu’il évite ce rythme préfabriqué, ce mélange d’action / pause / action en mettant au premier plan ses personnages.

De personnages, il y a certes Guy Collins, mais il y a surtout Amaka, jeune fille qui se bat pour la justice des femmes de son pays, mais pas de la façon dont vous pourrez l’imaginer (et je vous laisse le découvrir). On y trouvera aussi en alternance de nombreux chapitres mettant en scène les chefs de gangs, mais aussi les flingueurs et autres rabatteurs, dont la présence est surtout là pour montrer la situation catastrophique d’un pays où les femmes se prostituent (toutes ?) pour survivre.

C’est d’ailleurs ce qui ressort de ma lecture. Le fait de centrer son intrigue sur les prostituées en négligeant les autres aspects de la société nigériane, nous donne à croire qu’il n’y a que des prostituées au Nigeria. J’aurais aimé être plongé dans ce pays de façon plus réaliste. D’autre part, le roman est écrit pour moitié à la première personne par Guy et pour moitié à la troisième personne quand il s’agit des gangs de truands. Et ce passage de l’un à l’autre, cette hésitation (?) fait que cela m’a sorti de l’histoire par moments. Bref, j’aime moyennement.

Sinon, c’est un roman qui est très bien mené, bien écrit, qui va vite et qui nous apprend beaucoup de choses. Et la finalité de cette intrigue, même si elle m’a rappelé un autre roman, reste intéressante par le fait qu’elle tire un signal d’alarme. Et puis, rien que pour Amaka, une sacrée battante, ce roman vaut le coup d’être lu !

Nous allons mourir ce soir de Gillian Flynn

Editeur : Sonatine

Traducteur : Héloïse Esquié

Après avoir enchanté nombre de lecteurs avec des romans psychologiques de haute qualité comme Les lieux sombres ou Les apparences, Gillian Flynn nous offre une nouvelle d’une cinquantaine de pages parfaite.

Quatrième de couverture :

Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

Si une bonne nouvelle se reconnaît à la puissance de sa chute, Gillian Flynn nous livre ici un véritable morceau d’anthologie. En quelques pages, elle dessine des personnages inoubliables, construit une histoire haletante, qu’elle mène à une conclusion proprement sidérante. Mordant, noir, machiavélique et ironique : tout l’univers de l’auteur, experte incomparable en manipulation et rebondissements, se trouve concentré ici.

Mon avis :

En une cinquantaine de pages, Gillian Flynn, qui a remporté le Prix Edgar Allan Poe en 2015 pour cette nouvelle, démontre tout son talent en à peine 60 pages ! A un tel point que j’en suis resté baba devant tout ce talent.

On peut décomposer cette nouvelle en trois parties : La première est la présentation de la narratrice dont le travail est de masturber les hommes en manque de sexe dans une maison close. Dans cette partie, on sourit et on rit tant c’est écrit avec beaucoup d’humour et de dérision.

Puis dans la deuxième partie, elle change de sujet pour nous montrer les talents psychologiques de la narratrice et son arnaque en s’inventant « Intuitive psychologique », capable de ressentir les mauvaises vibrations. A partir de là, on entre dans un nouveau domaine, celui de l’angoisse. Gillian Flynn nous décrit cette famille et sa famille d’une façon tellement claire et efficace que Stephen King n’aurait pu renier certaines scènes. C’en est tout simplement impressionnant.

Puis arrive le dénouement, et ce final fantastique qui fait osciller le lecteur d’un coté, puis de l’autre, pour le secouer à nouveau. Et la fin se révèle mystérieuse juste comme il faut. Bref, c’est du grand art, et pour une fois, je ne peux qu’être d’accord avec les éditeurs quand ils disent que « Gillian Flynn nous livre ici un véritable morceau d’anthologie ».

A 7 euros, avec une jolie couverture cartonnée, cette nouvelle ressemble à un joli cadeau de Noel que Sonatine fait à ses lecteurs car je peux vous dire qu’une fois lue, vous ne serez pas prêts de l’oublier. C’est du pur plaisir, de très haut de gamme. Fantastique !

Chronique virtuelle : L’été chez Ska

Avant de partir en vacances, n’oubliez pas vos lectures. Et pour alléger les bagages, quoi de mieux que la lecture électronique ? Voici quelques nouvelles en provenance de chez Ska, des nouvelles noires, très noires …

 

Ballon de Catherine Fradier :Ballon

Note de l’éditeur :

Un ballon perdu sur la plage, la cruauté de la guerre comme horizon…

Un cercle jaune illumine soudain un rideau de fer arraché, une porte défoncée, effleure brièvement sa burka. Razan se jette derrière des sacs de sable empilés et attend. Un pick-up chargé de quatre hommes en treillis, la barbe broussailleuse, roule au ralenti. Elle se tasse, la souffrance anesthésiée par la terreur, et ne relève la tête que lorsque le bruit du moteur s’est évanoui, puis elle cavale le long des ruelles, se fondant dans l’ombre des façades éventrées.

Mon avis :

Moyen Orient, dans un pays en guerre. Un jeune enfant a oublié son ballon. Sa mère sort pour le récupérer. Cela parait simple, comme histoire, mais elle est pleine de sentiments et surtout effroyablement noire. Et plus on s’enfonce dans l’histoire, plus on a du mal à respirer, car on retient sa respiration. Il n’y a pas d’espoir à attendre, pas de lumière apparente, pas d’issue heureuse. Une dizaine de pages qui, finalement, nous rappelle la chance que nous avons, de vivre dans ce pays, et notre inhumanité à ignorer les autres. Terrible ! Un pur joyau noir, brutal !

Bad Trip de Gaetan BrixtelBad Trip

Note de l’éditeur :

Une nouvelle noire aux allures de thriller habilement surprenante

Les champignons hallucinogènes en guise de pâtée pour toutou ont un effet dévastateur…

« J’arrive pas à croire que Totor soit mort. »

Hélène a lancé ça à table.

Au milieu d’un apéritif dînatoire, évoquer notre chien, ça fait bizarre. Ca jette un froid sur les invités, sur les parents et moi : on dirait que même les bulles du champagne s’arrêtent de pétiller.

  1. Vaudry se permet tout de même de lui rendre hommage : « C’était une brave bête », dit-il avec une gêne profonde.

Mon avis :

La mère d’Emeric se plaint, lors d’un repas où ils ont invité M.Baudry : elle n’en revient pas que Totor, le chien de la famille, soit mort. C’est sur qu’Emeric se sent mal, c’est lui qui a promené Totor pour la dernière fois. Tout aurait du bien se passer mais il a rencontré son copain Antonin …

On peut tout imaginer … et je peux dire que Gaetan Brixtel a l’imagination fertile et un sacré talent pour conter une histoire … de routine puis drôle puis méchante puis noire puis noire. Je ne connaissais pas cet auteur mais il m’a emballé dès les premières lignes et a su planter le décor avant de faire partir son histoire en vrille dans le bon sens du terme. Bad Trip, je vous garantis un sacré bad trip, avec en guise de conclusion une belle pirouette noire, comme je les aime.

Echouée de Jérémy BouquinEchouée

Note de l’éditeur :

Échouée sur une aire d’autoroute, elle soulage les hommes jusqu’au jour où la femme-épave se rebiffe…

Myriam se tord un moment, la gamine, elle a vingt et un ans, tout au plus. Elle apprend la vie. C’est un peu un bébé. Pour elle, je suis « Mammy Branlette » ! Rien de plus, rien de mieux. Une putain de l’autoroute, un personnage burlesque, pittoresque du coin. Une permanente du secteur. Un fantôme un peu glauque de la route droite.

« Qu’il repose en paix ! » laisse alors échapper la gamine.

Elle ressasse la phrase de la nécrologie : « Qu’il repose en paix ! »

Là, je me bloque. Je me braque, même !

« Non ! »

Le pouvoir suggestif de la prose de Bouquin, le bien nommé, est efficace comme un uppercut au menton. Ça galope, ça cogne ! Le comble? Comme un maso, on en redemande.

Mon avis :

Elle se fait appeler Mona et vit depuis 15 ans sur un parking d’autoroute en masturbant les conducteurs qui passent. Jusqu’à ce qu’elle voit dans le journal une annonce nécrologique annonçant la mort de Thierry Parturel. L’heure de la vengeance a sonné …

En prenant des gens comme vous et moi, et en les plaçant dans une situation décalée, Jérémy Bouquin nous conte une histoire avec ce petit zeste d’humour qui rend la lecture très agréable … mais ce n’est que pour mieux nous endormir car la fin de cette nouvelle est bien noire ; et de ce voyage en absurdie, il transforme l’essai avec une fin bien noire. Avec son style fluide, ses remarques justes, toujours, on ressent beaucoup de sympathie pour ce personnage et beaucoup de haire pour les autres.

Un clou chassant l’autre de Damien Ruzé :Clou chassant autreElect

Note de l’éditeur :

Entre Raqqa et Bruxelles, les âmes perdues du djihad vont châtier les kouffar (mécréants)…

Un dernier doigt d’honneur à cette putain de Belgique qu’ils haïssent, ses pétasses blondes et grasses refusant de se faire basculer, sa jeunesse hystérique et dépravée, américanisée. Farid a juré sur le Coran. Si Djellal tombe, il mettra le plan à exécution. Leur plan. Asymétrique. Fulgurant. Imprévisible. Une œuvre d’art. Une installation. Djellal se bidonnera au paradis, matant l’hécatombe sur écran géant entre deux coups de chibre dans une vierge céleste. Farid se marre tout seul comme un con, ouvre la fenêtre, propulse la cigarette d’une pichenette dans la cour pavée. Rira bien qui rira le dernier.

« La vengeance est un plat qui se mange halal. Entre Raqqa et Bruxelles, les âmes perdues du djihad vont châtier les kouffar sans verser une goutte de sang, frappant au hasard, utilisant les points faibles de l’Occident : son insatiable soif de plaisir et sa létale propension au désespoir. »

Damien Ruzé : un ton, un rythme, une prosodie si noirs qu’on pourrait s’y égarer à jamais. À lire de toute urgence, ce texte écrit en janvier 2016, violemment prémonitoire.

Mon avis :

Du Pakistan à la Belgique, Damien Ruzé nous fait suivre une intrigue complète en peu de pages au travers de plusieurs personnages. Cela ressemble à un jeu de dominos que l’on assemble en posant les pions les uns par-dessus les autres. Cette nouvelle est surtout l’occasion pour moi de retrouver ce style que j’aime tant, si simple, si fluide, si facile en apparence, et qui nous balade dans différentes ambiances jusqu’à un final dramatique. Normal, c’est publié dans la collection Noire Sœur ! Damien Ruzé se montre aussi à l’aise dans les nouvelles que dans les romans, ce que j’ai déjà dit. Car, vous en connaissez beaucoup des auteurs capables de présenter des personnages en 3 ou 4 phrases ? Comme j’attends avec impatience son troisième roman !