Archives du mot-clé Roman psychologique

Un jour comme les autres de Paul Colize

Editeur : HC éditions

Les romans de Paul Colize se suivent et ne se ressemblent pas. J’adore cet auteur belge doué pour inventer des intrigues solides tout en adaptant son style à son histoire, capable aussi de se fondre dans différents genres. Après Zanzara, un roman qui nous emmenait à 100 km/h, ce roman change totalement de registre pour nous plonger dans un roman psychologique complexe.

Un matin Eric Deguide, chargé de cours à l’université libre de Bruxelles, dans sa voiture, jette un coup d’œil à sa maison. Sa femme dort encore. Il tourne la clé de contact et démarre.

Cela fait 614 jours que son compagnon a disparu. Emily ne perd pas espoir, ne veut pas lâcher, abandonner Eric qui a disparu sans laisser de traces. Traductrice de son état, elle se perd dans la musique classique, en chantant des morceaux de soprano. La seule trace qu’il reste de lui est son véhicule SAAB, retrouvé sur le parking de l’aéroport de Zaventem. Mais même en regardant les caméras de surveillance, personne ne peut déterminer comment elle est arrivée là.

Michel Lambert, la cinquantaine, est un grand solitaire, divorcé, atteint d’insuffisance rénale, passionné d’affaires criminelles. Il a ouvert un forum sur Internet, où les gens peuvent poster des avis de recherche, mais aussi discuter des cas en cours. Il ouvre une rubrique consacrée à la disparition d’Eric Deguide. Suite à ses recherches, il est persuadé qu’Emily est innocente et commence ses recherches. Quand il la rencontre, il est subjugué par sa beauté calme et douloureuse.

Emily reçoit un témoignage sur le site de Michel. Une femme affirme avoir vu « cet homme » à la station service de Barchon sur l’autoroute E40. Le message est signé Axe-L. Emily décide, avec l’accord de Michel de prendre contact avec le mystérieux informateur. Son témoignage va confirmer Emily dans sa détermination à retrouver son compagnon, à connaitre la vérité.

Déstabilisant et psychologique. Comme je le disais, ce roman est totalement différent du précédent et des autres. Divisé en quatre parties, comme un opéra, le roman va nous présenter Emily, par des chapitres à la première personne et Michel, son amoureux fou et sans espoir. Cette première partie est remarquable dans sa façon d’aborder une femme en prise au vide, à l’absence, et c’est probablement le meilleur passage que Paul Colize ait écrit tant tout y est fait avec minutie et subtilité.

Déstabilisant et policier. Dans une deuxième partie, suite à un événement majeur survenu quelques pages plus tôt, nous changeons de personnages et passons à deux journalistes au Soir : Frédéric Peeters et son patron Alain Lallemand. Si l’enquête commence, l’accent est encore une fois mise du coté de la psychologie, et en particulier du jeune Peeters, passionné et Lallemand plus posé, mesuré et sachant guider le jeune journaliste dans son travail. Avec un auteur chevronné tel que Paul Colize, on s’attend à ce que l’intrigue soit bien menée. Elle l’est, fouillée, précise, et multipliant les pistes … en même temps que les mystères se nimbent de brouillard, en particulier en ce qui concerne les personnages d’Eric et Emily.

Déstabilisant et brillant. Je ne vais pas vous raconter de quoi le roman parle, mais sachez juste que le sujet est important et qu’il faut le savoir. Il passe juste un peu au second plan devant la force des caractères et devant le talent à avoir construit un roman aux confins de tous les genres. Paul Colize semble s’être lancé un défi : tenir en haleine le lecteur pendant 420 pages avec un roman psychologique. Vous avez bien lu : en haleine ! Impossible à lâcher, ce roman décidément inclassable se révèle un défi pleinement réussi qui déstabilisera beaucoup mais qui au bout du compte s’avère un bel exercice de style.

Ne ratez pas les avis de Fred K, Musemania et Yvan bien sur

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Dix petites poupées de BA.Paris

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Vincent Guilluy

Après Derrière les portes et Défaillances, voici le dernier roman en date de BA.Paris, cette jeune auteure qui a débarqué il y a deux ans avec des intrigues fouillant l’intimité des couples. Une nouvelle fois, c’est un roman psychologique réussi.

Finn et Layla s’aiment comme rarement un couple le vit. De retour de vacances à Megève, ils s’arrêtent sur un parking de l’autoroute A1 pour une pause. Finn prend une pause alors que Layla va aux toilettes. Mais Layla se fait attendre. Finn déplace la voiture vers les toilettes, puis, à force d’attendre, va se renseigner en l’appelant. Personne ne répond. Quand il entre, il n’y a personne. Il la cherche puis va à la prochaine station service pour appeler la police. Layla a disparu. Voilà comment cela s’est passé. Voilà du moins ce que Finn a raconté à la police.

Il s’est passé tant de choses en 12 ans. Layla n’est jamais reparue, son corps n’a jamais été retrouvé. Harry, l’ami de Finn, a tout fait pour l’aider, le soutenir. Depuis, ils travaillent dans une entreprise d’investissements. Finn a surmonté sa peine et a rencontré la sœur de Layla, Ellen. Ils vivent ensemble maintenant, dans une maison à coté de Londres. Tout va bien pour lui, jusqu’à ce qu’une poupée russe apparaisse sur le mur de l’entrée, entourant la maison.

Ces poupées ont une histoire : quand Layla et Ellen étaient jeunes, elles avaient chacun leur lot de poupées russes. Mais Ellen a perdu la plus petite d’entre elles et a accusé sa sœur de l’avoir volé. Quelques jours plus tard, une deuxième poupée apparaît, sur le pare brise de la voiture … puis une troisième … puis une quatrième. Cela devient vite obsédant, entêtant, inquiétant … à devenir fou pour Finn.

C’est déjà le troisième roman de BA.Paris, et le contexte reste toujours le même : Nous allons suivre un couple et ses difficultés, jusqu’à aboutir à une conclusion que l’on ne voit venir que les dernières dizaines de pages. C’est donc à nouveau un roman psychologique, pendant lequel nous allons suivre Finn et ses mensonges, Finn et ses atermoiements, Finn et ses sentiments, Finn et ses hésitations, Finn et ses décisions, du moins dans la première partie.

Le roman est donc construit en trois parties, et je ne vous parlerai que de la première, pour ne pas déflorer l’intrigue. Car la construction est redoutablement vicieuse, pour nous mener en bateau … même si dans la troisième, les pièces du puzzle se mettent en place et qu’on arrive à deviner le pourquoi de l’intrigue à une cinquantaine de pages de la fin. Et cela nous fait passer un sacré moment de stress.

C’est bien dans la façon de construire son histoire que réside l’intérêt de ce roman. Dès le premier chapitre, Finn nous dit ce qu’il a raconté à la police suite à la disparition de Layla et il termine en avouant qu’il a menti. Les chapitres sont entrecoupés de passages en italique, dont on va comprendre qu’il s’agit d’une lettre que Finn a écrit à Layla, juste après sa disparition. BA. Paris nous prend par le bout du nez et on n’a pas le temps de respirer ni de se poser de questions.

Dans la deuxième partie, il va y avoir un gros retournement de situation, qui fait que nous sommes bousculés dans nos certitudes. Toutes les hypothèses échafaudées auparavant tombent à l’eau. C’est tellement bien fait qu’on se laisse malmener au rythme cardiaque de Finn qui n’y comprend plus rien. Et là où c’est fort, c’est qu’on ne commence à se poser des questions que quand Finn se remet en cause.

C’est donc une nouvelle réussite de cette auteure décidément surprenante. Son style est toujours aussi simple, aussi fluide, un peu moins basique que dans ses deux précédents romans. Et je vous garantis que ce roman procure des émotions simples telles que le stress, l’étonnement, le questionnement et on en tire du plaisir, celui de lire une bonne histoire qui fait passer un bon moment.

La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme MacRae Burnet

Editeur : Sonatine

Traductrice : Julie Sibony

Ayant raté son précédent roman L’accusé du Ross-Shire, qui est en fait son deuxième, je me rattrape avec La disparition d’Adèle Bedeau, qui vient de paraître et qui est son premier roman. Amateurs de romans psychologiques et d’ambiance, celui-ci est pour vous.

A Saint Louis, petit village proche de Mulhouse, le restaurant de la Cloche trône sur la place. Tous les midis, Manfred Bowman vient y manger, ainsi que le jeudi soir. Bowman est le directeur de la banque. C’est un personnage renfermé, mystérieux et discret. Il n’est pas marié, même pas en couple et on ne lui connait pas de liaison. Par contre, il aime regarder Adèle Bedeau, la serveuse, se déplacer se déplacer dans la salle, se pencher sur les tables pour les nettoyer. Il aime regarder son chemisier s’ouvrir légèrement pour apercevoir les bretelles de son soutien-gorge.

Un soir, Adèle a fini son service et Bowman sort juste après elle. Comme ils prennent la même direction, il la suit à quelques mètres de distance. Il s’imagine qu’elle va lui adresser la parole, qu’ils pourraient peut-être prendre un verre. Soudain, elle s’arrête à un coin de rue. Ils échangent quelques mots puis une moto débarque et un jeune homme l’embarque après lui avoir passé un casque. Le lendemain, Adèle ne vient pas au travail.

L’inspecteur Georges Gorski est en charge de cette enquête. D’un naturel plutôt débonnaire, il va interroger plusieurs personnes. En parallèle, des battues sont organisées pour retrouver la jeune femme. Quand il interroge Bowman, l’entrevue est cordiale et Bowman décide mentir quand on lui demande s’il a vu Adèle. Gorski fait montre d’une belle obsession, liée à une affaire qui date de 20 ans, où le corps d’une jeune femme a été retrouvé étranglé dans les bois autour de Saint Louis. La disparition d’Adèle remue de douloureux souvenirs et son incapacité à trouver le coupable.

Adeptes de romans d’action, passez votre chemin. Ce roman est un roman psychologique, qui va décrire dans le détail les réactions des deux personnages principaux, Bowman et Gorski. Pour chaque événement, somme toute banal, Bowman va s’inquiéter des interprétations des autres sur lui, de sa possible implication dans une disparition à propos de laquelle il n’y est pour rien. Gorski va lui se poser des questions sur ce qu’il est, sur ce qu’il fait et sur ce qu’il devrait faire, se dévalorisant tout le temps par rapport à ce que les autres attendent de lui.

Bowman est du genre à se glisser dans le trou d’une souris, du genre à ne pas vouloir faire de vague, du genre à vouloir qu’on l’oublie. Pour vivre heureux, vivons caché, serait sa maxime. Gorski porte sa croix depuis la condamnation d’un innocent lors d’une affaire qui date de 20 ans. Il ne se remet pas de cette affaire, et veut donc toutes les preuves avant d’avancer quoi que ce soit. Même sa femme, sa belle famille le considèrent comme un mauvais policier, alors que lui ne cherche pas la gloire mais juste redorer son blason, sa réputation, l’estime qu’il a de lui-même.

Le rythme est lent, lancinant comme la vie des petits villages, où il ne se passe pas grand’chose. L’auteur va nous montrer finalement la vie normale des gens normaux, y ajoutant les angoisses des protagonistes. C’est une des forces de ce roman. On arrive à s’imprégner de l’ambiance d’un petit village, de suivre le rythme nonchalant et de se passionner par les réactions de Bowman ou Gorski. C’est cette grande qualité qui le rapproche des romans d’Albert Simenon.

Et ce n’est pas une référence jetée au hasard. On peut aussi y ajouter Claude Chabrol, cité dans la préface, par l’auteur lui-même. D’ailleurs, dans cette préface, l’auteur imagine la biographie imaginaire de Raymond Brunet qui aurait écrit ce roman en 1982, roman qui aurait été porté à l’écran en 1989 par Claude Chabrol. Ce roman est un bel hommage envers ces auteurs qui ont su recréer la vie des villages, sans esbroufe.

 

Un pays obscur d’Alain Claret

Editeur : Manufacture de livres

Laissez-vous guider par Thomas qui vous narre son histoire. Journaliste de deuxième zone, il est parti il y a 10 ans à l’étranger et est devenu ce que l’on appelle Grand Reporter. Un bien grand mot pour pas grand’ chose, finalement. Sa dernière destination l’a emmené en Lybie où il a rencontré Tom, un collègue anglais, son double, son alter-ego14, son amant aussi. Puis Thomas et Tom ont été pris en otage par un groupuscule et seul Thomas s’en est sorti vivant, mais pas forcément indemne.

Laissez-vous bercer par le quotidien de Thomas. Quand il est libéré, cela fait un an que son père est mort. Il est naturellement revenu vivre dans la maison paternelle, perdue au milieu des bois. Les jours et sa vie s’écoule au rythme du doux vent qui fait bruisser les feuilles des arbres. Et Thomas passe ses journées entre balades et souvenirs, entre regrets et lectures des aventures de Tom Ripley.

Laissez-vous charmer par Hannah, la compagne de Thomas qu’il a quittée 10 ans auparavant, par sa beauté triste, par son désespoir addictif, par son appel au secours pour retrouver sa fille adolescente qui a disparue. Son appel ressemble à l’appel du vide, ce vertige dangereux et sans fond qui donne envie de plonger, de se perdre à nouveau dans une histoire sans avenir.

Laissez-vous emmener par cette histoire ayant pour personnage principal un homme marqué à vie par son enlèvement, qui se retrouve dans la position d’une victime collatérale, aussi bien en Libye qu’après son retour au pays. Bienvenue dans la tête de cet homme qui, à la grisaille du présent, préfère les brumes enchantées des deux Tom, qui ne le quittent jamais d’une semelle. Il y a finalement plus de mystères dans les disparitions des jeunes filles que dans les magouilles de nos dirigeants mondiaux. Et ce n’est pas moins important.

Laissez-vous emporter par la magie des mots, par l’art de décrire un décor et de le rendre tellement vrai qu’il ressort des pages, qu’il devient palpable au toucher. Humez les odeurs humides des sous-bois, confondez les avec l’air rêche des caves de Libye. Dans ce décor feutré, même les habitants du village sont inquiétants. Heureusement, Tom est là, aux cotés de Thomas. Il y a de toute évidence une filiation entre Alain Claret et Franck Bouysse, dans l’évidence des phrases, dans la poésie instantanée et éthérée des mots.

Laissez-vous envoûter par cette histoire étrange, peuplée de personnages vrais ou inventés, fantômes présents ou regrettés, par des souvenirs enchanteurs ou embellis. Entrez dans un paysage peuplé de forêts sombres, d’horizons brouillardeux, de fausses vérités et de vrais mensonges. Finalement, la vérité n’est pas belle à voir et certains souvenirs du passé ne devraient jamais être déterrés.

Laissez-vous tenter par ce roman pas comme les autres, qui vous fera voyager, qui vous plongera dans les souvenirs d’un autre, qui vous transportera par la pensée et vous plongera dans les Abymes de l’âme. N’y cherchez pas d’action, pas de super-héros, pas de dialogues, pas de sang, pas de violence, juste une belle histoire, une belle poésie. De la belle littérature, en somme.

Laissez-vous tenter

Ne ratez pas l’avis des Unwalkers et Jean-Marc

Miasmes d’Elisabeth Sanxay-Holding

Editeur : BakerStreet editions

Traducteur : Jessica Stabile

Depuis quelque temps, des éditeurs vont déterrer des romans anciens qui n’ont jamais été publiés en France, et leur donnent une chance. Si certains sont surtout intéressants pour des raisons anthropologiques culturelles (j’ai trouvé cette expression dans le Larousse), d’autres méritent très largement que l’on s’y intéresse. Miasmes d’Elisabeth Sanxay-Holding est un must de roman psychologique.

Alexander Dennison est un jeune docteur qui n’a qu’un seul objectif : pouvoir s’installer à son compte avant d’épouser sa fiancée Evie. Quand il s’installe à Shayne, les patients ne se pressent pas et les journées deviennent longues. Son rêve de mariage s’envole, à son grand désespoir.

Quand le docteur Leatherby le convoque, c’est pour lui proposer de le seconder, car il devient trop âgé pour assurer ses visites à l’extérieur et les consultations dans sa grande demeure. Evidemment, Dennison accepte de suite, d’autant plus qu’il est logé sur place et qu’on lui propose une avance sur son salaire qui va lui permettre de s’acheter des habits convenables.

Dennison doit donc s’adapter à un nouvel environnement, dans une grande demeure, avec pléthore de domestiques, sans qu’on lui explique clairement les rôles des uns et des autres. Bien vite, le doute s’insinue dans l’esprit de Dennison. La secrétaire du docteur, Miss Napier, lui dit qu’il n’aurait jamais du accepter ce poste. Quand il apprend qu’un des patients du docteur est mort de crise cardiaque, alors qu’il était en consultation la veille, Dennison essaie de comprendre ce qui se passe dans cette maison.

Alors que c’est un roman psychologique, l’atmosphère devient vite mystérieuse, puis angoissante avant de se transformer en une explication finale regroupant tous les protagonistes, comme le fera par la suite la grande Agatha Christie. A part la dernière scène que l’on peut juger datée, le roman est d’une modernité impressionnante, ce qui démontre finalement que l’Homme n’évolue que bien peu en un siècle !

Le docteur Dennison est donc au centre d’un environnement et l’auteure va donc nous décrire les événements, en les faisant suivre par les interprétations de Dennison. C’est remarquablement bien fait et surtout remarquablement efficace. Car cela ne nous donne que la vision que Dennison a d’une situation qu’il ne comprend pas. Et comme il est jeune et n’ose pas ni s’imposer, ni poser des questions, il en arrive à s’embringuer dans des histoires qui n’existent pas … ou qui vont se révéler totalement erronées.

En tant que lecteur, j’ai suivi le raisonnement de Dennison, la tête dans le guidon, sans jamais me douter de comment cela pouvait finir. Et jamais, je ne me suis demandé si ce roman avait été écrit en 1929 ou aujourd’hui. En cela, c’est un roman remarquable de modernité (Je l’ai déjà dit ? Bon, tant pis, je le répète). Et puis la fin soulève un problème très actuel à propos duquel on entend de nombreux débats encore aujourd’hui.

Je voudrais juste ajouter une dernière chose : ne croyez pas que parce que c’est un roman « ancien », tout se termine bien dans le meilleur des mondes. Si cela ne termine pas en drame, la toute fin se révèle est à la fois cruelle et bien noire. Avec tous ces arguments, je ne comprends pas que vous n’ayez pas encore acheté ce roman !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Les fantômes de Manhattan de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Claude et Jean Demanuelli

Sachez que je suis un fan de la plume de Roger Jon Ellory, depuis son premier roman paru en France, Seul le silence. Dès qu’un de ses romans sort, je suis assuré de me balader avec un personnage hors norme, avec une histoire racontée par un maître quand il s’agit de nous faire voyager.

Annie O’Neill a perdu son père à l’âge de 7 ans, et a vécu avec sa mère. A la mort de celle-ci, elle a décidé d’investir dans une petite librairie en plein cœur de Manhattan, ce qui lui permet tout juste de vivre. Âgée de 30 ans, son activité professionnelle ne lui laisse que peu de temps et sa vie personnelle et amoureuse s’en ressent. Alors, elle passe ses soirées libres avec son voisin, Sullivan, cinquantenaire débonnaire, philosophe et alcoolique.

Un lundi soir, un étrange vieillard débarque dans sa boutique. Il lui indique avoir connu son père, et détenir certaines de ses lettres. Il lui propose de créer aussi un club de lecture, ou plutôt une sorte de contrat où elle s’engage à lire un manuscrit narrant l’histoire d’un certain Haim Kruszwika, tzigane dans les années 30 en Europe, qui va être déporté à Dachau, avant d’être rescapé à la libération.

Quelques jours plus tard, un jeune homme se présente à la boutique. Sans avoir un but, il flâne dans les rayonnages et se présente : David Quinn. Il est à la recherche d’un ou plusieurs livres pour ses voyages. Annie le sentant réservé, elle lui propose trois livres. Elle ne peut pas se douter à ce moment-là, qu’ils vont se revoir très bientôt.

Cela peut sembler étrange d’éditer aujourd’hui le deuxième roman de RJ.Ellory, surtout en grand format. J’aurais plutôt imaginé qu’il serait sorti sur Sonatine +, leur collection où sortent des romans plus anciens. Ceci dit, ce roman détonne par rapport à ses autres productions par son aspect psychologique d’une part et par son personnage féminin d’autre part.

Le roman tient sur les épaules d’Annie 0’Neill, qui arrive à un tournant de sa vie, à l’approche de la trentaine. Clairement, elle est à la croisée des chemins, se demandant ce qu’elle va faire de sa vie, comment elle va envisager, elle qui n’a pas de passé. D’ailleurs, les trois hommes qui l’entourent dans ce roman représentent chacun une génération, de David le jeune, Sullivan le cinquantenaire et Forrester le plus âgé. Elle se retrouve face à un choix difficile à prendre, essayant de gérer les trois relations en parallèle.

Ce roman pose effectivement la question du poids du passé, et l’influence qu’il peut avoir dans nos choix de vie. Mais c’est aussi un roman mystérieux où tout au long du roman, on se pose la question de la chute finale. La question que l’on se pose est alors de savoir qui est le gentil de l’histoire et qui est le méchant. Et comme Roger Jon Ellory nous distille les informations au compte goutte, on est contraint d’accepter de jouer les règles du jeu fixées par l’auteur : le roman avancera à son rythme.

Alors, le rythme se révèle lent, décrivant les états d’âme d’Annie, et cela pourrait paraître long à lire. C’est sans compter le fabuleux talent de conteur de Roger Jon Ellory, qui arrive à nous passionner avec, finalement, peu de rebondissements. On se laisse bercer par ce faux rythme, fasciné par l’acuité de la description de la vie de cette jeune femme, jusqu’à un dénouement que l’on peut avoir senti venir, mais qui est empli d’émotions fortes. Je l’ai déjà dit, Ellory est fascinant et ce roman le démontre une nouvelle fois.

Espace jeunesse : A la nuit je mens de Kara Thomas

Editeur : Castelmore

Traducteur : Cécile Chartres

Je vous avais parlé le mois dernier de Little Monsters, le premier roman de Kara Thomas à être publié en France. Je devais vous parler de son deuxième, sorti tout récemment. Mais comme j’ai du retard dans mes lectures, j’ai fait appel à mon amie Suzie qui m’a fait la gentillesse de m’offrir son avis que voici :

Bonjour amis lecteur. Me voici de retour pour vous parler d’un nouveau livre intitulé « A la nuit je mens » de Kara Thomas.

Récemment, mon ami et hôte Pierre vous a parlé de son livre précédent « Little monsters », livre que j’ai également lu et qui m’a suffisamment intriguée pour lire les autres romans de cette auteure. Cette dernière est connue sous les pseudonymes de « Kara Thomas » ou de « Kara Taylor » et elle écrit des romans « Young Adult » c’est-à-dire des histoires dont les héros se trouvent dans la tranche d’âge 15 – 20 ans à peu près. « A la nuit je mens » est son deuxième roman traduit en français après « Little monsters ».

Le titre anglais de  « A la nuit je mens »  est « The darkest corners » qu’on pourrait traduire par les coins les plus sombres. Si on compare les deux couvertures, vous constaterez qu’elles véhiculent deux messages différents. Pour l’original, cette dernière est composée de morceaux d’une photo qui aurait été déchirée et qu’on aurait reconstruite par la suite. Comme si la psyché d’un des personnages féminins aurait été morcelée et reconstruite selon une logique différente. Pour la version française, elle reflète l’aspect de se murmurer des secrets voire des mensonges à l’oreille. C’est la position typique de deux amies ayant une discussion hautement confidentielle.

Si on revient à la quatrième de couverture, le synopsis nous raconte une drôle d’histoire :  Celle d’une jeune femme de dix-sept ans qui revient dans la ville de son enfance, Fayette,  qu’elle a quittée il y a dix ans, après l’éclatement de sa famille. Son enfance a été marquée par son témoignage, avec sa meilleure amie, contre un homme qui serait un serial killer. Mais, les années passant, le doute s’instaure et lors de son retour dans cette petite ville, de nouveaux éléments émergent. Les apparences sont trompeuses et plus que trompeuses. L’auteur va en jouer pendant toute l’histoire.

Le personnage principal, Tessa, apparaît comme un personnage qui apporte un œil neuf sur le microcosme de Fayette. Après une absence de dix années, elle a évolué et elle revient avec ses doutes mais également des secrets qu’elle n’a jamais dévoilés à quiconque. Pour appuyer encore plus le point de vue de Tessa, l’histoire est racontée à la première personne du singulier. Cela renforce cette impression d’étrangeté.

Car c’est un personnage qui se retrouve entre le marteau et l’enclume. Elle connait le passé des protagonistes de cette histoire mais pas leur évolution, qu’elle a du mal à appréhender. De plus, cette transplantation forcée entre Fayette et la Floride a transformé Tessa. Elle est devenue beaucoup plus secrète, plus inquiète, ne supportant pas qu’on la touche, ainsi qu’indépendante. Elle a une conscience très forte des secrets qu’elle garde ainsi qu’une compréhension trop mature des relations avec sa famille.

Enfin, il y a une certaine culpabilité qui va l’accompagner pendant des années. Alors que Tessa est plutôt introvertie, Callie semble être son exact contraire. Elle semble être intégrée mais elle cache également d’autres secrets. En ce qui concerne les parents de Callie, ces derniers sont toujours sous le choc de l’homicide de leur nièce malgré le temps passé, en particulier la mère. Cette affaire d’homicide aura secoué cette petite ville et lorsqu’un autre homicide a lieu, les secrets et les mensonges ont tendance à remonter à la surface. Les autres personnages sont montrés par couches successives qui leur donnent du relief au fur et à mesure que Tessa va les côtoyer.

Si on regarde l’intrigue, cette dernière va comporter deux axes : le témoignage de Tessa et de Callie pour incriminer Wyatt Stokes ainsi que la famille de Tessa dont deux des membres ont brutalement disparu, sans laisser de traces. Dans la première intrigue, c’est celle qui va appâter les lecteurs et qui est décrite dans le synopsis. Elle démontre l’instrumentalisation des enfants c’est-à-dire, dans ce cas, la concordance du témoignage des deux fillettes jusqu’à obtenir une reconstitution unique pour pouvoir inculper un homme sur des preuves indirectes ainsi que leurs conséquences sur la vie des différents habitants.

La deuxième intrigue qui reste sous-jacente pendant une bonne partie de l’histoire est la recherche par Tessa de sa sœur. Cette dernière ayant disparu lors de l’homicide de sa meilleure amie, refait une brève apparition au début de cette histoire. Cela va pousser Tessa à chercher à comprendre comment la personne la plus importante de sa vie a pu disparaître sans laisser de traces. Cette intrigue secondaire met en exergue la recherche de son identité, la compréhension de ses racines à travers la recherche de cette sœur tant aimée. Mais, les secrets qui vont en émerger, vont modifier la vie de Tessa ainsi que celle de la ville. Mais, je ne peux vous en dire plus. A vous de le découvrir

Je ne connaissais pas cette auteure avant de lire son livre précédent « Little monsters » avec lequel elle a réussi à me surprendre. J’avais hâte de pouvoir lire celui-ci et cela m’a fait le même effet que le précédent, surtout la fin. J’ai eu droit à un retournement de crêpe. L’auteure passe son temps à vous balader entre les différents secrets des uns et des autres, leurs mensonges, leurs problèmes et leurs doutes. Elle nous appâte avec une intrigue assez controversée : le témoignage d’enfants dans un procès pour de multiples homicides avec des problèmes bien spécifiques comme la concordance des faits, la préparation des témoins, la divulgation des preuves, … Et de cette intrigue primaire, l’auteure nous fait rebondir sur une intrigue secondaire qui va, au fur et à mesure, passer au premier plan pour nous emmener vers une conclusion très particulière. J’attends avec une grande impatience son prochain roman et je me demande à quelle sauce Kara Thomas compte nous déguster. Sur cela, je retourne dans ma cave avec de nouvelles provisions et j’espère que vous apprécierez les différentes thématiques de ce livre. Bonne lecture à tous et à bientôt.