Archives du mot-clé Roman psychologique

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

Editeur : Préludes

Traducteur : Paul Benita

La fait que j’ai adoré Dis moi que tu mens de Sabine Durrant, paru aussi chez Préludes, n’est pas étranger dans le choix de ma lecture. Le moins que je puisse dire est que ce roman est surprenant.

Le hasard ne fait pas forcément bien les choses. Jugez en plutôt : Louise, mère célibataire du petit Adam, a bien du mal à faire face. Alors, parfois, elle s’accorde des sorties le soir. Ce soir là, elle rencontre un beau jeune homme qui lui aussi a beaucoup bu. S’ils n’ont pas de relations sexuelles ce soir là, ils échangent tout de même des baisers appuyés.

Et c’est là que le hasard intervient : Louise étant secrétaire médicale, elle est impatiente de rencontrer son nouveau patron du cabinet de psychiatrie. Quelle n’est pas sa surprise quand elle voit le beau jeune homme qu’elle a embrassé ! Il s’appelle David, et porte une alliance. Rouge de honte, elle se réfugie dans les toilettes mais ne peut pas se cacher indéfiniment. Quand ils se rencontrent, ils se mettent d’accord pour ne plus en parler.

Tout pourrait s’arrêter là si le hasard ne mettait pas sur le chemin de Louise la femme de David, Adèle. Les deux femmes se rentrent dedans et finissent par prendre un verre dans un bar. Elles se trouvent mutuellement sympathiques, et envisagent même de devenir amies. L’affaire se complique quand David se rend chez Louise et qu’ils font l’amour chez elle.

Une fois le trio mis en place, il ne reste plus qu’à jouer au jeu du chat et de la souris. Mais qui est le chat ? Et qui est la souris ?

Le mari, la femme et l’amante, voilà un trio bien connu des marivaudages, sauf que nous sommes ici dans un pur roman psychologique … du moins au début. Par conséquent, la psychologie des personnages est importante :

Louise, mal dans sa peau, débordée par son quotidien de mère célibataire, se retrouve en contact avec le couple idéal … en apparence. Adèle et David sont en effet un couple riche, beau, à l’aise. Forcément, ce couple la fascine, et elle l’envie, elle veut entrer dans leur cercle, les connaitre plus avant.

David est un psychiatre qui vient d’atterrir dans le cabinet. Il connait forcément du succès, puisque tout lui réussit en apparence. Sauf que Louise s’aperçoit qu’il boit trop,, ce qui explique leur rencontre dans un bar. Il semble détaché, désabusé, alors que sa vie parait si idéale.

Adèle est belle, mais elle semble fragile, changeant d’humeur. Sa relation avec son mari parait bizarre, sorte de relation maître-esclave où les rôles ne sont pas clairement définis. Elle est décidée à devenir l’amie de Louise, à la changer, à la modeler à sa convenance. Mais dans quel but ?

De l’importance des apparences …

Le roman est construit comme un aller retour entre les deux femmes, chacune ayant son chapitre, narré à la première personne du singulier. Psychologiquement c’est parfait, allié à cette façon qu’a l’auteure de trouver les mots justes pour raconter les pensées de chacune des deux jeunes femmes. Elle évite de raconter deux fois la même scène mais je dois dire qu’on se laisse prendre dans la toile de cette histoire, même si certains chapitres peuvent sembler longuets. Et même dans ces cas-là, une seule phrase suffit à semer le doute et à relancer l’intérêt.

Je me suis demandé pourquoi Stephen King apparaissait en quatrième de couverture par le simple mot : « Bravo ». Sans vouloir déflorer l’intrigue et sa fin, il va y avoir un aspect fantastique, qui va  apparaître dans la deuxième partie du livre et qui va aboutir à une fin inattendue et renversante. Ce qui rend cette lecture plus qu’intéressante. Laissez vous tenter et n’oubliez pas mon conseil : Arrêtez de rêver !

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Par le vent pleuré de Ron Rash

Editeur : Seuil

Traducteur : Isabelle Reinharez

C’est un fait, depuis Un pied au paradis, je n’arrête pas d’être surpris et enchanté par la plume de Ron Rash, par ses sujets, bref, par ses romans. Avec Par le vent pleuré, dont le titre est un extrait d’un romans de Thomas Wolfe (Rassurez vous, je n’ai pas la science infuse, c’est expliqué dans la roman !), Ron Rash m’a une nouvelle fois ébahi.

Eugène, aujourd’hui âgé de soixante ans, a passé toute sa vie à Sylva, en Caroline du Nord. Un corps vient d’être déterré par les eaux de la rivière. Il semble qu’il soit resté très longtemps enfoui. Alors, Eugène se rappelle sa jeunesse, et en particulier cette année 1969, où il a rencontré cette jeune fille venue de la grande ville, et au nom à la fois étrange et envoutant : Ligeia.

Eugène avait 16 ans, son frère Bill, 21 ans. Après le repas dominical chez le grand-père, qui était le médecin de Sylva. Cet après-midi là, Eugène et Bill étaient partis pêcher à Panther Creek. Dans un lac situé en contrebas, ils aperçurent une jeune fille nue qui se baignait. Eugène crut voir une sirène aux cheveux roux. Le temps de se remettre de leurs émotions, elle avait disparu.

Le dimanche suivant, ils revinrent et c’est elle qui fit le premier pas. Elle s’appelait Ligeia Mosely, et habitait chez son oncle Hiram, car elle avait fugué pour rejoindre des hippies à Daytona. Eugène et Bill n’avaient pas entendu parler de la Flower Power, ni des drogues, ni du sexe. Ils découvrirent cette année là de nouveaux horizons, qui se termina par une disparition inexpliquée encore aujourd’hui. Apparemment, on allait bientôt savoir où Ligeia avait fini sa vie.

On peut dire que Ron Rash aime la diversité dans les sujets qu’il traite. Je ne vais pas vous citer tout ce qu’il a écrit, il vous suffira de cliquer sur les liens en fin de billet pour cela. Ceci dit, on avait plutôt l’habitude de le voir dans un registre lié à la nature, à une exception près, et on se retrouve ici avec une histoire familiale. Ne me faites pas dire que ce changement radical est raté, c’est tout l’inverse. Psychologiquement c’est fort, très fort.

Eugène et Bill sont deux jeunes gens en 1969. Ils ont très tôt perdu leur père, et ont donc été élevés par leur mère, bien aidée financièrement par leur grand-père. Eugène étant le petit dernier, voit son frère comme un modèle, mais il est à l’âge où il veut faire sa place. Si le personnage de la mère est en retrait, c’est bien parce que le grand-père dirige tout, de façon autoritaire voire tyrannique. Les deux jeunes gens grandissent donc avec une éducation religieuse et morale, et l’arrivée de Ligeia va tout bouleverser.

Ligeia est une fugueuse, qui a été élevée à la ville. Elle a connu les hippies, et cette vague qui leur laisse croire qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Le fait qu’elle vienne de la ville lui octroie une incontestable aura de nouveauté, de liberté, d’exemple pour les deux jeunes qui veulent s’émanciper. Le roman va donc se construire sur deux axes, qui sont les secrets familiaux et le mystère de la disparition de Ligeia.

Incontestablement, ce roman est à classer aux cotés des meilleurs Thomas H.Cook. Et ce n’en est pas une pâle copie mais une déclinaison avec le style propre à l’auteur. Dire que ce roman est un pur plaisir de lecture est une évidence, tant la subtilité du style de Thomas H.Cook est remplacée par l’efficacité et l’âpreté de celui de Ron Rash. Avec des allers-retours entre le passé et le présent, il va nous montrer la fascination des deux jeunes gens pour cette génération hippie, mais aussi l’importance de l’éducation et de l’ouverture vers d’autres horizons. Ce roman est tout simplement magnifique.

Ne ratez pas les avis de Yan, Jean Marc et Claude Le Nocher

Les romans chroniqués sur Black Novel sont :

Un pied au paradis ;

Serena ;

Le monde à l’endroit ;

Une terre d’ombre ;

Le chant de la Tamassee ;

Dis-moi que tu mens de Sabine Durrant

Editeur : Préludes

Traducteur : Luc Rigoureau

Une fois n’est pas coutume, voici un roman que m’a conseillé ma chère, douce et tendre, avec un avis dithyrambique de sa part : « C’est très très bien ». Me voilà donc plongé dans ce roman psychologique, en me disant à chaque page : Mais qu’est-ce que c’est bien fait, comme c’est bien vu ! En un mot comme en cent, ce roman m’a passionné !

Londres. Paul Morris est un jeune auteur qui a connu un grand succès avec son premier roman, Exégèse d’une vie. Deux autres ont suivi, sortis dans l’indifférence générale. Depuis, il essaie de retrouver cette flamme qui l’a animé et qui l’a lâchement abandonné. A 42 ans, la faillite le guette, d’autant plus que son dernier roman vient d’être refusé et qu’il va être expulsé de son appartement ! C’est en entrant dans une librairie, pour se mettre à l’abri d’une averse, qu’il rencontre une connaissance, Andrew Hopkins, avec qui il avait passé des vacances en Grèce, quelques années auparavant.

Quelques semaines plus tard, devenu squatteur chez un ami Alex Young, Paul reçoit une invitation d’Andrew. Lors de cette soirée, ils retrouveront la petite bande d’amis qui avait passé ces vacances en Grèce, à Pyros. Ce samedi soir là, Paul fait la connaissance de Tina, la femme d’Andrew, ainsi que d’Alice Mackenzie, veuve d’une cinquantaine d’année d’une classe stupéfiante. Avocate des pauvres, elle dirige une association chargée de rechercher Jasmine, une adolescente qui a disparu à Pyros, lors de leurs vacances.

Si Alice est prudente, voire distante, Paul est sous le charme. Il sent bien aussi que s’il arrive à la séduire, il pourrait vivre avec elle et se faire entretenir. Alors, il va faire le beau, inventer des mensonges, se construire une nouvelle vie à base de bobards afin de la faire craquer. Il lui faudra beaucoup de patience pour arriver à ses fins mais les mensonges ne construisent rien de bon …

Il est bien difficile de résumer ce roman sans en dire trop puisque le début du roman ne laisse rien présager de la suite et encore moins de la fin. Paul Morris est un menteur patenté qui cherche à s’en sortir en bluffant une veuve. De petits en gros mensonges, il va petit à petit s’insérer dans un groupe d’amis, qu’il a rencontré en Grèce 20 ans plus tôt. Paul Morris est un homme sans limite, sans respect, totalement irresponsable et égocentrique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne nous est pas sympathique. Et le roman est tellement bien écrit qu’on le déteste de la première à la dernière ligne.

Paul Morris est aussi un écrivain. Il a donc le talent de regarder les autres, de les écouter et d’observer ce qui se passe autour de lui. Ce qui fait qu’il va interpréter ce qu’il voit ou entend et par la même occasion nous faire croire que l’on comprend les protagonistes. Mais en fait, ce roman est bien plus complexe que cela. On se rend vite compte que tous ont un secret, que tous mentent et on se demande bien qui ment le plus.

Ce n’est pas réellement un roman d’enquête, ce n’est pas non plus un polar, mais bien un roman psychologique qui allie le mystère de l’intrigue à un style remarquablement évocateur, qui colle avec la personnalité du narrateur. J’ai été réellement surpris de me retrouver impatient de reprendre la lecture tant j’y ai trouvé un réel plaisir à côtoyer Paul, ce personnage si dégueulasse qui ne se refuse rien, pourvu que ça lui rapporte.

Alors si vous attendez un roman d’action, passez votre chemin. Par contre, les amateurs de romans psychologiques basés sur un personnage trouble y trouveront leur compte et seront ravis par le retournement de situation final qui m’a littéralement renversé. Je ne m’attendais absolument pas à ça et j’ai été totalement bluffé. Allez, je vais tout de même mettre un tout petit bémol. J’ai trouvé que les 20 dernières pages (les 2 derniers chapitres) étaient de trop car ils m’ont semblé être une leçon de morale bien inutile pour un personnage comme Paul Morris. Malgré cela, Dis-moi que tu mens est un roman à l’écriture fine hautement recommandable.

Sisters de Michelle Adams

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Nicolas Jaillet

Je vous propose un premier roman anglais, pour changer. Sisters est un pur roman psychologique sous haute tension, laissant planer le doute du début à la fin. Voilà donc une excellente lecture estivale.

Elle s’appelle Irène, mais tout le monde l’appelle Rini. Ce matin-là, allongée à coté d’Antonio, son compagnon, elle est réveillée par son téléphone. Elle aurait préféré ne pas décrocher quand elle entend la voix qui lui parle. C’est sa sœur Eléonore, dit El. Cela fait plusieurs années qu’elle cherche à lui échapper, à s’éloigner d’elle. El lui annonce que leur mère est morte.

Irène vit à Londres. Elle est docteur anesthésiste dans un hôpital. Elle a été abandonnée à l’âge de trois ans par ses parents, qui l’ont confiée à leur tante Jemami. Il est peut-être temps de découvrir, à 33 ans, la raison de cet abandon. Elle réserve un billet pour Edimbourg, alors qu’Antonio, toujours prévenant, lui conseille d’aller à l’enterrement, ne serait-ce que pour saluer une dernière fois sa mère.

A l’aéroport, El l’attend. Elle est toujours aussi belle, comparée à elle qui est boulotte et qui boite, la faute à cette grave blessure qui a imprimé deux grandes cicatrices sur l’aine. Alors qu’Irène veut aller à l’hôtel, El lui annonce qu’elle dormira dans leur propriété à Horton. El est joyeuse, volubile, alors que leur père ne lui adresse pas un mot. Dans cette grande demeure, l’ambiance est glaciale. Irène va tout faire pour reconstituer son passé.

Pour un premier roman, c’est une formidable réussite. On entre tout de suite dans le vif du sujet, puisque cela démarre par le coup de fil d’Eleonore et dès le deuxième chapitre, cela m’a accroché avec une simple phrase de Rini : « Je suis sûre que c’est El qui l’a tuée ». On pourrait penser que l’auteure prendrait son temps pour installer la psychologie des personnages. Il n’en est rien : elle décide de rentrer dans le sujet et cette célérité va rapidement nous mettre mal à l’aise.

Car on a vite compris que Rini a été confiée à sa tante pour éviter la folie violente de sa sœur. Pourtant, Rini attend qu’El pète les plombs, et c’est avec une grande appréhension qu’elle va passer quelques jours avec elle. Et en fait, elles vont faire un peu la fête jusqu’à l’enterrement voire après. Et Rini va insister pour découvrir pourquoi elle a été abandonnée. Quant au lecteur, il va se rendre compte que rien n’est aussi simple qu’il n’y parait. Car Rini s’avère aussi un personnage plus trouble qu’on ne peut le laisser paraitre, moins lisse que ce qu’elle montre.

Avoir choisi la première personne du singulier pour raconter cette histoire est une excellente idée, puisqu’elle avait besoin de subjectivité pour cette intrigue, en ne montrant qu’un seul point de vue. En ajoutant quelques souvenirs, sous forme de flash-back, cela ajoute de l’épaisseur à la psychologie des personnages. Michelle Adams a bien intégré les codes du genre jusqu’à une solution que nous n’aurions pas pu deviner. Et il y a ce style, d’une simplicité apparente, fait de courtes phrases, qui ajoute une sorte de tension dans la lecture qui ne mollira tout au long du roman. Ce roman s’avère une belle découverte, qui attise ma curiosité quant à son deuxième roman. A suivre !

Disparue de Darcey Bell

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Claire Desserrey

Après avoir beaucoup apprécié Derrière la porte de BA.Paris, le précédent thriller paru aux éditions Hugo  Cie, j’étais curieux de tester leur petit dernier, d’autant plus qu’il est annoncé comme une parution simultanée avec sa sortie aux Etats Unis. En plus, c’est un premier roman … bref, toutes les raisons de voir de quoi il en retourne.

Stéphanie est une jeune maman qui élève seule son fils Miles, âgé de 5 ans. Elle tient un blog, où elle prodigue des conseils ou en demande à celles qui la suivent dans ses billets. Ce matin-là, Stéphanie lance un appel au secours : sa meilleure amie Emily, dont le fils Nicky est le meilleur copain de Miles, a disparu. Elle a demandé à Stéphanie de garder Nicky pour un déplacement professionnel. Depuis deux jours, Stéphanie n’a plus de nouvelles, ce qui commence à sérieusement l’inquiéter.

Cela fait trois jours que Stéphanie n’a plus de nouvelles. Elle tente d’appeler Sean, le mari d’Emily, mais celui-ci est en déplacement en Angleterre et n’a aucune idée d’où elle peut être. Mais son travail dans la mode l’oblige parfois à des périodes d’intense travail et Sean n’est pas inquiet plus que cela.

Dans son blog, Stéphanie raconte les événements dramatiques auxquels elle a eu à faire. Quand elle avait 18 ans, elle a perdu son père, et le jour de l’enterrement, elle a rencontré son demi-frère, Chris, dont elle ignorait l’existence. Après son mariage avec Davis, ils ont décidé de s’installer à la campagne. Quand Miles est né, la famille nageait dans le bonheur. Mais deux ans après, Chris et Davis se sont tués dans un accident de voiture. La voilà aux prises avec un nouvel événement dramatique …

Les premiers chapitres de ce roman sont des billets publiés sur le blog de Stéphanie. Je dois dire qu’ils sont bien faits, nous sommes en présence d’une mère courageuse, une mère parfaite qui donne des leçons aux autres … Je sais, tout cela peut sonner gnan gnan. Sauf que cela ne s’arrête pas là. La narration est ensuite donnée à Stéphanie et elle nous dit tout ce qu’elle ne peut pas écrire, une sorte de confession, et là, on a droit à une première surprise : La belle, la parfaite Stéphanie n’est peut-être pas aussi lisse qu’elle n’y parait … comme quoi les blogueurs ne sont pas totalement honnêtes aussi …

Le deuxième retournement de situation va intervenir vers la fin de la première partie, et au début de la deuxième. Et les questions vicieuses, gênantes que nous posait l’auteure dans la première partie se transforment en équilibrisme pour rendre son intrigue tangible. Car il y a bien quelques éléments qui clochent … malgré cela, on se laisse prendre par cette partie qui ne fait plus preuve de vice mais de cruauté envers le lecteur. La troisième partie, elle, m’a paru plus classique, et plus noire aussi, avec toujours cette envie de fouiller les psychologies de ses personnages.

Finalement, ce roman psychologique, qui bénéficie d’un bon scenario, est un bon premier roman. Ecrit de façon simple, il vous fera un bon moment. Pour autant, ce roman ne se positionnera pas comme la révolution dans le genre, mais vous fera passer un bon moment de distraction. Et surtout, on retiendra ce nom, car je pense que Darcey Bell va nous réserver de belles surprises à l’avenir.

Cet été là de Lee Martin

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Il était clair pour moi que je devais lire ce roman, à partir du moment où il était indiqué sur la quatrième de couverture qu’il avait été finaliste pour le prix Pulitzer du meilleur roman. Je n’ai pas été déçu : ce roman est remarquablement écrit.

Dans une petite ville de l’Indiana. M.Dees nous raconte une histoire qui a eu lieu 30 ans auparavant : « Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter ».

Au mois de juillet, la petite Katie McKey, âgée de 9 ans, se fait réprimander par son père parce qu’elle pas rendu les livres qu’elle a empruntés à la bibliothèque. Elle les met dans le panier de son vélo, et part en direction de la ville. On ne l’a jamais revue. On a juste retrouvé son vélo, sur lequel la chaine avait déraillé.

Cette histoire va être contée par trois familles. Il y a bien entendu la famille McKey qui comprend les parents, le frère ainé Gilley et Katie. Il y a M.Dees, qui est un homme taciturne et solitaire, professeur de mathématiques, dont la vie est éminemment logique. M.Dees donne des cours de rattrapage en mathématiques à la petite Katie. Il y a Raymond R. Wright qui vit de petits boulots, comme installer un patio devant la maison de M.Dees. Il vit avec Clare, qui est une jeune veuve.

La vie de cette petite ville repose sur ces trois familles, qui vont avoir des liens les unes avec les autres. Tous sans exception vont être impactés par la disparition de la petite Katie. Et petit à petit, les souvenirs vont reconstruire ce qu’il s’est réellement passé, les secrets vont surgir, les psychologies des personnages vont s’affiner, s’affirmer, jusqu’à une conclusion qui va laisser le lecteur imaginer ce qui n’est pas écrit.

Ce roman nous propose plusieurs voix, comme un roman choral, faisant témoigner chacun des personnages avant d’alterner avec une narration plus classique à la troisième personne du singulier. Pour autant, on n’est pas perdu, puisque les titres des chapitres sont explicites, mais on a l’impression de voir un documentaire qui donne la parole aux différents témoins. Evidemment, chacun ne dit que ce qu’il a envie de dire, et garde bien au chaud ses propres avis ou vérités. Cela donne un roman où le lecteur est pleinement impliqué dans l’histoire cherchant à savoir ce qui s’est passé.

Surtout, cette forme de narration, alternant passé et présent, se rapproche d’un auteur comme Thomas H.Cook tout en s’en différentiant par la forme dont j’ai parlé juste au dessus. C’est aussi une excellente méthode pour décrire la vie tranquille des petites villes américaines, avec ce rythme calme et tranquille, et cette envie de bien paraitre vis-à-vis des voisins. Car qui connait vraiment ceux qui vivent juste à coté ?

Et c’est avec ce style calme et posé que nous nous est racontée cette histoire, qui va s’avérer terrible. On suit cette histoire en suivant le rythme imposé par ces phrases si poétiques, si empreintes du silence des forêts avoisinantes. Ce style remarquable a quelque chose d’hypnotique qui détourne l’attention du lecteur de ce qui est réellement important.

Quant à la conclusion, elle est terrible ! Posant ouvertement la responsabilité des gens dans ce genre d’affaires, cette volonté de se renfermer sur soi et d’ignorer les voisins, même quand ils ont besoin de vous. Tout au long du livre, j’avais la sensation de lire un très bon livre, le dernier chapitre m’a démontré que je venais de lire un grand livre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan.

Derrière les portes de B.A.Paris

Editeur : Hugo&Cie

Traducteur : Luc Rigoureau

C’est à la suite d’une discussion avec Jeanne Desaubry, puis du billet de l’ami Yvan, puis de l’insistance de ma femme, que je me suis jeté sur cette lecture. Je dois dire que le fait que ce soit un premier roman était un argument supplémentaire. Et pour un premier roman, c’est assez époustouflant.

Grace est une commercial de fruits et légumes pour les magasins Harrod’s. Depuis que ses parents sont partis vivre leur retraite en Nouvelle Zélande, elle s’occupe du mieux qu’elle peut de sa sœur trisomique Millie. Etant très souvent en déplacement en Amérique du Sud, Grace a placé Millie dans une école spécialisée et passe les week-ends où elle est là avec sa sœur.

C’était une après midi comme une autre, un de ces samedis ensoleillés où il fait bon piqueniquer dans un parc et jouer aux cartes, allongé sur la pelouse. Quand une musique se fait entendre, Millie se met à danser juste à coté d’un kiosque. C’est alors qu’un homme se lève et invite Millie à danser. Pour Grace, outre que cet homme est très beau, c’est le coup de foudre. Il s’appelle Jack Angel.

Jack est un avocat à succès qui défend les femmes victimes de maltraitance conjugale. Jack va faire la cour à Grace, demander sa main à ses parents et ils vont projeter de se marier. Leurs amis voient en eux le couple idéal, ils sont faits l’un pour l’autre. Jack prévoit un voyage de noces en Thaïlande et comme cadeau de mariage une maison à la campagne. Le jour du mariage, Millie qui doit être la demoiselle d’honneur, se casse une jambe. Ce n’est que le début du cauchemar de Grace.

Il y a une certaine naïveté dans ce roman, de premier degré, qui fait que le lecteur est immédiatement plongé dans la psychologie de Grace, puisque c’est elle qui nous raconte son histoire. Et c’est cette naïveté, cette fraicheur qui font que la recette fonctionne si bien. Mais il n’y a pas que ça : Le roman est construit en alternance entre passé et présent, et il s’ouvre sur une scène actuelle où le couple Angel reçoit deux couples d’amis. Effectivement, dans cette scène, on voit bien que Jack et Grace forment le couple idéal … si ce n’est qu’il y a quelques remarques, quelques sous-entendus qui vont faire que l’on se pose des questions … Ces questions vont se muer en malaise jusqu’à la scène du mariage où nous entrons dans le vif du sujet !

L’intérêt n’est pas dans la tension inhérente à une situation de torture mentale mais bien dans la réaction de Grace face aux maltraitances, ou devrais-je dire à la torture psychologique  que va lui infliger son mari Jack. Et si certaines situations peuvent paraitre peu crédibles, BA. Paris s’en sert pour montrer une Grace aux abois, faisant tout ce qui est en son pouvoir pour tout encaisser et espérer sauver Millie.

Il n’y a rien de nouveau dans le thème choisi, mais l’originalité tient dans ce fragile équilibre que l’auteure créé entre les événements et la réaction de Grace, en évitant des scènes granguignolesques et surtout en ne transformant jamais Grace en Super-héroïne. Sans aucune violence inutile autre que psychologique, BA Paris va nous tenir en haleine, dans un final d’une simplicité confondante mais d’une efficacité maximale.

A part quelques scènes (très rares) où je n’ai pas accroché (au début surtout), je dois dire que je n’ai pas lâché ce livre, à la fois avide de savoir comment cela pouvait finir, mais aussi traversé par une sorte de culpabilité à regarder les autres vivre. Et c’est bien un aspect très intéressant de ce livre : placer le lecteur en position de voyeur et deviner ses réactions en écrivant celles des amis de Grace. Franchement, je ne peux que vous conseiller de lire ce premier roman qui m’a beaucoup étonné par sa simplicité.