Archives du mot-clé Roman psychologique

Espace jeunesse : Little monsters de Kara Thomas

Editeur : Castelmore

Traducteur : Sébastien Baert

Parfois il m’arrive de lire des romans destinés à la jeunesse, soit parce que je cherche des livres pour ma fille (dans ce cas-ci), soit parce qu’ils me les conseillent. Ce n’est pas le cas pour ce roman puisque c’est la quatrième de couverture qui a attiré mon attention. Quand on parle d’un roman psychologique d’une héritière de Gillian Flynn, il ne faut pas longtemps pour que je m’y intéresse.

Kacey est une jeune lycéenne âgée de 17 ans, qui vient d’arriver à Broken Falls, dans le Wisconsin, pour habiter avec sa belle famille. Elle a en effet du quitter sa mère à New York, après avoir fait une énième fugue. Elle débarque donc dans la famille de son père, qui comporte deux enfants : Andrew qui va bientôt partir à la fac et Lauren âgée de 13 ans. Elle se sent étrangère dans sa vie : sa belle-mère ne sera jamais sa mère et elle ne se sent pas acceptée dans le village, ni au lycée.

L’important pour les filles de leur âge, c’est de s’intégrer à un groupe. Ses deux meilleures copines sont Bailey et Jade. Elle a rencontré Bailey lors d’un cours d’histoire et elles devaient faire un exposé en couple. Bailey s’est retrouvée seule et a été obligée de choisir Kacey. Depuis, elles sont inséparables et se racontent tout. Enfin, presque tout car il faut bien garder une part de secrets …

Cette nuit-là, Bailey et Jade ont promis à Kacey d’aller faire une virée nocturne à Sparow Hill. C’est là-bas qu’a eu lieu le massacre de la famille Leeds : le père a tué ses enfants en mettant le feu à sa maison avant de se suicider. On n’a jamais retrouvé sa femme, Josephine Leeds. Depuis, des légendes courent sur celles qu’on appelle la dame en rouge. Elle hanterait la grange. Quand les deux filles arrivent, la petite Lauren se réveille et elles décident de l’emmener avec elles. Mais rien ne se passe comme prévu et le toit de la grange s’effondre sous le poids de la neige, manquant tuer Kacey et Lauren.

Le lendemain, Kacey assure le service chez sa belle-mère Ashley, gérante du Milk and Sugar. Jade passe en coup de vent, lui assurant qu’elle lui enverra un SMS quand Bailey et elle iront à la fête de Sully. Mais Kacey ne reçoit aucun SMS. Et Bailey qui a bien été présente à la fête a disparu et n’est jamais rentrée chez elle.

Si ce roman est vendu dans une collection qui est destinée aux « Young Adults », (Jeunes adultes pour les non anglophones), je suis sur que les « vieux adultes » vont y prendre un grand plaisir. Car ce roman est remarquablement bien fait, et que l’on se fait avoir dans les dernières pages, avec la révélation du coupable. Et pourtant, en prenant un peu de recul, comme il est difficile de passionner un lecteur autour de la vie très rythmée et balisée des lycéens. Défi réussi !

C’est donc un roman psychologique que Kara Thomas nous propose et sa lecture est donc destinée aux aficionados de ce genre littéraire. Kara Thomas nous plonge immédiatement dans le cœur de la vie de Kacey, sans aucune explication, ce qui permet de nous plonger dans son quotidien. Pour autant, on suit ses pensées et ses pérégrinations sans se poser de questions. C’est quelque chose que j’ai apprécié, cette faculté de nous immerger dans une vie qui n’est pas la nôtre.

Petit à petit, Kara Thomas va nous expliquer le contexte, la vie de Kacey, comment elle est devenue amie de Bailey et Jade. Et l’auteure arrive à insuffler une sorte d’urgence, de stress dans son style, pour mieux nous plonger dans la tête d’une adolescente, et nous décrire ses soucis et ses centres d’intérêt, ses petits secrets et les ragots. Mais quand une copine disparaît, les petits secrets peuvent se transformer en gros mensonges et les conséquences devenir dramatiques.

Entre deux chapitres, de temps en temps, Kara Thomas insère des extraits d’un journal intime, que l’on devine vite être celui de Bailey, la jeune femme qui a disparu. Si au début, cela n’apporte pas grand’chose à l’histoire, ces chapitres finissent par éclairer cette histoire différemment. Et malgré les 300 pages, et le petit monde qui tourne autour de Kacey, l’auteure arrive à un dénouement surprenant.

Si les recettes de ce roman s’avèrent classiques, c’est un roman très bien fait qui a eu le mérite de passionner l’amateur de romans psychologique que je suis, et qui peut aussi faire découvrir ce genre à des lecteurs plus jeunes. Je pense que cette lecture peut intéresser les jeunes à partir de 16 ans, voire un peu plus, mais ce n’est que mon avis. Et si la quatrième de couverture fait référence à Gillian Flynn, je pencherai plutôt du coté de Megan Abbott pour la thématique abordée, même si l’écriture de Megan Abbott est plus subtile et destinée à un public plus âgé. Little Monsters est donc une bien belle découverte.

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Peur de Dirk Kurbjuweit

Editeur : Delcourt

Traducteur : Denis Michelis

Voilà un roman conseillé par mon ami Richard le Concierge Masqué, que j’avais l’intention de lire … mais pas tout de suite. Il faut dire que la couverture me faisait penser à un thriller et j’avais peur que cela soit sanglant … mais pas du tout. C’est un pur roman psychologique.

Randolf Tiefenthaler va rendre visite à son père en prison, qui a dépassé les soixante dix ans. Il vient d’en prendre pour 7 ans, pour avoir tué Dieter Tiberius, le voisin de Randolf. Randolf va le voir avec toute la famille, sa mère, sa femme, ses enfants. Ils ne se disent pas grand-chose, ils ne se sont jamais beaucoup parlé. Randolf considère qu’il a eu une enfance heureuse, mais il a toujours eu peur.

Son père était fan d’armes à feu. Il les collectionnait, s’entrainait dans un centre de tir, et apprenait à ses enfants à tirer. Randolf en a conçu une peur, celle que son père puisse le tuer. Sa réaction a été de se construire une vie confortable à l’abri des dangers. Il est devenu architecte, a épousé une femme belle et intelligente, a de beaux enfants, a acheté l’appartement de ses rêves. Mais ses rêves deviennent bientôt un cauchemar quand son voisin du dessous commence à les menacer par lettre interposée d’actes ignobles qu’ils n’ont pas fait.

Comme je le disais plus haut, il s’agit d’un pur roman psychologique, voire d’un roman entre littérature blanche et littérature noire. C’est le genre de roman qui peur réconcilier les lecteurs de tout bord, à condition d’aimer le genre en question. Car le sujet s’avère être bien dérangeant, poussant les limites de la morale grâce à un scénario bigrement bien fait et surtout bigrement vicieux. Ce qui est sur, c’est qu’il nous met dans une position bien inconfortable, et que cela ne peut que marquer les responsables de famille que nous sommes.

Si le roman commence par une visite en prison, le narrateur va vite tenter d’expliquer au lecteur comment sa vie de famille a pu arriver à un tel désastre. Il va revenir sur sa jeunesse, sur la passion de son père pour les armes à feu, et sa peur de la figure paternelle. Cette absence de vraie relation paternelle va engendrer une peur de la vie, des autres. Il va donc consacrer sa vie à se créer une zone de confort.

Son confort, il le trouve dans son métier d’architecte et dans son appartement cossu. Il se marie avec une femme belle et intelligente, a deux beaux enfants et trouve dans sa vie de famille la sphère de repos à laquelle il a toujours rêvé. Jusqu’à ce que son voisin de dessous en vienne à exercer un chantage affectif, un harcèlement moral à base de lettre de dénonciation, à propos desquels il ne peut rien.

Autant vous le dire, l’histoire est racontée par le narrateur et il n’y a aucun dialogue ou presque. Mais le narrateur fait preuve d’une justesse et d’une lucidité rares quand il se décrit, à base de retours vers le passé. A force de nous raconter ses souvenirs, à chercher les causes de son malheur, il arrive à nous mettre dans sa position, celle d’un homme aux prises à un problème où tous les choix qui s’offrent à lui ne sont des bonnes solutions.

Et cette position est bigrement inconfortable, voire insupportable. Il n’y pas vraiment de suspense, même si nous avons accès à la vérité à la fin du roman, mais il y a une vraie mise en position, d’un mari qui veut protéger sa famille et ne sait pas quoi faire. En tant que légaliste, c’est révoltant, mais en tant qu’homme, c’est marquant. Parce qu’on se retrouve pris entre deux feux, ne sachant finalement pas quoi faire … comme le narrateur. Vous l’avez compris, ce roman est dérangeant, et m’a bien marqué.

L’homme craie de CJ. Tudor

Editeur : Pygmalion

Traducteur : Thibaud Eliroff

Attention, coup de cœur !

La couverture me tentait peu, la quatrième de couverture non plus. Il aura fallu les avis de mon amie Suzie, de ma femme et du boss d’Unwalkers pour me décider à le lire. A peine ouvert, je n’ai pas pu le lâcher. C’est un premier roman incroyable.

2016, Eddie Munster est devenu professeur d’Anglais. Il n’a jamais quitté sa petite ville natale, comme tous ceux de sa bande de potes, sauf un. Un événement dramatique a eu lieu dans cette ville : Une jeune fille a été retrouvée découpée dans les bois. On n’a jamais retrouvé sa tête. Eddie va faire un effort de mémoire. Pour lui, le drame n’a pas eu lieu avec le meurtre, mais avant, lors de la fête foraine, quand il avait 12 ans.

1986, Ils étaient cinq, avaient tous douze ans, ils étaient inséparables. Dans la bande d’Eddie, il y avait Gros Gav, surnommé comme ça pour son embonpoint, Mickey Métal et son appareil dentaire, Hoppo le solitaire et taciturne et Nicky la fille du pasteur. Il y a eu une fête foraine, en ce jour de printemps. La présence d’un albinos habillé en blanc étonne tout le monde. Un accident a lieu dans le manège de montagnes russes, un wagon se détache et une jeune fille a la jambe coupée. L’albinos demande de l’aide à Eddie pour faire un garrot et sauver la jeune fille. Il se présente alors à Eddie : il s’agit du professeur M.Halloran. Eddie quant à lui trouvera un surnom pour la jeune fille : la Fille du Manège.

2016, Pour payer les intérêts de l’emprunt de la maison familiale, Eddie loue une chambre de sa maison à Chloé, une jeune femme de 20 ans. Ce matin-là, il reçoit une lettre … En allant au travail, il passe par le pub et retrouve Gros Gav dans son fauteuil roulant et Hoppo. Gav l’accueille avec un coup de poing. Il accuse Eddie de ne rien avoir dit. Eddie plaide coupable : cela fait 2 semaines qu’il sait que Mickey Métal va revenir en ville.

Jamais, je dis bien, jamais je n’aurais laissé passer autant de temps entre la fin de ma lecture et la rédaction de mon avis. Pourquoi ? Je pense que c’est parce que je ne savais pas comment rendre hommage à ce livre, et surtout exprimer ce que j’ai ressenti en tournant chaque page. Ni roman noir, ni thriller, ce roman est une histoire contée d’une façon exceptionnelle.

Car CJ.Tudor nous convie à un voyage géographique et temporel, géographique car situé en Grande Bretagne, temporel car nous allons retourner dans les années 80 mais aussi retourner en adolescence. On y trouve les bandes de copains, les sujets de discussion que l’on a avant d’entrer dans l’adolescence, les questions que l’on se pose, les réponses que l’on n’a pas, et la démonstration que la vie, que l’on croyait formidable grâce à la protection des parents, peut s’avérer cruelle voire mortelle.

Tous ces thèmes sont bien connus dans la littérature et ont déjà été maintes et maintes fois traités. Mais il y a dans ce roman une honnêteté, une volonté de ne pas se cacher, de jouer cartes sur table, d’être factuel en disant tout tel qu’on l’a vécu et ressenti. Tout tient dans cette fluidité du style, dans cette évidence de dire des choses simples sans jamais tomber dans la facilité. Il y a du Stephen King dans cette évocation de l’adolescence, du Thomas H.Cook dans cette construction parfaite, du Megan Abbott dans la psychologie de ces jeunes gens, ou même du Jax Miller dans cette peinture d’une ville. Mais il y a surtout du CJ.Tudor qui a su puiser de l’inspiration dans le style de ses prédécesseurs pour se créer son propre espace à elle et nous le faire partager.

J’ai été ébloui, époustouflé, ébahi devant tant d’évidence, je me suis retrouvé impatient de retourner là-bas, de retrouver Eddie et sa bande, de partager leurs jeux, leurs voyages à vélo dans les bois, de décoder leurs messages à base de bonhommes dessinés avec de la craie. Et puis, après les chapitres liés à la nostalgie, je me suis incarné dans Eddie, la quarantaine, solitaire, cherchant à faire œuvre de mémoire envers les drames qui ont émaillé leur adolescence.

Habituellement, je ne mets jamais de coups de cœur pour un premier roman, (vous avez bien lu, c’est un premier roman !). Parce que j’y trouve toujours un petit quelque chose, un détail, qui dépasse, qui me manque. Là, ce roman s’apparente pour moi comme le premier roman parfait, un livre qui appelle les souvenirs de tout un chacun, sans pour autant verser dans le sentimentalisme, une belle histoire que l’on n’oubliera jamais. C’est de la grande littérature, tout simplement. Coup de cœur !

Ne ratez pas les avis du Boss d’Unwalkers, de Sangpages, du Dealer de lignes, et de Garoupe

 

 

 

Iboga de Christian Blanchard

Editeur : Belfond

Voilà un roman bien particulier qui mérite l’attention. D’autant plus que la phrase d’accroche de la couverture est signée Karine Giebel et dit : « Une plongée saisissante dans l’âme humaine. Une vraie réussite ». En tous cas, elle est suffisamment mystérieuse pour attirer l’œil et aiguiser l’appétit de lecture.

Jefferson Petitbois a 17 ans. Jefferson Petitbois est noir. Il vient d’être condamné à mort et, en ce jour du 28 octobre 1980, il attend sa sentence. Jefferson Petitbois a tué 11 personnes et violé une jeune fille. Il ne nie pas ses meurtres, tout juste affirme-t-il qu’il n’était pas seul, mais accompagné de son mentor, un certain Max. Max l’avait recueilli alors qu’il était orphelin et fugueur … mais personne n’a jamais rencontré Max.

Dans la première partie, Jefferson va attendre sa fin, être transféré à la prison de Fresnes. Il va être enfermé dans une cellule qui jouxte la salle de mort, où trône Louisette, la guillotine. Il entend parler des sursauts de la société française, la possibilité de l’élection d’un socialiste qui est contre la peine de mort. Mais il ne comprend pas ce qui se raconte, il est très peu allé à l’école. Et puis tout cela ne l’intéresse pas. Il se résout à mourir.

10 mai 1981. Le peuple français désigne à la tête de l’état François Mitterrand. Quelques jours plus tard, Jefferson bénéficiera de la grâce présidentielle, et sa peine sera commuée en emprisonnement à perpétuité. Sa vie va donc se transformer en attente d’une fin très longue. Il va trouver quelques compagnons originaux et rencontrer une psychiatre. Peut-être aura-t-il la possibilité de sortir un jour ? Mais qui est Max ?

Ce roman est un sacré tour de force, puisqu’il va nous raconter à la première personne la vie d’un détenu, vue de l’intérieur. C’est donc un pur roman psychologique qui va nous faire passer par tous les sentiments. Et ce qui est fort, c’est que jamais l’auteur ne va nous faire ressentir de l’empathie envers cet assassin, malgré sa jeunesse d’orphelin et les maltraitances qu’il a pu subir. De même, il n’y a aucune scène sanglante, ce qui pour moi est une bonne chose.

On peut trouver, dans cette vingtaine de chapitres, trois parties distinctes. La première concerne le stress de l’attente de l’exécution. La deuxième la terrible attente du temps qui passe. La troisième concernera l’illusion et la possibilité de respirer un jour l’air libre. Pour autant, on n’est jamais dans la dénonciation, ni de la peine de mort comme dans le pull-over rouge de Gilles Perrault, ni de l’incarcération comme l’a fait Edward Bunker, ni des maltraitances derrière les barreaux comme l’a fait récemment Maurizio Torchio (dans Sur l’île, une prison) ou auparavant Hafed Benotman. Il aurait pu aussi montrer l’évolution de la société avec le recul qu’impose la détention forcée, au travers des journaux que reçoit Jefferson Petitbois.

Christian Blanchard a donc décidé de nous offrir un roman psychologique, un voyage dans l’esprit d’un meurtrier, sans jamais prendre parti. L’aspect psychologique est remarquablement bien fait, et la troisième partie est surprenante à défaut d’être renversante. Il n’en reste pas moins que ce roman, original par la forme, restera un moment fort dont on se rappellera longtemps. Même si on a l’impression que l’auteur aurait pu en faire autre chose, avoir plus de poids dans les messages qu’il aurait pu passer.

Ne ratez pas l’avis de Khiad

Oldies : Pente douce de Joseph Hansen

Editeur : Rivages

Traducteur : Richard Matas

Je poursuis cette année 2018 avec une découverte de vieux ouvrages parus dans la collection Rivages Noir. Ce roman psychologique s’avère être une œuvre littéraire noire, située dans le monde homosexuel.

L’auteur :

Joseph Hansen, né le 19 juillet 1923 à Aberdeen (Dakota du Sud) et mort le 24 novembre 2004 à Laguna Beach (Californie), est un écrivain et poète américain, auteur d’une des premières séries policières ayant pour héros un enquêteur homosexuel en la personne de Dave Brandstetter.

Né dans le Dakota du Sud, Hansen est élevé dans une famille aux origines allemande et norvégienne qui déménage d’abord au Minnesota, puis dans la banlieue de Los Angeles en Californie en 1936.

En 1943, il travaille le jour dans une librairie de Hollywood et s’attelle le soir à l’écriture de poèmes et d’un roman. Devenu professeur à l’Université de Californie, il publie à partir de 1952 ses premiers poèmes dans les magazines Harper’s, Saturday Review et dans The New Yorker. Il rédige aussi des scénarios pour la série télévisée Lassie (1954-1974). Dans les années 1960, il reprend brièvement son travail de libraire, présente une émission de radio intitulée Homosexuality Today. Sa plume se consacre à la rédaction de biographies de stars du cinéma, mais il publie également des nouvelles dans un petit journal homosexuel, One Magazine, qui devient bientôt Tangents, et dont il assume la direction jusqu’en 1969. En 1970, il aide à l’organisation de la première Gay Pride à Hollywood, même s’il n’aimait pas le terme « gay » et s’est toujours décrit comme homosexuel.

Militant de la cause homosexuelle, Hansen est pourtant contraint, au début de sa carrière de romancier, de publier sous les pseudonymes de James Colton (ou Coulton) et de Rose Brock des textes de fiction qui abordent ce sujet tabou : Lost on Twilight Zone (1964), Strange Mariage (1965) et Homosexuel notoire (1968).

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il est surtout connu pour ses romans policiers, signés de son nom, où enquête son héros récurrent, Dave Brandstetter, personnage ouvertement homosexuel, l’un des premiers de la littérature policière avec le détective Pharoah Love de George Baxt. Hansen a aussi écrit une série de courtes nouvelles mettant en scène le personnage de Hack Bohannon, Le Livre de Bohannon (Bohannon’s Book, 1988).

Hansen épouse en 1943 Jane Bancroft, elle-même lesbienne. Cette union, qui donne naissance à une fille, ne prendra fin qu’à la mort de Jane Bancroft en 1994.

Hansen meurt d’une crise cardiaque en 2004.

Quatrième de couverture :

« Les égratignures des ongles de Moody sur le bras de Cutler sont profondes et saignent encore. Elles le brûlent et il voudrait les gratter. Il n’en fait rien. Il a enfilé une chemise de flanelle écossaise afin de les dissimuler au médecin qui se trouve à quatre pattes aux côtés du corps de Moody, étendu sur le sol entre le lit et le mur. Le tube à oxygène est enroulé autour du bras de Moody. L’élastique n’est plus tendu autour de sa tête. La bouteille d’oxygène s’est renversée. Cutler n’oubliera jamais le regard de Moody lorsqu’il a pressé l’oreiller sur son visage. Il ne savait pas alors que ce n’était que le début d’une pente douce qui le mènerait plus bas qu’il n’aurait jamais osé l’imaginer. »

Le roman le plus noir de Joseph Hansen.

Mon avis :

Avant de choisir le livre pour ma rubrique Oldies, j’avais demandé quel livre choisir parmi la bibliographie de Joseph Hansen. Eric Maneval m’a soufflé ce roman là. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai eu un peu peur d’un livre glauque. Ce n’est absolument pas le cas, donc je vous donne un conseil : passez outre la quatrième de couverture. Enfin, je tiens personnellement à remercier Eric Maneval pour ce conseil.

Darryl Cutler est un jeune homme qui rêve d’écrire le grand roman américain. Il a décidé de se rapprocher de Stewart Moody, un éditeur, puis a vécu avec lui. Moody étant proche de sa fin de vie, il l’assiste dans ses derniers instants. En son for intérieur, il souhaiterait que Moody meure, puisqu’il sait qu’il est clairement nommé comme unique bénéficiaire sur le testament de Moody. Cutler va rencontrer un bellâtre dans un bar, Chick Pelletier. Cutler tombe amoureux alors que Chick ne cherche qu’à profiter de l’argent de Cutler. Cutler n’a d’autre choix que de se débarrasser de Moody.

Ce roman est un pur roman noir, et se déroule selon un rythme lent, avec comme personnage principal Cutler. Comme le titre l’indique, la spirale de la descente en enfer de Cutler est douce, lente vers les abymes. Si Cutler vit aux crochets de Moody, comme un parasite, il est très proche de l’état d’esprit de Chick. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les deux amants sont similaires, mais que Cutler est aveuglé par son amour pour Chick de la même façon que l’était Moody. De même, il est amusant que dans ce roman, tous les malheurs qui adviennent à Cutler viennent des femmes.

Le personnage de Cutler est remarquablement complexe. Sans cesse harcelé par son éducation, réalisée par sa mère puisqu’il a perdu son père très tôt, il vit en opposition de toutes les remontrances qu’il a subies. Sa réaction, ses solutions aux problèmes qu’il rencontre sont très directes, préférant le meurtre à son travail d’écrivain, qu’il est finalement incapable de faire.

L’écriture de ce roman est fascinante. Elle arrive à mélanger à la fois la psychologie des personnages et le décor, formidablement rendu. Il est aussi un plaidoyer pour les homosexuels, montrant finalement qu’ils sont des hommes comme les autres. Et tout cela est fait d’une façon tellement naturelle, que j’ai été impressionné par la fluidité du style. C’est un roman noir que je situe au niveau de ce qu’a pu écrire James Cain par l’acuité d’observation et la précision de chaque phrase. Un classique du roman noir à redécouvrir.

Ne ratez pas l’excellent billet de Philippe Cottet

Défaillances de BA.Paris

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Vincent Guilluy

Son premier roman, Derrière les portes, a fait beaucoup de bruit de ce coté-ci de la Manche, comme chez nos amis anglo-saxons. Derrière les portes s’avérait un thriller psychologique au scénario rondement construit, et dont le style simple participait à l’immersion du lecteur dans la peau de cette pauvre femme malmenée par un mari sans pitié.

Cassandra est professeur d’histoire au collège de Castle Height. En ce 17 juillet, elle termine ses cours et sort un peu tard après une petite fête avec ses collègues. Quand elle sort, il tombe des cordes et elle téléphone à son mari Matthew pour qu’il ne s’inquiète pas. Elle décide de prendre un raccourci qui passe par la forêt. Elle passe devant un petit parking et aperçoit une voiture garée et la tête blonde de la conductrice. Elle s’arrête, se disant que si elle a besoin d’aide, elle la rejoindra. Mais après 5 minutes d’attente, elle décide de reprendre sa route.

Le lendemain matin, son mari va mieux, sa migraine de la veille a disparu. Il lui amène même son petit déjeuner au lit. La télévision annonce qu’une femme a été retrouvée sauvagement assassinée dans la forêt. Soudain, elle se rappelle le visage qu’elle a entre-aperçu, et se rend compte que, non seulement elle connait la victime, mais en plus qu’elle ne l’a pas aidée.

Elle va essayer d’assumer sa culpabilité, gardant pour elle les détails de cette soirée, puisque personne ne sait qu’elle a pris ce raccourci. Mais elle va petit à petit craquer, d’autant plus que des coups de fils mystérieux commencent à la harceler. Et puis, elle va se rendre compte qu’elle oublie des choses, des actes, des phrases et cela augmente sa peur de finir comme sa mère qui fut atteinte d’une sénilité précoce, dès l’âge de 44 ans.

Ce deuxième roman est à la fois pareil et différent de son premier. Dans les deux cas, j’ai retrouvé le talent de cette jeune auteure de prendre le lecteur par la main et de l’emmener exactement là où elle veut. On entre dans le vif du sujet très rapidement, car en deux chapitres, le contexte est posé, les personnages placés et on attaque l’histoire. Si on peut penser qu’il s’agit d’une illustration de la culpabilité de Cassandra de ne pas avoir aidé la jeune femme garée sur le parking, l’intrigue oblique vite vers la maladie d’Alzheimer.

Car tout est raconté à la première personne par Cassandra et à coups de phrases simples, en ajoutant minutieusement de petits événements insignifiants, l’auteure va nous faire plonger dans la folie paranoïaque de Cassandra. Comme c’est elle qui raconte, elle va tirer des conclusions de tout ce qu’elle oublie, étant obsédée et effrayée de finir comme sa mère. Il n’y a aucun temps mort, les oublis, les coups de téléphone s’enchaînent, et comme elle n’assume pas sa culpabilité, elle va commencer une descente aux enfers, et entraîner le lecteur à sa suite.

Ce n’est que dans les cent dernières pages que BA.Paris va nous livrer l’explication de tout ce qu’elle a minutieusement décrit, nous livrant tous les indices qu’elle a parsemés ça et là. On pourrait reprocher un dénouement que l’on sent venir, mais personnellement j’ai été happé par la psychologie de Cassandra. On pourrait reprocher ce style simple voire simpliste de l’auteure. J’y trouve quant à moi une force, celle de se glisser dans la peau d’une jeune femme commune et de ne pas vouloir faire d’effets de style qui, dans ce roman, auraient été bien inutiles.

Une nouvelle fois, BA.Paris, dont ce n’est que le deuxième roman, est arrivée à me surprendre, moins au niveau de l’intrigue que par sa faculté à écrire un pur roman psychologique, nous décrivant une plongée dans la folie pure. Tenir presque 400 pages avec un tel sujet, enfermer le lecteur dans la tête d’une folle est un coup de force. Il faut bien reconnaître que ce roman est une nouvelle fois une bien belle réussite.

La chronique de Suzie : Une vie exemplaire de Jacob M. Appel

Editeur : La Martinière

Traductrice : Anne Renon

On démarre l’année 2018 en fanfare avec une nouvelle chronique de mon amie Suzie, sur un roman sorti en fin d’année dernière et qui est très prometteur. Je lui laisse la parole :

Bonjour chers lecteurs. Me voici de nouveau hors de mon antre pour vous parler d’un nouveau livre. Son titre est « Une vie exemplaire » de Jacob M. Appel, publié aux éditions de La Martinière.

Ce livre est une agréable surprise. Mais, reprenons depuis le début.

Tout d’abord, le livre en tant qu’objet est intriguant par lui-même. Il attire l’attention. La couverture est à dominance blanche avec du rouge au niveau du visage de la photo ainsi que du titre. Il s’avère que ce bouquin comporte une sur-couverture transparente avec le sur lignage en rouge et le nom de l’auteur. Si vous enlevez cette sur-couverture, vous vous retrouverez face à un visage sympathique, souriant, à qui on peut faire confiance. Cette couverture fait encore plus sens lorsqu’on la relie au titre original de cet ouvrage « the Mask of Sanity » (le masque de la bonne santé mentale). Autant en anglais, ce titre passe, autant en français, on pourrait croire qu’on va lire un traité de psychologie. Le titre choisi par l’éditeur ainsi que la couverture vous donne déjà une bonne idée du contenu du livre. Enfin, le synopsis va finir le lier le sujet.

Ainsi, dès le début de l’histoire, vous savez à quoi vous attendre : un trentenaire actif dont le but est de tuer l’amant de sa femme, un de ses collègues sans faire de vague. Il va programmer son homicide et faire en sorte de passer à travers les mailles du filet. Autre indication qu’on nous donne dès le départ, dans le synopsis, c’est que le protagoniste principal est un sociopathe.

L’histoire va être ordonnancée telle une pièce de théâtre, en trois actes. Chacune de ces parties se termine sur une information importante et déterminante.

Le contexte va être posé dès le départ. L’auteur définit rapidement la condition sociale, familiale et religieuse de son protagoniste masculin. D’ailleurs, il explique dans un court avant-propos le pourquoi de cette histoire. De même, il va poser le point de rupture de son personnage dès les premières pages. On est dans un monde post-acceptation des nouvelles conditions de vie. L’intrigue principale va tourner autour de la programmation du meurtre de son collègue et les différentes actions y menant. Le récit ne montre qu’un seul état de pensée : celui de Jérémy. On le suit pas à pas dans son mode de pensée et d’acceptation de ses actes.

C’est un personnage qui semble soumis à son épouse et dont la vie ne tourne qu’autour de sa famille. Dans sa tête, il suit une logique assez particulière qui lui permet d’évaluer les bénéfices et les inconvénients et de statuer ce qui lui est le plus favorable. Suite à la découverte de l’adultère de son épouse, il ne va pas changer de comportement, juste l’adapter à cette nouvelle circonstance et à la décision qu’il a prise. Il va donc vivre une double vie : le médecin que tout le monde apprécie et l’assassin qui est en attente.

Toutes les décisions qu’il va prendre, exceptée une, suivront cette même logique de dichotomie entre ses deux aspects. Une troisième composante va rajouter un masque supplémentaire qu’il va devoir gérer et cela va devenir de plus en plus complexe. D’autres informations vont compléter la psychologie de ce personnage qui permettront de comprendre que ses démons existaient depuis longtemps. Mais, qu’ils n’avaient pas trouvé de nouvelles voies d’expression.

Au fur et à mesure du récit, certains personnages vont avoir des indices mais qu’ils ne seront pas capables de décrypter dans un premier temps. Est-ce qu’ils y arriveront plus tard? A voir. A chaque fois, on pourrait croire que … et c’est une fausse alerte. C’est surtout que, pendant toute l’intrigue, le seul point de vue que l’on a est celui de Jérémy, l’impact sur ses actions, ses décisions. C’est comme si les autres protagonistes étaient des fantômes qu’il croiserait et avec qui il se doit d’interagir. D’ailleurs, en parlant des autres personnages, ces derniers correspondent à des stéréotypes complètement décalés. Ils vont évoluer en même temps que le personnage principal, par petites touches, comme un puzzle, dont on ne verra l’image qu’à la fin.

Comme dans une pièce de théâtre, beaucoup de choses vont basculer dans le troisième acte avec de nouveaux éléments, de nouvelles directives avec une fin bien particulière que je vous laisse découvrir.

Lorsque j’ai eu ce livre entre les mains, j’ai été surprise par le « packaging ». Ensuite, le fait de pouvoir entrer dans l’esprit d’un sociopathe est assez surprenant car l’auteur nous amène à le percevoir non pas comme un tiers mais comme une personne dont on ferait partie. On peut comprendre ses motivations et ses actions. Est-ce qu’on agirait de la même manière, j’espère bien que non. C’est une histoire prenante et en même temps dérangeante par ce coté voyeur et organisationnel. Un livre qui fait réfléchir, et je pense que c’est aussi son but, sur la place des sociopathes dans notre société. Rien ne dit que vous n’en croisiez pas un tous les jours. Sous un masque sympathique et agréable, un monstre peut se cacher.

En conclusion, si vous avez envie d’entrer dans la tête d’un sociopathe, cette histoire vous en donnera un bon reflet. Ah, j’allais oublier. Juste un dernier mot pour vous rassurer : il y a très peu de sang et quasiment pas de tortures.

Je veux vous souhaiter une très bonne année 2018 et je retourne dans mon antre avec une nouvelle provision livresque. A bientôt, si vous le voulez bien.