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Profanation de Jussi Adler Olsen

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; Livre de poche (Format poche)

Traducteur : Caroline Berg

La sortie du nouveau roman de Jussi Adler Olsen m’a donné l’envie de reprendre un de ses anciens romans, avant de me plonger dans le nouveau. En effet, cet auteur s’est imposé en quelques années comme un des excellents auteurs de romans policiers, en créant le Département V, qui est chargé de résoudre des affaires anciennes non résolues.

Grâce à la précédente affaire, où le département V a retrouvé Merett Lyngaard, Carl Mörck a obtenu une certaine renommée et une reconnaissance de ce nouveau service. D’ailleurs, son chef lui annonce la visite d’une délégation norvégienne, pour savoir comment il travaille. Pour autant, il n’a toujours pas envie de travailler, et cherche toutes les excuses pour ne rien faire. Et cette visite va l’obliger à faire du rangement dans son cagibi, situé dans les sous-sols du commissariat.

Etrangement, un dossier est tout le temps remis sur le haut de sa pile et Assad, son assistant, lui assure que ce n’est pas lui qui fait cela. Ce dossier concerne la torture et l’assassinat d’une façon horrible d’un frère et de sa sœur. Carl ne voit pas l’intérêt de travailler sur cette affaire : un homme a avoué les meurtres et est actuellement en prison. Avec tous les dossiers qui encombrent son bureau, celui-ci n’est pas sa priorité. D’ailleurs, on lui octroie bientôt une personne supplémentaire pour classer les dossiers : Rose.

Le lendemain, le dossier est à nouveau positionné sur le dessus de la pile. Carl décide de l’ouvrir et apprend que cette affaire concerne un groupe de 6 adolescents, devenus quasiment tous aujourd’hui des célébrités nationales extrêmement riches. On y trouve Ditlev Pram, propriétaire de plusieurs cliniques de luxe ; Torsten Florin, le célèbre designer ; Ulrik Gybbol-Jensen, connu mondialement en tant qu’analyste financier ; Kristian Wolf, l’armateur, mort depuis ; Kirsten-Marie Lassen, superbe créature de la jet set, qui est toujours vivante mais dont on n’a plus de nouvelles. Le seul du groupe d’amis qui n’était pas issu d’une famille riche était Bjarne Thogersen, et c’est lui qui a avoué les meurtres. Carl demande donc à Assad de se renseigner s’il y a eu des crimes similaires.

Ceux qui ont lu la première enquête ne seront pas surpris quant aux retrouvailles des personnages. Cette affaire se situant dans le temps juste après l’affaire Lyngaard, on retrouve un Carl Mörck toujours aussi fainéant, et brillant dans ses déductions. Afez El Assad est toujours aussi travailleur, efficace, drôle et surprenant ; on va le découvrir plus à l’aise dans les interrogatoires, n’hésitant pas à secouer les témoins pour avoir une réponse rapide. Et nous allons découvrir une troisième personne, Rose, qui va beaucoup aider dans les recherches mais qui prendra son essor dans les prochaines enquêtes.

Par rapport au premier roman (et aux suivants), le ton est définitivement plus noir et plus violent. Ce roman n’est pas réellement une enquête policière au sens où le roman avance en alternance entre le département V, Kimmy, une SDF, et les vrais assassins. L’intérêt du roman tient plutôt dans la façon dont Carl et son équipe vont arriver à coincer ces malades, ces enfoirés, ces …

Jussi Adler Olsen a, me semble-t-il, mis beaucoup de passion et de cœur dans ce roman. Il montre et dénonce les gens qui, parce qu’ils sont riches, pensent qu’ils peuvent tout acheter, tout faire, parce qu’ils se considèrent au dessus des lois. Certes, l’auteur a grossi le trait, les a créés ignobles, a dessiné une Kimmy que l’on a envie de plaindre. Il y a de la rage et de la hargne aussi bien dans l’écriture que dans l’intrigue. Jussi Adler Olsen y a mis tant de passion que je n’ai pas ressenti que l’on était à la limite de la caricature. Au contraire, j’ai été totalement passionné par cette lecture. J’ai avalé le livre en m’attendant à un final explosif et je peux vous assurer que l’auteur nous a concocté un final de fou, incroyablement visuel et violent, à l’image de ses personnages. Rien que pour ça, Profanation est mon épisode préféré de la série, à ce jour.

Pour rappel, les titres de la série sont :

Miséricorde

Profanation

Délivrance

Dossier 64

L’effet papillon

Promesse

Selfies

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Espace Jeunesse : L’île du crâne d’Anthony Horowitz

Editeur : Hachette

Traducteur : Annick le Goyat

C’est un roman que m’a fortement conseillé ma fille de 11 ans, et je dois dire que je me suis beaucoup amusé avec cette lecture. En un peu moins de 160 pages, ce roman se révèle un excellent divertissement pour les petits et les grands.

David Eliot rentre du collège avec un carnet de notes lamentable. Son père Edward entre dans une colère noire quand il apprend que David vient d’être renvoyé. Mais que va-t-il devenir ? Le lendemain, un courrier arrive en provenance d’un collège situé sur une île et proposant d’intégrer David.

Cela ressemble à un cauchemar pour David. Le collège Groosham n’accorde qu’une journée de vacances et fait travailler les élèves comme des esclaves. Cette proposition plait tout de suite au père de David mais il a 30 minutes pour se décider. Quand celui-ci appelle, un homme lui répond qu’ils attendent David de suite.

Dans le train il fait la connaissance de Jeffrey et de Jill qui sont dans la même situation que lui. Jill vient de fuguer de son ancien collège, et ses parents ont aussi reçu une lettre louant les mérites de l’école et la décrivant comme un collège chic pour jeunes filles. Jeffrey a été renvoyé, car il a été surpris en train de fumer derrière les vestiaires de cricket ; la lettre que ses parents ont reçue présente Groosham Grange comme le collège parfait pour leur fils, mais cette fois-ci il est présenté comme une sorte de camp d’entraînement militaire.

David n’est pas au bout de ses surprises …

Ce roman va vous faire passer par toutes les émotions. La première partie qui se passe dans la famille de David est burlesque. Les gags sont très visuels et les dialogues très drôles. Cela ne laisse pas augurer de la suite, puisque pendant le voyage en train, l’inquiétude des jeunes gens ne fait qu’augmenter au fur et à mesure qu’ils partagent le peu de connaissances qu’ils ont de cette île.

Pendant la traversée pour rejoindre l’île, ils vont faire la connaissance des marins qui ressemblent plutôt à des monstres. Et le stress va continuer quand ils vont vivre des événements pour le moins inquiétants. Le stress va petit à petit se transformer en angoisse alors que le mystère se met en place. Rassurez vous, cela ne fera pas peut à vos petits car le ton reste léger. Et la fin se révèle finalement très amusante.

C’est donc un excellent moment de lecture que ce roman d’Anthony Horowitz, que l’on peut destiner aux petits et aux grands à partir de 10 ans. Et c’est finalement une excellente introduction au monde d’Harry Potter, que cette présentation du monde des enfants confronté à celui des adultes. Je vous le conseille fortement.

Hommage : Transparences de Ayerdhal (Livre de poche)

La disparition de Ayerdhal m’a touché parce que c’est un auteur que j’ai lu trop tard, que j’ai adoré trop tard, que j’ai croisé (seulement ! Quel con je peux être !) à Lyon et qui est parti bien trop tôt. J’ai donc voulu parler de ses livres, du pouvoir de son imagination. Transparences en est un excellent exemple.

L’auteur :

Yal Ayerdhal (né Marc Soulier le 26 janvier 1959 à Lyon dans le quartier de La Croix-Rousse, et mort le 27 octobre 2015 à Bruxelles) est un écrivain français qui a commencé par écrire de la science-fiction avant de se lancer dans le thriller. En 25 ans, il a entre autres obtenu deux grand prix de l’Imaginaire, deux prix Ozone, un prix Tour Eiffel de science-fiction, un prix Michel-Lebrun, un prix Bob-Morane, un prix Rosny aîné et un prix Cyrano pour l’ensemble de son œuvre et de ses actions en faveur des auteurs.

Ayerdhal grandit dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux. Il « tombe » très jeune dans le domaine de la science-fiction puisque son père, Jacky Soulier, détient l’une des plus grandes collections d’ouvrages du genre en Europe, avec par exemple l’intégrale de la collection « Anticipations » de Fleuve noir. À 13 ans, il décide de changer de prénom d’usage, lassé d’avoir de nombreux homonymes en classe, et adopte celui d’Ayerdhal.

Sans diplôme (y compris le bac), il exerce de nombreux métiers (et petits jobs, tels que vendre des brioches en porte à porte) en parallèle de l’écriture, dont moniteur de ski, footballeur professionnel, éducateur, commercial et chef d’entreprise1. Il a 28 ans lorsqu’il envoie son premier manuscrit, celui de La Bohème et l’Ivraie, à un éditeur, en l’occurrence Fleuve Noir. Il vit à l’époque dans une ferme à Écully, dans la région lyonnaise. Dans les années 1990, ses ouvrages participent largement au renouveau de la science-fiction française, alors dominée par les auteurs américains : 40 000 exemplaires de Balade choreïale, L’Histrion et Sexomorphoses trouvent leur public3.

Selon Ayerdhal, « la SF est un puissant outil pédagogique, un véhicule idéologique non négligeable et la plus riche expression de l’imagination créatrice… ». Les couvertures de ses premiers romans sont illustrées par le dessinateur Gilles Francescano. Dessins qui, aux dires de l’auteur, lui auraient inspiré le personnage de l’Histrion. Son œuvre Transparences, publiée en 2004, marque son entrée dans le domaine du thriller, suivie en 2010 par une suite non prévue, Résurgences, puis par Rainbow Warriors en 2013 et Bastards en 2014. Il a été primé pour ses romans Demain, une oasis, Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé, Rainbow Warriors, RCW, Étoiles mourantes et Transparences.

Diagnostiqué atteint d’un cancer en 2015, il informe régulièrement ses lecteurs de l’évolution de son état. Il meurt le 27 octobre 2015 à Bruxelles, des suites de ce cancer.

Source : Wikipedia

Quatrième de couverture :

1985, Berlin (RFA), Ann X, 12 ans, assassine ses parents, diplomates américains, et un couple de leurs amis avec un sabre japonais. L’enquête établit que l’adolescente, quasi analphabète, a agi en état de démence après plusieurs années de sévices sexuels. Soignée plusieurs mois dans une clinique psychiatrique, Ann est ensuite placée dans un établissement spécialisé qui prend en charge l’éducation d’enfants inadaptés.

1988, Fribourg (CH), Ann X, 15 ans, égorge un éducateur et en blesse grièvement trois autres avec un sabre qu’elle a fabriqué dans l’atelier de l’internat. En fuite durant huit semaines, elle est finalement arrêtée par les carabiniers à la frontière italienne, alors que, toujours avec son sabre de fortune, elle vient de sectionner une main du routier qui l’a prise en stop. L’enquête établit que l’éducateur égorgé la poursuivait de ses assiduités et que les trois autres (à son sens coupables d’avoir fermé les yeux sur les agissements de leur collègue) ont été blessés tandis qu’ils tentaient de la maîtriser. De son côté, le routier affirme ne lui avoir fait que des avances orales, ce qu’elle ne nie pas (mais elle refuse de s’exprimer). Jugée irresponsable et dangereuse, Ann est internée près de Lugano dans une maison pénitentiaire à vocation psychiatrique.

1998, Lyon (F) : Stephen Bellanger, qui vient de boucler à Toronto une thèse en psychologie criminelle, intègre Interpol. Dans le cadre d’une enquête sur des meurtres en série touchant l’Europe et plusieurs états américains, on lui confie la tâche de compulser toutes les affaires d’assassinats multiples des vingt dernières années. Ses recherches le conduisent à s’intéresser plus spécialement au cas d’Ann.

Autour de cette métaphore de la transparence, transparence d’une criminelle toujours d’abord victime, dont la violence est elle-même manipulée et utilisée par ses bourreaux, Ayerdhal construit magistralement un thriller contemporain palpitant et explore les rouages furtifs qui régissent notre monde.

Source : Babelio

Mon avis :

Mes amis, amateurs de thrillers, fans de polars complotistes, notez ce titre d’un auteur qui fut probablement l’un des meilleurs raconteurs d’histoires, ou en tous cas le plus inventif. Cette histoire nous conte quatre années de la vie de Stephen, psychologue canadien qui s’est engagé à Interpol. Sa première (et seule enquête) concernera la chasse après une tueuse qui a la faculté de disparaitre : Ceux qui la rencontrent ne se rappellent pas d’elle, les caméras de surveillance enregistrent des films où son visage est flouté. A 12 ans, elle a tué ses parents et un couple de leurs amis. Depuis, on ne peut dénombrer leur nombre (un millier ?). Tout ce que Stephen arrive à déterminer, c’est qu’elle tue quand elle se sent menacée.

De ce début, Ayerdhal va nous montrer les guerres entre services (Interpol, Europol, CIA, FBI, NSA, KGB …) et surtout nous plonger dans le doute. Car on se pose les questions suivantes : Qui travaille pour qui ? Qui manipule qui ? C’est un roman sur les illusions, sur les apparences et le seul moyen d’en sortir, c’est d’opter pour la transparence. C’est aussi un roman qui montre des marginaux (Anne X, Stephen ou bien Michel, un SDF) qui essaient de s’en sortir avant d’être repris par le système. Dans ce monde que l’on veut sur, Big Brother (car c’est bien à George Orwell que l’on pense) ne veut pas d’individus indépendants, hors du système qu’ils ont créés.

Non seulement les rebondissements sont nombreux, mais en plus, les scènes sont hallucinantes. Ayerdhal avait le don de peindre des scènes d’une beauté fulgurante, un art de décrire l’action pure. Celles où Anne X tue 4 hommes qui la suivent, en début de roman, fait partie de celles là. On la voit bouger à la vitesse de l’éclair, mais on a une sensation de flou autour d’elle. C’est, en ce qui me concerne, toujours la même chose : j’ai l’impression de voir un film en lisant Ayerdhal, un film que l’on peut s’empêcher de regarder jusqu’au bout. Lisez Ayerdhal, vous ne le regretterez pas !

Oldies : A coups redoublés de Kenneth Cook (Livre de poche)

C’est grâce à mes deux amis Jean le Belge et Vincent Gracia que je dois cette lecture fantastique, et il est donc tout à fait normal que je leur dédie ce billet. Et, comme moi, vous ne connaissez pas ce petit roman, il faut absolument que vous couriez chez votre libraire acheter ce roman décidément pas comme les autres.

L’auteur :

Kenneth Cook (1929-1987) est un journaliste, réalisateur, scénariste et écrivain australien. Né à Lakemba (en), en Nouvelle-Galles du Sud en Australie, il étudia à Fort Street High School. Il a fondé un nouveau parti politique ainsi que la première ferme de papillons en Australie. Il est mort d’une crise cardiaque en 1987.

Son roman, Wake in Fright, a été adapté en 1971 au cinéma par Ted Kotcheff sous le titre Réveil dans la terreur.

(Source Wikipedia)

Le sujet :

L’hôtel-bar-discothèque Calpe, isolé au bord de la plage, est un véritable assommoir moderne. Mick et Jenny, les gérants, occupés à servir le plus de verres d’alcool possible, veulent absolument éviter les ennuis en se déchargeant de toute responsabilité.

Mais avec la présence d’une paire d’équarrisseurs assoiffés – comme tous les week-ends – de prostituées et leurs souteneurs, et d’une foule de jeunes au cerveau embrumé par l’alcool et les hormones, le cocktail a tout pour devenir explosif.

Les pulsions brutales des uns, les frustrations des autres vont se combiner et aboutir à ce qui est peu à peu mis en perspective, en parallèle au récit des événements, par de courts extraits du procès à suivre: viol, bagarres, puis issue fatale pour l’un des protagonistes. Le sort des acteurs de ce huis clos est à tel point lié, le drame agissant par ricochets, qu’on aura en fin de compte bien du mal à déterminer qui est vraiment victime, et qui est coupable.

Mon avis :

La forme aussi bien que le fond a une importance dans ce roman. Il s’agit, en alternance, de suivre des personnages, entrecoupés de passages d’un procès, les réquisitoires du procureur général, de l’avocat de la défense et du juge. Mais on ne saura pas ce qui s’est réellement passé, sauf à la dernière ligne.

On y trouve donc Mick et Jenny qui tiennent un gigantesque hotel, et qui accueillent le week-end des jeunes gens qui se saoulent pour oublier leur quotidien de la semaine. Ils n’ont pas d’enfants et accordent plus d’importance à leur chat Mol qu’aux humains. John Verdon travaille aux abattoirs et est doué pour tuer les bœufs d’un coup de marteau bien placé. Autour d’eux s’agitent des personnages entre prostituées et macs, jeunes mineures et travailleurs pour un roman décidément pas comme les autres.

Car on a droit à une belle galerie de déjantés, ne cherchant que l’oubli, oubliant qu’ils ont une once d’humanité. On se retrouve surtout dans un huis-clos qui rappelle les pires scènes de débauche des Romains, comme quoi le monde a bien peu changé. C’est enfin un roman où l’auteur s’en donne à cœur joie pour critiquer la société et même si le roman a été écrit en 1964, il est d’une modernité confondante. Hésitant entre la comédie de situation, la violence pure et l’exercice de style, le roman réussit l’exploit de nous tenir en haleine jusqu’au bout, tout en nous forçant à nous poser des questions sur la justice et l’interprétation des faits, comme sur l’absurdité de la société. C’est un roman coup de poing, une sacrée découverte à propos de laquelle je remercie mon ami Jean Le Belge pour l’envoi.

Mélanges de sangs de Roger Smith (Calmann Levy – Livre de poche)

Ça y est ! je l’ai lu ce roman de Roger Smith, que mes amis Richard et Jean me pressaient tant de lire, avec une telle insistance que ça ressemblait à du harcèlement. Ils avaient raison, c’est un premier roman exceptionnel, qui présente l’Afrique du Sud sous un jour où on a peu tendance à la montrer. Car dans ce roman, tout est question de personnages. On y trouve Burn, Benny, Barnard … et l’Afrique du Sud.

Jack Burn est un ancien Marines qui a participé à l’opération Tempête du Désert en Irak. Revenu au pays, il a retrouvé sa femme Susan et leur petit garçon Matt. Jack a eu du mal à se familiariser avec son pays, et a participé à un braquage au cours duquel un policier est tué. En fuite, Jack et sa famille s’installent en Afrique du Sud, dans une maison sécurisée. Ce soir là, en plein diner, deux malfrats du gang des Americans font irruption dans la maison familiale. Burn, pour protéger sa famille, va tuer les deux hommes, les découper et se débarrasser des corps dans une décharge publique.

En face de leur maison, Benny Mongrel est un gardien qui fait sa tournée avec sa chienne Bessie. Il a vu les deux malfrats entrer dans la maison de Burn mais ne les a jamais vus ressortir. Pour autant, il décide de ne rien dire à Barnard, un gros flic corrompu, qui incarne à lui seul tout ce qu’on peut détester dans un personnage. Sans pitié, profitant des trafics de drogue aussi bien que de la prostitution, il est à la recherche de ces deux malfrats qui lui doivent de l’argent. Quand, il sonne chez Burn, pour un interrogatoire de routine, pour savoir s’il a vu les jeunes qui conduisaient la BMW rouge, il sent que Burn lui ment.

Ce roman est construit comme un ballet, où les danseurs valsent entre eux, passant de main en main jusqu’à ce qu’ils finissent dans les bras de la mort. La construction est très bien maitrisée, et comme on parle là d’un premier roman, je peux donc vous dire que ce roman est exceptionnel. Mais la narration repose avant tout sur ses personnages.

Les personnages sont tous incroyablement vivants,horribles, et les scènes sont toutes criantes de vérité, toutes marquantes; l’auteur maitrise les temps calmes et les temps forts. Et en parlant de temps forts, il y en a à foison dans ce roman, des scènes d’une visibilité incroyable, d’une violence couleur rouge sang qui vous marqueront longtemps.

Car ce roman est violent, très violent, et ce que veut nous montrer l’auteur, c’est l’Afrique du Sud, celle des ghettos, des endroits où à chaque minute, à chaque seconde, on lutte pour sa vie. Chacun a perdu la moindre once d’humanité, la vie est devenue une jungle où la question est : Qui tuera le premier ? Et c’est d’autant plus marquant que Roger Smith nous décrit cela comme s’il n’y avait rien d’extraordinaire, comme s’il était parfaitement normal de tirer à bout portant dans la tête d’un enfant qui ne vous a rien fait.

Je me suis posé la question du titre, qui me fait penser à plusieurs choses. C’est un roman post apartheid, mais qui ne prend pas partie, qui veut montrer comme un reportage ce que l’on trouve dans des endroits délabrés que l’on ne veut pas voir. Et j’aurais aimé que Roger Smith, qui a un incroyablement talent pour créer des personnages, pour mitonner une intrigue sinueuse ou pour peindre des scènes écarlates s’engage un peu plus. De même, il m’a manqué quelques descriptions des quartiers pour m’y sentir emporté, imprégné.

Malgré ces deux réserves, c’est un premier roman incroyable, d’une richesse rare qui me fait dire que les Américains ne peuvent pas réussir à l’adapter. Malgré cela, sur la quatrième de couverture, il est indiqué que Samuel Jackson jouera dans le rôle du flic zoulou à la poursuite de Barnard. Alors, je préfère vous donner un conseil : lisez ce livre avant de voir le film qui risque d’être raté, au contraire de ce roman maitrisé de bout en bout. Epoustouflant !

Allez lire l’interview du concierge masqué ainsi que l’avis de mon ami Jean le Belge.

Comment tirer sa révérence de Malcolm Mackay (Liana Levi)

J’avais raté Il faut tuer Lewis Winter, et du coup, je commence la trilogie consacrée au crime à Glasgow par le deuxième roman. Il faut dire que ce roman a reçu le prix Deanston du meilleur polar écossais de l’année, devant Ian Rankin, Val McDermid, Ann Cleeves, Gordon Ferris et Denise Mina, excusez du peu !

Franck MacLeod est un vieux de la vieille, tueur pour la mafia depuis quarante ans. Quarante années de meurtres, aucun échec, aucune arrestation, pas la moindre journée en prison. Alors qu’il dépasse les 60 ans, il pourrait en montrer aux jeunes. Il travaille pour Peter Jamieson, le parrain de Glasgow, qui lui a payé une nouvelle hanche en plastique. Il revient donc après un arrêt de 4 mois en pleine forme, bien que boitant encore un peu.

Jamieson est en concurrence avec un autre parrain plus jeune, Shug Francis. Jamieson, affublé de son conseiller John Young, lui demande de se débarrasser de Tommy Scott, un jeune dealer ambitieux à la solde de Shug. Mais alors qu’il fait tous les repérages, Tommy, à l’aide de son comparse Balourd arrive à assommer Frank. Comme il n’est pas un tueur, Tommy appelle Shug pour qu’il lui envoie un tueur.

Jamieson arrive à être au courant de l’échec de Frank. Il envoie alors Calum MacLean pour le sauver, ce qui ne se fait jamais : un tueur qui échoue connait les risques et doit mourir. Mais Jamieson ressent beaucoup de compassion envers son ami Frank. Alors que la mission de Calum réussit, Jamieson doit se rendre à l’évidence que Frank doit raccrocher. Mais dans ce milieu, comment peut-on tirer sa révérence ?

Si le scenario est assez simple, c’est bien le monde que nous dépeint Malcolm MacKay qui retient l’attention dans ce roman. On est littéralement plongé dans le monde des tueurs, un métier bien à part où l’on doit effectuer une mission sans poser de questions. On a l’impression de voir des personnages qui vont au travail, en ayant en tête le travail bien fait. Il y a très peu de contacts avec les gens communs, ce qui fait que l’immersion est totale. On voit aussi que les tueurs tels qu’ils nous sont présentés sont tout le temps à l’affut du moindre détail, sachant déterminer s’ils sont suivis, ou notant chaque détail pouvant avoir une importance lors d’une de leur mission. Ce sont aussi, les tueurs, des hommes seuls, obligés de se replier sur eux-mêmes puisqu’ils ne peuvent avoir confiance qu’en eux-mêmes.

Et il y a le style de l’auteur, fait de petites phrases, de petits mots, comme des salves de mitraillettes. Il se met à la place de chaque personnage, durant un chapitre entier, et donne plein de détails, tous les détails que la personne en question voit et note. Ce style behavioriste est très efficace et redoutablement prenant puisqu’il colle parfaitement aux caractères des personnages. Certains auront du mal avec le style, arguant qu’il n’y a pas de dialogues pour aérer l’ensemble. D’un autre coté, ce sont des gens taciturnes, qui ne parlent que pour dire quelque chose. Et je peux vous dire que j’ai rarement lu un livre faisant vivre une dizaine de personnages dans ce style là, avec tant de vérité que j’ai trouvé cela passionnant. Sans entrer dans des détails superflus, à l’affut du moindre signe qui apparaitrait sur le visage d’un homme, Malcolm MacKay nous écrit là un roman bigrement original et je peux vous dire que j’ai adoré et que j’ai regretté de ne pas avoir lu Il faut tuer Lewis Winter. Et comme les deux romans peuvent se lire séparément, je peux encore me rattraper !

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul ici

Blue Jay Way de Fabrice Colin (Livre de poche)

Quand ce roman est sorti en grand format, on en a beaucoup parlé et son auteur a eu l’occasion de passer à la Grande Librairie. Ce n’est pas rien, et cela prouve que ce roman à mi chemin entre polar et chronique contemporaine est de grande qualité.

Julien a la double nationalité américaine par son père et française par sa mère. Il est étudiant et grand admirateur de l’auteure de thrillers Carolyn Gerritsen. Depuis le 11 septembre 2001, et la mort de son père dans le vol qui s’est écrasé sur le Pentagone, Julien a perdu ses repères. Il rencontre Carolyn lors d’une signature dans une librairie, et lui propose d’écrire un essai sur ses romans, ou bien une biographie. Carolyn, intriguée par ce jeune homme va rester en contact avec lui, lui envoyant ses romans en avant première ou bien en lui envoyant des lettres.

Après trois années, Carolyn va proposer à Julien de s’occuper en tant que précepteur de son fils Ryan, qu’elle a eu avec son premier mari Larry, un riche producteur de téléréalité. Il accepte et débarque à Los Angeles dans une gigantesque villa appelée Blue Jay Way, du titre de la chanson des Beatles. Il va y découvrir un monde totalement en décalage par rapport au monde réel, entre luxe et débauche, ennui et démesure, entre drogue, sexe et rock n’roll.

Ce roman est bien particulier au sens où on ne sait jamais si on oscille dans le présent ou dans le passé, dans le réel ou dans un rêve. A travers le regard désenchanté de Julien, Fabrice Colin fournit un portrait au-delà de toute imagination d’un monde de stars et de célébrités où tout se vend, tout s’achète et où l’ennui est la maitre mot qui dirige la vie de ces jeunes gens. Ryan et ses amis passent leur temps au bord de la piscine ou dans leur chambre à boire de l’alcool, ou se gaver de drogues aussi diverses que puissantes. Comme Julien est un témoin extérieur, cela donne des scènes délirantes, entre description chic et choc et hallucination colorée.

Et la tension est permanente entre les faux moments calmes, quand va advenir un des habitants de Blue Jay Way, et les étranges SMS à sens caché que Julien reçoit d’un expéditeur inconnu. A cette tension sous jacente, on peut y ajouter des chapitres d’un livre, qui viennent s’intercaler dans l’histoire (d’ailleurs, eux seuls ont droit à un titre de chapitre), qui décrivent la jeunesse de deux jeunes garçons, avant de sombrer dans un scenario qui met très mal à l’aise.

Et si parfois l’ensemble peut paraitre un peu longuet, c’est bien un thriller sous haute tension auquel on a droit ici, mais qui se sera bien caché sous des atours de roman contemporain. Ceux qui auront lu et adoré Brett Easton Ellis trouveront dans ce roman une pale copie du génie américain, surtout de ses premiers romans, les autres se laisseront bercer par ce ton nouveau et ce stress permanent, certes encombré de cadavres, mais qui aboutit à un dénouement inédit et bien trouvé.