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Le chouchou du mois d’octobre 2017

En ce qui concerne mes lectures du mois d’octobre, elles auront été sous le signe de l’émotion et de la révolte. Il y aura bien eu quelques lectures de pur divertissement, mais toutes sans exception auront été des lectures marquantes.

Au premier rang des émotions, je ne peux que placer Candyland de Jax Miller (Ombres noires), mon deuxième coup de cœur de l’année, qui présente un souffle romanesque et une créativité étonnante, surtout si l’on se rappelle que Candyland n’est que le deuxième roman de Jax Miller. On se laisse porter par un voyage hors du temps dans cette petite ville imaginaire des Etats-Unis, gangrenée par la fermeture de ses mines. Énorme !

Je me dois aussi de vous signaler que les éditions French Pulp ont décidé de rééditer La compagnie des glaces, qui est la plus grande saga de science fiction jamais écrite. J’ai chroniqué les 2 premiers tomes, La compagnie des glaces 1-2 de GJ Arnaud (French Pulp) et je dois dire que l’aspect politique et l’immersion dans un monde futuriste est impressionnant. Il ne vous reste plus qu’à patienter pour que je vous parle des autres tomes … très bientôt.

Émotions aussi du coté de Bangkok avec La cité de l’ange noir de Harlan Wolff (Editions GOPE) qui au travers d’une enquête plutôt classique nous fait visiter les quartiers de cette asiatique qui regorge de secrets. Émotions encore quand il s’agit d’explorer la psychologie d’un homme fou d’amour de sa femme qui décide de l’empoisonner pour mieux la garder pour lui dans Les enlisés d’André Lay (French Pulp). Émotions enfin avec Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet (Jigal) et ses bouffées de nostalgie et ses scènes incroyablement fortes ou Assassins d’avant d’Elisa Vix (Rouergue) où une jeune femme cherche la vérité sur l’assassinat de sa mère institutrice en pleine salle de classe. Du grand art en terme d’intrigue (jusqu’à la dernière ligne) et de roman choral !

Par contre, rien de tel qu’une intrigue qui vous met mal à l’aise ou qui vous place en face de questions qui peuvent s’avérer personnelles. Par exemple, n’avez-vous jamais été non pas envieux mais ébloui par des gens à qui tout réussit ? Et si les apparences n’étaient pas du tout la réalité des choses. C’est le fond de l’intrigue de Mon amie Adèle de Sarah Pinborough (Préludes), qui est un pur roman psychologique. Quant à Punk Friction de Jess Kaan (Lajouanie) sous ses dehors de roman policier classique, il a pour lui une intrigue bien menée, des personnages attachants et surtout un coté social qui retient l’intérêt.

Et puis, il y a les polars qui grattent là où ça fait mal …

Quoi de mieux que de fouiller notre histoire, celle dont on parle trop peu, telle que l’anti-communisme et les actions des collabos dans le Périgord ? Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand (Editions du Caïman) est le genre de polar où on apprend plein de choses, et il a pour lui une ambiance remarquablement restituée ainsi qu’une documentation impressionnante.

Un autre sujet m’a bouleversé et c’est celui abordé dans Danser dans la poussière de Thomas H.Cook (Seuil). Pour l’occasion, l’auteur créé un pays africain, avec ses mœurs et son histoire et met ses personnages en face d’un dilemme qui est le rôle des ONG dans le développement des pays en voie de développement. Une phrase ne cesse de me hanter : On fait le mal en voulant faire le bien. Profond et marquant.

Sur un sujet plus classique, Le club des pendus de Tony Parsons (La Martinière) et son personnage principal récurrent Maw Wolfe nous questionne sur la justice au travers d’une intrigue où un groupe d’hommes sème ses propres sentences. Ce roman frappe d’autant plus fort que son personnage est formidablement humain. Cette série de Tony Parsons est assurément à suivre.

Islanova de Camut & Hug (Fleuve Noir) quant à lui nous parle de revendications humaines, de terrorisme, de responsabilités individuelles et collectives, de la famille, du dépassement de soi, de choix difficiles dans la vie, de violences, et de bien d’autres choses. C’est un roman qui m’a surpris, que j’ai avalé en quelques jours car c’est un roman populaire plein d’action et d’humanité qui ne prend pas position et qui oblige le lecteur à se regarder dans une glace.

Le titre de chouchou du mois revient donc à La daronne d’Hannelore Cayre (Métaillié), ce roman si simple en apparence mais si passionnant à lire. Comment une femme qui a toujours vécu honnêtement en arrive à devenir une trafiquante de drogue tout en suivant son idéal d’aider ses filles. D’une sorte de biographie inventée, Hannelore Cayre en tire un roman à la fois drôle et émouvant, cynique et noir, dans la veine de Thierry Jonquet. Un roman indispensable.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

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La daronne de Hannelore Cayre

Editeur : Métaillié

Voici mon avis sur un roman dont on a beaucoup parlé en début d’année, et qui vient de se voir décerner le Grand Prix de la Littérature Policière 2017. Je ne vais vous donner qu’un seul conseil : jetez vous sur ce roman formidable.

Quatrième de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e DPJ.

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

Et on devient la Daronne.

Mon avis :

On pourrait penser que la quatrième de couverture en dit beaucoup, voire trop. En fait, il est difficile d’attirer l’œil de l’acheteur devant un tel roman. Certes on en dit beaucoup, mais il y en a tellement plus dans le roman. Tout ce roman tient dans sa narration et son style, et je peux vous dire que ce roman est une bombe de drôlerie et de cynisme, un grand moment de critique et de second degré. On sourit beaucoup, on rit beaucoup des piques sur quelques travers de la société. Et le plus fort de ce roman, c’est quand vous avez tourné la dernière page, et que vous vous rendez compte de l’ensemble du roman, et de tout ce que Patience Portefeux vous aura montré. Vous vous rendez compte de ce que vous voyez tous les jours mais que vous ne remarquez même plus, et c’est jouissif.

C’est le bon terme pour qualifier ma lecture de ce roman : c’est totalement jouissif. La forme du roman est présentée comme une biographie, au travers d’une discussion. Vous êtes assis dans votre fauteuil bien confortablement, et Patience va vous raconter sa vie. Démarrant par sa naissance et la déception de son père d’avoir eu une fille au lieu d’un garçon, à son mariage qui n’aura duré que sept années de furtif bonheur, de ses deux filles qui sont parties bien vite de la maison à ses difficultés à joindre les deux bouts pour élever ses filles du mieux possible, Hannelore Cayre nous raconte la survie d’une femme cherchant à se débattre pour garder une certaine décence.

Le coté comique, décalé de cette histoire tient dans le fait qu’elle parle arabe et qu’elle va devenir traductrice pur la justice puis pour la police. Payée au noir par l’état, comme les jeunes gens qui sont accusés en procès, je vous laisse imaginer le coté cocasse de la situation. Et puis, cette femme qui a atteint la cinquantaine ne rêve que d’une chose : offrir quelque chose à ses filles. Et sa vie simple va devenir un peu plu compliquée par un hasard et une prise de risque due au fait que pour la première fois de sa vie, elle va se prendre des initiatives. Bon, c’est un polar, alors elle va franchir la ligne jaune !

Il y a tant de choses dans ce roman mais aussi une justesse, un ton véridique, que l’on a l’impression d’entendre une confession. Et on en remet jamais en cause ce qu’elle nous dit. La narration est parfaite d’un bout à l’autre. Si vous ne le savez pas, l’un de mes auteurs favoris, toutes époques confondues est Thierry Jonquet. Eh bien, j’ai eu l’impression qu’il était revenu d’entre les morts pour nous offrir ce fantastique roman social. Superbe !

Je vous joint quelques liens vers des billets tout aussi enthousiasmants.

http://enlisantenvoyageant.blogspot.fr/2017/04/la-daronne.html

http://www.encoredunoir.com/2017/06/la-daronne-de-hannelore-cayre.html

http://leblogdupolar.blogspot.fr/2017/03/hannelore-cayre-la-daronne-une-femme.html

https://actudunoir.wordpress.com/2017/03/24/hannelore-cayre-revient-et-cest-bon/

Lagos Lady de Adenle Leye

Editeur : Métaillié (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : David Fauquemberg

Si ce roman a fait l’objet du cadeau annuel aux abonnés de l’association 813 (Merci 813 !), il fait l’objet de la sélection pour les Balais d’or 2017 de mon ami le Concierge Masqué. D’ailleurs, c’est lui qui me l’avait conseillé l’année dernière. Et comme le résumé de l’éditeur est très bien fait, je vous le mets en guise de résumé :

Quatrième de couverture :

Mauvaise idée de sortir seul quand on est blanc et qu’on ne connaît rien ni personne à Lagos ; Guy Collins l’apprend à ses dépens, juste devant le Ronnie’s, où il découvre avec la foule effarée le corps d’une prostituée aux seins coupés. En bon journaliste, il aime les scoops, mais celui-là risque bien de lui coûter cher : la police l’embarque et le boucle dans une cellule surpeuplée, en attendant de statuer sur son sort.

Le sort, c’est Amaka, une splendide Nigériane, ange gardien des filles de la rue, qui, le prenant pour un reporter de la BBC, lui sauve la mise, à condition qu’il enquête sur cette vague d’assassinats. Entraîné dans une sombre histoire de Juju, la sorcellerie du cru, notre journaliste à la manque se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère, tandis qu’Amaka mène la danse en épatante femme d’action au milieu des notables pervers.

Hôtels chics, bars de seconde zone, jungle, bordels, embouteillages et planques en tout genre, Lagos bouillonne nuit et jour dans la frénésie highlife ; les riches font tinter des coupes de champagne sur Victoria Island pendant que les pauvres s’entretuent à l’arme lourde dans les bas quartiers.

Mon avis :

Sachez que ce roman est un premier roman, et à ce titre, je peux vous dire que l’avenir de cet auteur est tout tracé ! Prenant des personnages principaux auxquels on s’attache rapidement, mais laissant planer quelque doute au début du roman, nous allons suivre les tribulations d’un reporter anglais au Nigeria qui va se retrouver embringué dans des affaires criminelles qui vont le dépasser …

Que du classique, me direz-vous ? A la fois oui, à la fois non, ai-je envie de répondre. Les chapitres courts et l’efficacité du style en font un polar fort agréable à lire, voire même passionnant. Il se démarque des polars américains du même genre par le fait qu’il évite ce rythme préfabriqué, ce mélange d’action / pause / action en mettant au premier plan ses personnages.

De personnages, il y a certes Guy Collins, mais il y a surtout Amaka, jeune fille qui se bat pour la justice des femmes de son pays, mais pas de la façon dont vous pourrez l’imaginer (et je vous laisse le découvrir). On y trouvera aussi en alternance de nombreux chapitres mettant en scène les chefs de gangs, mais aussi les flingueurs et autres rabatteurs, dont la présence est surtout là pour montrer la situation catastrophique d’un pays où les femmes se prostituent (toutes ?) pour survivre.

C’est d’ailleurs ce qui ressort de ma lecture. Le fait de centrer son intrigue sur les prostituées en négligeant les autres aspects de la société nigériane, nous donne à croire qu’il n’y a que des prostituées au Nigeria. J’aurais aimé être plongé dans ce pays de façon plus réaliste. D’autre part, le roman est écrit pour moitié à la première personne par Guy et pour moitié à la troisième personne quand il s’agit des gangs de truands. Et ce passage de l’un à l’autre, cette hésitation (?) fait que cela m’a sorti de l’histoire par moments. Bref, j’aime moyennement.

Sinon, c’est un roman qui est très bien mené, bien écrit, qui va vite et qui nous apprend beaucoup de choses. Et la finalité de cette intrigue, même si elle m’a rappelé un autre roman, reste intéressante par le fait qu’elle tire un signal d’alarme. Et puis, rien que pour Amaka, une sacrée battante, ce roman vaut le coup d’être lu !

Espace jeunesse : Histoire d’un chien Mapuche de Luis Sepulveda

Editeur : Métailié

Traducteur : Anne-Marie Métailié

Illustrateur : Joëlle Jolivet

L’origine de cette lecture vient des suggestions de la médiathèque de ma ville (Montgeron). J’y emmène toujours mes enfants pour qu’ils découvrent d’autres livres, d’autres auteurs et il y avait ce roman dans le cadre du mois « Roman policier jeunesse ». J’ai craqué sur la couverture et sur le titre, sans même savoir de quoi ça parlait. Retour enfance pour un roman que l’on peut raconter en histoire du soir à ses enfants.

Quatrième de couverture :

Le chien, prisonnier, affamé, guide la bande d’hommes lancée à la poursuite d’un Indien blessé dans la forêt d’Araucanie. Il sait sentir la peur et la colère dans l’odeur de ces hommes décidés à tuer. Mais il a aussi retrouvé dans la piste du fugitif l’odeur d’Aukamañ, son frère-homme, le compagnon auprès duquel il a grandi dans le village mapuche où l’a déposé le jaguar qui lui a sauvé la vie.

Dans la forêt, il retrouve les odeurs de tout ce qu’il a perdu, le bois sec, le miel, le lait qu’il a partagé avec le petit garçon, la laine que cardait le vieux chef qui racontait si bien les histoires et lui a donné son nom : Afmau, Loyal.

Le chien a vieilli mais il n’a pas oublié ce que lui ont appris les Indiens Mapuches : le respect de la nature et de toutes ses créatures. Il va tenter de sauver son frère-homme, de lui prouver sa fidélité, sa loyauté aux liens d’amitié que le temps ne peut défaire.

Avec son incomparable talent de conteur, Luis Sepúlveda célèbre la fidélité à l’amitié et le monde des Mapuches et leurs liens avec la nature.

Mon avis :

Assoyez-vous dans votre fauteuil, bien confortablement, et retrouvez votre âme d’enfant. Imaginez que Luis Sepulveda vous raconte une histoire, simple mais dure. Une troupe d’hommes poursuit un Indien et utilise pour cela « Le Chien ». L’Indien est blessé et il suffit de suivre l’odeur du sang grâce à l’odorat très développé de l’animal.

Cette histoire, qui fait une centaine de pages, peut être lue par un enfant ou par ses parents, sans aucun problème. Il y a la simplicité et la poésie des contes, et aussi la cruauté des contes pour enfants. En ce sens, je le conseillerais plutôt pour des enfants d’au moins 10 ou 12 ans.

J’ai particulièrement apprécié la puissance de l’évocation de la nature, sauvage, inhospitalière. En très peu de mots, Luis Sepulveda arrive à nous plonger dans ces contrées enneigées, à nous faire ressentir de la haine envers le groupe d’hommes et à nous esquisser le drame de la situation Mapuche. La traductrice a d’ailleurs fait un travail remarquable pour à la fois retranscrire la simplicité des mots et l’importance du vocabulaire Mapuche, ce qui nous implique encore plus dans cette histoire et dans leur histoire. A consommer sans modération.

 

Dans l’ombre d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié

Traducteur : Eric Boury

Si vous suivez ce blog, vous savez que je suis un fan d’Arnaldur Indridason, et en particulier des enquêtes ayant pour personnage récurrent Erlendur, un personnage attachant et profondément humain. On sentait depuis quelque temps qu’Indridason voulait écrire autre chose, sortir des intrigues mettant en scène son inspecteur fétiche. Et je dois dire que j’ai été moins passionné par ces romans où Erlendur n’apparaissait pas, sauf Betty, un bel exercice de style et un hommage aux polars de la grande époque.

Cette fois ci, Arnaldur Indridason se penche sur la période de la deuxième guerre mondiale, période où l’Islande a été occupée par les armées britanniques avant d’être remplacées par les armées américaines. C’est ce que les Islandais ont appelé « La Situation ». Avant cette période, l’Islande était un pays d’agriculteurs et de pêcheurs. Cette période est vue par les habitants comme un passage brutal à l’ère moderne avec ce que cela comporte de violence et de criminalité.

Reykjavik, 1941. Un représentant de commerce rentre chez lui d’un voyage d’affaires et ne trouve pas sa compagne à la maison. Il est vrai que, quand il est parti, ils se sont engueulés avec Véra, et qu’il a préféré faire la sourde oreille et s’en aller. Il décide de sortir la chercher.

Un homme a été retrouvé assassiné chez lui d’une balle dans la tête, tirée par derrière. Cela ressemble à une exécution, genre de crime dont la police islandaise n’a pas l’habitude de voir. Flovent, un jeune inspecteur de la police criminelle et qui a fait un stage à Scotland Yard va être chargée de l’affaire. En observant la scène du crime, il trouve une balle, que l’on utilise avec des revolvers américains.

Quand il remonte cette information à son chef, celui-ci en fait part aux occupants qui vont lui adjoindre Thorson, un inspecteur de la police militaire. Ce dernier a l’avantage d’être issu d’une famille islandaise qui a migré au Canada. Les deux hommes vont travailler ensemble et vont être bien surpris quand le bailleur de la victime ne reconnait pas le corps. Mais qui peut bien être ce mort ?

On va en parler de l’abandon de Erlendur ! Et on a l’impression qu’Indridason a voulu ses nouveaux personnages complètement différents de son inspecteur fétiche. Là où Erlendur est humain, à l’écoute, peu bavard et renfermé sur lui-même, Flovent et Thorson ont la fougue de la jeunesse. Ils sont énergiques, n’hésitent pas à bousculer les témoins, à insister sur des questions et sont ouverts aux autres. Ils travaillent aussi très bien ensemble, ne se cachant rien des progrès de l’enquête. Ces deux-là s’avèrent être l’exact opposé d’Erlendur, quitte à ce que le trait soit parfois un peu gros.

Comme dans Le Lagon Noir, Arnaldur Indridason revient sur la transformation de la société islandaise due à la présence des Anglais puis des Américains. Si cela ressemble à une invasion, tel que c’est présenté ici, il n’en est pas moins qu’Indridason confirme et appuie son propos en montrant comment s’est développée la violence, la circulation des armes ou bien l’apparition de la prostitution. A croire l’auteur, l’Islande était auparavant un paradis terrestre avant que les soldats ne débarquent.

Mais je ne veux pas caricaturer le propos de l’auteur, et juste évoquer mon opinion. Car le sujet (ou l’un des sujets) est bien le nazisme et la recherche par les nazis des origines de la race parfaite, la race aryenne. Ici, on aura droit à un chercheur docteur qui fera des recherches sur l’origine de la criminalité, partant du principe que le Mal est inscrit dans les gênes des personnes déviantes. Et comme d’habitude, avec Arnaldur Indridason, on apprend beaucoup de choses sans en avoir l’air.

L’aspect historique ne fera pas d’ombre à la force des personnages, aussi bien les perosnnages principaux dont j’ai déjà parlé que les personnages secondaires, avec des figures d’une force (et en particulier une relation homme/fils que j’ai beaucoup apprécié). On peut penser que cela fait beaucoup de thèmes abordés dans un roman de 330 pages. C’est sans compter avec le talent de l’auteur et la fluidité de son style qui fait que, malgré certains noms islandais, on n’est jamais perdus. Et du déroulement de l’intrigue à la présence des personnages, ce premier tome de la trilogie s’avère un vrai beau boulot de professionnel d’auteur de romans policiers. Il ne reste plus qu’à attendre le mois d’octobre pour lire la suite.

Le lagon noir d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié

Traducteur : Eric Boury

Depuis quelques romans, Arnaldur Indridason fait un retour sur le passé de son inspecteur fétiche et récurrent Erlendur Sveinsson. Le précédent épisode (Les nuits de Reykjavik) nous montrait un personnage d’Erlendur débutant, ne faisant pas encore partie de la police criminelle, mais réussissant tout de même à résoudre une affaire de meurtre d’un clochard. Trois ans plus tard, Erlendur a décidé de suivre le conseil de Marion Briem et de rejoindre la police criminelle. Le lagon noir raconte la première véritable enquête de Erlendur.

En compagnie de Marion, Erlendur est en plein interrogatoire avec les deux frères Ellert et Vignir, qui ont été placés en détention préventive. Suite à une dénonciation anonyme, la police a découvert plusieurs kilos de haschich et des litres de vodka américaine. Les deux frères nient être impliqués, affirment être des victimes d’un piège, alors qu’ils ont les cadenas de la remise où ont été trouvés ces produits.

C’est alors que l’on vient annoncer à Marion que l’on vient de découvrir un cadavre dans un lagon, près de la centrale géothermique de Svartsengi. C’est une jeune femme qui l’a découvert, en prenant un bain pour calmer son psoriasis, sur les conseils de son dermatologue. Son visage est en bouillie ; A croire qu’il a été battu … ou bien que le mort est tombé d’une grande hauteur comme s’il s’était suicidé. Mais alors pourquoi a-t-on retrouvé le corps dans ce lagon ? Et puis, le corps portait des bottes américaines …

En parallèle des ces deux affaires, Erlendur est obsédé par la disparition d’une jeune adolescente Dagbjört. Un matin comme un autre, il y a vingt cinq ans de cela, elle sort de chez elle pour aller au collège. Personne ne l’a jamais revue. Cette disparition devient une obsession pour Erlendur et il va se forcer à trouver une explication pour la famille qui vit dans l’incertitude.

Je ne vais pas en rajouter avec Arnaldur Indridason, parce que vous le connaissez tous et toutes, et qu’il a un succès largement mérité. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il prend le temps d’installer son intrigue et ses personnages et que son écriture est emplie d’humanisme et de respect, de sensibilité et d’émotions. C’est pour toutes ces raisons que j’adore cet auteur et que je ne rate aucun de ses romans.

Comme je le disais ci-dessus, cette enquête est la première, ou l’une des premières de Erlendur, et on sent qu’il a déjà cette fibre sensible, cet intérêt pour les autres qui fera sa grande force par la suite. On le découvre aussi maladroit dans certains de ses interrogatoires ou questionnements, mais on sent qu’il va tirer les leçons de ses erreurs. Même après 11 romans policiers dont 8 avec la présence de Erlendur, Arnaldur Indridason arrive à me surprendre par la finesse psychologique qu’il démontre.

Evidemment, le rythme est lent, comme dans tous ses romans, et le déroulement de l’enquête est d’une évidence qui en ferait pâlir beaucoup. Indridason va nous parler de la présence des troupes américaines sur le sol islandais pendant la guerre froide. Il ne va jamais prendre position, et sortir d’ailleurs Erlendur du sujet en lui faisant dire qu’il n’aime pas toutes les guerres. Par contre, il va montrer les Américains dans toute leur arrogance, allant même jusqu’à avoir des attitudes de Maîtres du Monde, et avoir des réactions d’envahisseurs. Indridason nous dit aussi que ce sont les Américains qui ont apporté le crime, la drogue, l’alcool, dans un pays qui ne voulait que vivre tranquillement sans embêter les autres. Une nouvelle fois, c’est un coup de maître que ce nouveau polar qui nous étonne et nous démontre une nouvelle fois qu’Arnaldur Indridason a encore beaucoup de choses à nous dire.

Ne ratez pas l’avis de Wollanup sur l’excellent site Nyctalopes

Le maitre des nœuds de Massimo Carlotto (Métaillié)

Je me fais un petit plaisir personnel à vous présenter ce roman, car Massimo Carlotto est un de mes auteurs italiens favoris. Et ce sera aussi votre cas quand vous aurez lu Rien, plus rien au monde ou L’immense obscurité de la mort. Bienvenue dans la noirceur de Carlotto.

L’auteur :

Carlotto a été au centre de l’une des affaires judiciaires les plus controversées de l’histoire contemporaine italienne.

Le 20 janvier 1976, une étudiante de vingt-cinq ans, Margherita Magello, est retrouvée morte à son domicile, assassinée par 59 coups de couteau. Massimo Carlotto, étudiant de dix-neuf ans et militant de Lotta Continua, découvre par hasard la victime, ensanglantée et mourante, et se rend chez les Carabiniers pour les avertir; il est alors arrêté et accusé d’homicide.

Au cours du premier procès, il est acquitté pour insuffisance de preuves par la Cour d’assises de Padoue, mais est condamné à 18 ans de réclusion par la Cour d’Appel de Venise, et la peine est confirmée par la Cour de cassation, en 1982. Il s’enfuit alors, d’abord en France puis à Mexico, mais après trois années de fuite il est capturé par la police mexicaine et renvoyé en Italie.

En 1989 la Cour de cassation ordonne la révision du procès, et renvoie les acteurs à la cour d’Appel de Venise, qui le 22 décembre 1990 soulève la question de la légitimité constitutionnelle : la sentence de la Cour Constitutionnelle italienne arrive le 5 juillet 1991, mais entre temps le président du Conseil de remise de peine est parti à la retraite, ce qui nécessite un second procès, au cours duquel Carlotto est condamné à 16 ans de prison.

L’opinion publique prend le parti de Carlotto, et en 1993 le Président de la République italienne Oscar Luigi Scalfaro lui accorde la grâce.

(Source Wikipedia)

Découvert par le critique et écrivain Grazia Cherchi, il a fait son entrée sur la scène littéraire en 1995 avec le roman Il fuggiasco (Le Fugitif, non traduit en français), publié par les éditions E/O, qui a obtenu le prix Giovedì en 1996. Depuis, il a écrit quinze autres romans, des livres pour enfants, des romans graphiques et des nouvelles publiées dans des anthologies.

Ses romans sont traduits dans de nombreux pays; certains ont été adaptés au cinéma. Massimo Carlotto est aussi auteur de pièces de théâtre, scénariste pour le cinéma et la télévision, et il collabore avec des quotidiens, des magazines et des musiciens.

En 2007, il est lauréat du prix Grinzane Cavour – Piémont Noir.

Quatrième de couverture :

Un adepte du sadomasochisme contacte Marco, dit l’Alligator, pour qu’il retrouve son épouse disparue. L’ancien prisonnier et ses acolytes, Beniamino Rossini, vieux truand à l’ancienne, et Max la Mémoire, vieux militant qui recouvre sa passion politique lors du G8 de 2001, vont plonger dans le monde souterrain de la souffrance volontaire, dans le drame des « doubles vies », à la recherche du Maître des nœuds, un tortionnaire qui sait se faire adorer de ses vidimes.

Pour les trois amis, le plus dur ne sera pas de progresser les armes à la main entre bonne société et mafias mais de se retrouver, au bout du monde SM, face à leurs propres souvenirs de prisonniers.

Remarquable comme toujours par sa précision documentaire et son regard implacable sur les plaies sociales, ce roman de Carlotto met une nouvelle fois en scène son enquêteur très particulier, amateur de blues et de calva.

Mon avis :

On retrouve dans ce roman notre groupe de détectives privés particulier, rencontré dans La vérité de l’Alligator. En effet, ce sont trois repris de justice qui ont des méthodes expéditives de mener leurs enquêtes. Je vous donne un exemple : Lors d’un interrogatoire, ils commencent par tirer une balle dans le pied avant de poser la première question. S’il n’y a pas de réponse, une petite balle dans le genou parvient à délier bien des langues. Ils doivent aussi enquêter en sous-marin, en évitant tout contact avec la police … forcément !

Donc, le rythme du bouquin est élevé et le ton politiquement incorrect. Il n’en reste pas moins que le style de l’auteur et sa façon d’aborder son intrigue font que l’équilibre entre action et psychologie des personnages est impeccable, prenant et passionnant.

Derrière son sujet, Massimo Carlotto montre et dénonce les travers de la société italienne. Il y évoque en particulier les tortures faites en prison ou bien les riches hommes d’affaires qui, grâce à leur argent, donnent libre cours à leurs déviances les plus extrêmes, les plus inhumaines, ou bien les exactions que la police se permet pendant les manifestations.

En effet, ce roman se déroule lors du sommet du G8 de Gênes en 2001. C’est une des premières fois où la réaction de la police a ressemblé à une véritable répression digne de la pire des dictatures. Et l’auteur se fait très virulent quand il montre que l’état considère que l’on n’a plus le droit de contester et s’opposer à une de ses décisions unilatérales. C’est en particulier pour cet aspect que ce roman est important, indispensable, remarquable.