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Amère Méditerranée de Philippe Georget

Editeur : Editions In8

Alors qu’on avait l »habitude de lire les romans de Philippe Georget chez Jigal, voici que son petit nouveau sort aux éditions In8. Honnêtement, je n’avais pas l’information. Il aura fallu un petit message de Philippe lui-même pour que je sois au courant, et quelques semaines pour que je le lise. Un mot : Ne ratez pas ce roman !

Au large de l’île d’Ostiolum, Ugo et Elena sont en pleine partie de pêche à bord de leur Yacht Aurélia. L’ïle d’Ostiolum est un bout de terre de 83 km² situé entre l’Afrique et l’Europe, comme un lien entre la pauvreté et la richesse. Alors qu’Elena descend vers la petite cuisine, elle entend Ugo et son cousin Javier crier. Mais en guise de grosse prise, il s’agit du corps d’un homme. D’autres flottent autour, et ils en distinguent quelques uns qui bougent encore. Immédiatement, ils lancent un signal d’alarme.

Elle est dans l’eau, accrochée à son espoir, à son désespoir, qui n’est autre qu’une caisse en bois. La caisse lui permet de ne pas couler, et elle bat des jambes de temps en temps pour avancer. Ce qui la tient encore en vie, c’est ce petit corps qui proteste dans la caisse : un petit chat qu’elle a nommé Mouna se met à miauler.

Louka Santoro est résident sur l’île et a fait ses études sur le continentavant de revenir pour exercer le métier de journaliste. Assis à la terrasse du Café de la Gare, il boit son café qui devrait finir de le réveiller. Corto, un pêcheur qui embarque les touristes, vient de recevoir un appel d’Ugo : un chalutier vient de chavirer au large avec des migrants à bord. Louka et Corto se mettent de suite en route pour en sauver le maximum et récupéreront une vingtaine de personnes. Mais pourquoi le chalutier a-t-il sombré ?

Philippe Georget nous a habitué à insérer dans sa bibliographie des romans orphelins, entre deux enquêtes de Gilles Sebag et Jacques Molina, ses inspecteurs récurrents. C’est le cas ici, où il situe l’intrigue de son roman sur une île imaginaire, sorte de pont entre l’Afrique, affamée et déchirée par ses conflits et l’Europe riche et hautaine. Et on sent que cet auteur, que j’adore pour son humanisme, a choisi ce sujet parce qu’il lui tient à cœur.

On y trouve une passion, sous-jacente, qu’il n’a pas voulu mettre au premier plan, optant pour un style grave, solennel, pour bâtir son roman. Il y met aussi beaucoup de recul, se plaçant en retrait par rapport à ce qui arrive à ces pauvres gens qui, en définitive, ne veulent que survivre. Car il y a bien une intrigue policière, puisque Louka va plonger pour observer l’épave du chalutier, et découvrir qu’un couple est menotté à une barre du bateau. Il y a donc bien eu assassinat.

Louka va donc avancer à pas comptés, rencontrant les naufragés survivants, les membres de la police locale, ceux de la métropole et même ceux des services secrets. Pour asseoir son sujet, Philippe Georget va insérer des chapitres consacrés aux migrants, et nous donner quelques clés à propos de l’énigme. Mais surtout, il va nous montrer la complexité des tensions qui se jouent entre les différentes nationalités et les conditions déplorables du voyage, orchestrées par des passeurs marchands de viande !

Et c’est dans ces moments là que le roman décolle et nous place en face de nos responsabilités. Sans vouloir être un brûlot, il nous pose des questions. Car nous sommes responsables. Comment pouvons-nous mettre au pouvoir des dictateurs sanguinaires et fermer les yeux devant le sort de leur peuple ? Comment pouvons-nous ruiner, voler leurs ressources naturelles et fermer les yeux devant le sort de leur peuple ? Comment pouvons-nous nous empiffrer de nourriture et fermer les yeux devant le sort de leur peuple ?

Si ce roman est d’une construction admirable, complexe mais redoutablement bien menée, si on y trouve des scènes d’action et même angoissantes, le fond du sujet, élaboré avec beaucoup de subtilité, rend ce roman un livre important. Et par moments, on y trouve des phrases éloquentes telles celle-ci que j’ai pioché à la page 232 : « On ne peut pas se revendiquer des Droits de l’Homme tout en fermant nos portes à ceux qui fuient l’Enfer. » Voici un des grands romans humanistes de l’année 2018, à ne pas rater.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

 

 

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Corruption de Don Winslow

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Jean Esch

Attendu comme un monument en cette fin d’année 2018, Corruption est la dernière parution en date de l’auteur des géniaux La griffe du chien et Cartel. On reste dans le domaine du trafic de drogue, mais vu du coté de la police, au travers de la Task Force de New York.

Devant la recrudescence du trafic de drogue à New-York, la mairie et le New-York Police Department se sont mis d’accord pour créer une force d’intervention de terrain, la Task-Force. Cette équipe comporte quatre personnes chevronnées, Denny Malone, Bill Montague dit Big Monty, Phil Russo et le jeune Billy O’Neill. Malone a presque 20 années de service, et il a choisi ses hommes pour faire régner l’ordre dans son quartier, Manhattan North, sa ville, son fief, son royaume.

La devise de la Task-Force est simple : pas de bordel chez nous. Ils font donc en sorte de maîtriser les dealers et d’éviter les guerres entre gangs. Ce matin-là, ils font une descente chez Diego Pena, le Dominicain, le boss de New-York qui doit recevoir un chargement de 100kg d’héroïne. Cette opération n’est pas forcément un succès mais au moins Pena est tué et la drogue saisie. Mais le jeune Billy n’y survit pas.

Billy n’était même pas marié, sa petite amie était enceinte. Elle n’aura droit à aucune aide de la part de la police. Mais la Task-Force met de l’argent de coté pour ses hommes. Denny Malone décide de prélever 50 kg d’héroïne afin d’assurer un avenir à ses hommes. C’est la première fois qu’il se permet un vol de cette ampleur. Toucher des commissions, ça lui arrive, mais jouer avec des millions de dollars, jamais ! Cet acte va l’entraîner dans une spirale infernale …

Don Winslow est probablement le plus doué et le plus moderne des auteurs américains actuels. Il a adapté son style à un rythme fou, et a allié cette qualité à des dialogues géniaux parce qu’évidents. Quand on lit un roman de Don Winslow, on a donc l’impression de voir un film, de suivre des scènes qui se suivent sans temps mort, et de vivre avec des personnages plus vrais que nature.

Si ce roman n’atteint pas la force de ses deux grands romans (chef d’œuvre est un terme que je n’utilise jamais), à savoir La griffe du chien et Cartel, il n’en reste pas moins un roman puissant, prenant, passionnant et édifiant par ce qu’il montre et dénonce. Il est donc à ranger juste à coté des romans sus-nommés, et un cran au dessus de Savages, qui était déjà génial mais plus simple dans sa construction.

Personnage central de l’intrigue, Denny Malone est un personnage puissant, imposant, qui impose sa présence. Fils de pompier, il est devenu orphelin tôt avec dans l’idée d’aider les gens. Son entrée dans la police était une évidence, et il a gravi tous les échelons, jusqu’à sa position centrale dans la Task-Force. En instance de divorce et père de deux enfants, il voit souvent Claudette, une infirmière en pleine désintoxication.

Faire régner le calme plus que la loi dans la rue, cela veut dire flirter avec la ligne jaune. Malone la chevauche, un pied à gauche, l’autre à droite. Il n’hésite pas payer ses indics, user de chantage, faciliter certaines affaires passant en justice. Avec l’affaire Diego Pena, c’est la première fois que Malone franchit allègrement la ligne jaune. Et le FBI va lui tomber dessus, ce qui va révéler l’ampleur de la corruption aux Etats Unis, à tous les niveaux.

Et c’est bien ce que veut démontrer ce roman, et constituer une véritable charge contre un système policier, politique, judiciaire vérolé du bas de l’échelle jusqu’aux plus hauts sommets. Chacun va œuvrer pour son propre bien, et va avancer ses pions en fonction de celui ou celle qui les paie. Le tableau décrit là est d’une noirceur terrible, tant on en vient à penser qu’il vaut mieux couper l’arbre que d’essayer de sauver quelques branches.

Et malgré la complexité de l’intrigue, malgré le grand nombre d’intervenants, les scènes s’accumulent allègrement pour former un formidable polar passionnant de bout en bout. Et une fois commencé, on est vite emporté par la tornade déroulée par Don Winslow et son style coup de poing. Reste au bout du compte le personnage de Denny Malone, policier trouble, aux multiples visages, avec un fond d’humanité, une loyauté envers son rôle, mais qui n’en est pas moins un truand de grande envergure et un trafiquant qui s’assoit sur les lois, peut-être parce qu’elles ne veulent plus rien dire dans un pays qui est devenu une véritable jungle.

Mais, car il y a un mais, outre le fait que ce roman soit un polar génial, je ne peux m’empêcher d’y ajouter deux bémols. La Task-Force de Denny Malone ressemble à s’y méprendre à la Strike Team de Victor « Vic » Mackey, que j’ai adoré dans la série The Shield au début des années 2000. De nombreuses scènes sont semblables d’ailleurs. Enfin, le dernier chapitre vire au grand guignolesque, comme s’il fallait se débarrasser d’un personnage de façon spectaculaire. Je vous conseille donc d’éviter de le lire et de vous plonger dans l’enfer de New-York tout au long des 550 pages de ce formidable polar.

Et si on parlait de l’Afrique …

Je vous propose deux romans dont le contexte, au moins en partie, parle de l’Afrique. Deux romans courts qui logent dans une poche, certes, mais deux romans émotionnellement forts et deux romans édités par deux petits éditeurs. Comme quoi, il faut aller chercher les pépites ailleurs que sur les étals de supermarchés.

African Queens de Patrice Montagu-Williams

Editeur : Les chemins du hasard

Ayaan a décidé de quitter la Somalie après la mort de sa sœur survenue lors de son excision et quand son père lui a présenté un vieil homme comme son futur mari. Avec son autre sœur Zohra, elle a connu tous les déboires que connaissent les migrants, les voyages en bateau, en camion, les passeurs insistants et même le manque de nourriture. Elle arrive à Barbès et tombe dans un réseau de prostitution géré par la Hyène.

Boris Samarcande est commissaire dans le 18ème arrondissement, à la tête d’une cinquantaine de policiers. Il aime son quartier, même s’il a affaire à tous les trafics en tous genres. Lors d’un contrôle de papiers anodin, une de ses équipes tombe sur un homme transportant des organes humains.

Annoncé comme le premier roman d’une série de quatre, African Queens mérite amplement le détour, pour peu que vous ne soyez pas trop sensibles. Et je vais vous expliquer mon ressenti. Tout d’abord, les chapitres sont très courts et les dialogues réduits au strict minimum. Cela donne une impression d’urgence et permet d’avoir beaucoup de scènes. Ce roman est donc à réserver à ceux qui aiment ce style « coup de poing », dont je fais partie.

En parlant de style, il est plutôt à classer du coté des behavioristes, c’est-à-dire que l’auteur ne s’étend jamais sur les sentiments des uns ou des autres, mais préfère rester en retrait et laisser les actes de ses protagonistes parler pour eux-mêmes. En cela, African Queens est plus proche d’un reportage réalité, qui aurait pour titre « Bienvenue dans l’enfer de Barbès ».

Et ce style clinique, voire chirurgical rend la lecture émotionnellement pénible, pour moi en tous cas. Car je me suis attaché à Ayaan, je l’ai suivi dans son périple, dans sa nouvelle vie. Et lire ce qui va lui arriver, sans une goutte de sang, je tiens à le préciser, dans des scènes où il n’y a pas un brin d’émotions, cela reste tout de même un sacré morceau à avaler pour un être humain normalement constitué, c’est-à-dire avec une petite dose d’humanité. Je ne veux pas dire que l’auteur va trop loin, mais il a décidé d’être franc, de montrer une certaine réalité et il vaut mieux être prévenu que la réalité n’est pas belle à lire.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

La dernière chance d’Abdelilah Hamdouchi

Editeur : Nouveau monde

Traductrice : Valentine Leys

Sophia Beaumarché a 73 ans et a toujours aimé les jeunes hommes. Elle s’est mariée à un Marocain qui l’a persuadée d’ouvrir un restaurant au Maroc, Chez Sophia. Depuis, elle est à la tête d’un lieu où tout le monde s’arrache les places pour déguster de bons plats. Cinq ans auparavant, elle a découvert que son mari la trompait et s’est remariée avec Othmane, un jeune juriste de 30 ans au chômage. Mais Othmane a fait cela pour avoir de l’argent. Il a en fait une amante Namia bien plus jeune que la septuagénaire.

Alors qu’ils rentrent après le service du soir, dans la villa Sophia, Othmane déclare aller promener leur chien. En réalité, c’est pour retrouver son amante Namia. Quand il revient, il trouve Sophia avec un couteau planté dans le ventre. Sous le coup de l’émotion, il enlève le couteau et appelle la police. Comme il est le bénéficiaire du testament, Othmane fait figure de coupable idéal.

C’est le premier roman policier marocain que je lis et c’est une belle surprise. Certes, pour les habitués du genre, ce roman va passer pour un modèle du genre. L’auteur y respecte en effet tous les codes et réussit à enchaîner les scènes avec une logique très plaisante. On peut même dire que l’auteur a écrit ce roman avec beaucoup d’application, de respect et d’amour pour le genre policier. Cela n’empêche pas de faire preuve de créativité dans le déroulement de l’intrigue, bien au contraire. Car on y retrouve un excellent équilibre entre la narration et les dialogues.

On va donc suivre deux personnages principaux puis trois, mais je ne vous parlerai que d’Othmane et d’Alwar, l’avocat arrivant plus tard dans le roman. Othmane est un jeune qui veut se sortir de la mouise et voit qu’il peut profiter de l’argent d’une septuagénaire pour survivre. Alwar est l’inspecteur chargé de l’enquête et on découvre un personnage extrêmement rigoureux et appliqué dans son travail. Dans les deux cas, les psychologies des personnages, bien que simples, sont remarquablement bien faites.

Ne croyez pas que ce roman se contente d’avoir une intrigue policière, aussi bien construite soit-elle. Abdelilah Hamdouchi ne va pas s’étendre sur les pauvres qui vont vendre leur corps aux riches des pays « civilisés » mais plutôt sur l’omnipotence de la police, du fait qu’ils ont tous les droits et qu’ils peuvent tout se permettre. Et je vous passe les détails sur la façon dont ils parlent aux gens, et en particulier aux femmes qui n’ont pas droit à la parole. Finalement c’est un roman très intéressant.

Visite des abattoirs

Le hasard veut que j’aie lu à la suite deux romans totalement différents, dont le contexte était le même, de près ou de loin. Dans les deux cas, on y parle d’abattoir, ces usines où on abat puis découpe les bêtes pour nous les vendre en barquettes dans les supermarchés. J’ai donc eu l’idée de les regrouper dans le même billet.

Jusqu’à la bête de Timothée Demeillers (Asphalte)

Editeur : Asphalte

Du fond de sa cellule, Erwan ronge son frein. Il se rappelle le travail à la chaîne, à l’abattoir, à suspendre les carcasses de bœuf aux crochets. Il se rappelle le bruit incessant des esses qui claquent les unes contre les autres. Il se rappelle son soulagement quand il sortait, les tournées dans les bars, les soirées devant les programmes de télévision abêtissants. Mais rien n’était capable de lui faire oublier le bruit … clac … clac … clac …

Et il y avait Laetitia …

Ecrit à la première personne du singulier, Erwan nous raconte son quotidien, l’abrutissement du travail à la chaîne, son manque d’espoir par manque d’avenir. Sans esbroufe, l’auteur utilise un langage franc, direct, qui sonne vrai. Si au début cela peut sembler déstabilisant, plus on s’enfonce dans le roman, plus cela devient prenant et même impressionnant. Car c’est bien au fur et à mesure des pages que sa personnalité se construit, que le drame se joue, que l’issue se dessine de façon inéluctable.

Le résultat comme je viens de le dire, est redoutable, tout de violence contenue, on lit ce livre avec beaucoup de compassion, et on ne peut s’empêcher de suivre Erwan dans sa descente aux enfers. On est révolté contre les augmentations du rythme de production, réalisé de façon sournoise sans prévenir. On est outré par les conditions de travail, physiques, mentales surtout. Et on ne peut s’empêcher de trouver dans ce roman à la fois éprouvant mais aussi remarquablement bien fait, une forme qui s’allie avec ce qu’il veut montrer : l’horrible conséquence du taylorisme dans ce qu’il a de plus inhumain. C’est un roman dur, lucide, cynique à ne pas manquer.

Ne ratez les avis de Charybde, Jérôme, Yan et Emmanuelle

Bleu, saignant ou à point de James Holin (Ravet-Anceau)

Editeur : Ravet-Anceau

Michèle Scanzoni est avocate en droit du travail à Paris. Alors qu’elle est harcelée par son client présentateur célèbre de télévision, son amie la contacte pour défendre son père, Gilbert Castillon, vétérinaire dans l’énorme usine de viande hachée de Plankaert dont il vient de se faire virer. Comme l’oncle de Michèle est à l’hôpital au Touquet, au stade terminal d’un cancer, cela lui donne deux occasions d’aller dans le Nord.

Comme j’ai lu tous les livres de James Holin, je dois dire que je suis content de l’avoir défendu. Car ce roman est réellement un excellent divertissement, en même temps qu’il est une dénonciation des trafics sur la fabrication et la vente de la viande. C’est sur qu’après avoir lu ce roman, vous n’achèterez plus vos steaks hachés en grande surface, voire même vos boites de raviolis. Car en guise de bœuf haché, James Holin nous montre comment on y insère du porc, du cheval, et même de la viande avariée !

Mais revenons à l’auteur et ses écrits. Depuis son premier roman, il a doucement penché pour un comique de situation. Il enfonce le clou ici en insérant dans son intrigue des scènes tout simplement hilarantes, introduites doucement jusqu’à arriver à des situations absurdes. En cela, cela m’a fait penser à Donald Westlake dans sa façon de faire. Et je peux vous dire que j’ai bien rigolé à la lecture de ce roman.

Cela n’a pas d’impact sur le message de ce roman, et cela lui confère plus de force. Par un souci de gagner encore plus d’argent, tout est bon pour « faire de la merde » et la vendre sous une étiquette alléchante, comme dirait le regretté Jean-Pierre Coffe. Tout cela semble tellement réaliste qu’on ne peut que s’inquiéter en faisant ses courses. Je ne peux que vous engager à lire ce roman, ne serait-ce que pour passer un excellent moment de comédie intelligente.

Ne ratez pas l’avis de l‘oncle Paul

Les écorchés vifs d’Olivier Vanderbecq

Editeur : Fleur Sauvage

J’ai connu Olivier Vanderbecq, virtuellement, dans une autre vie. Il avait ouvert une petite librairie à Lille, Humeurs Noires. Je lui avais même proposé mes coups de cœur pour son site et j’avais visité sa librairie. Malheureusement, il n’était pas là. Je n’allais pas rater le deuxième rendez vous, littéraire, celui là, à savoir son premier roman, Les écorchés vifs. Ce roman était sorti en 2014 chez Amalthée, le voici dans une nouvelle mouture, avec une couverture jaune et trois clous plantés. On peut donc s’attendre à ce que ça cogne fort. Et ça cogne TRÈS fort.

Damien Glob est un enquêteur doué, passionné par son métier. Il a des statistiques à faire pâlir les meilleurs. Il a d’ailleurs fait des miracles lors de son affectation à Nantes. Quand il a voulu changer d’air, voir plus grand, il a débarqué à Lille, dans le service d’un commissaire qui ne fait rien d’autre de ses journées que de faire reluire ses chiffres. Damien se retrouve obligé de consigner le moindre de ses gestes, d’avoir l’aval pour la moindre de ses décisions. Mais il n’est pas comme ça. Il parvient d’ailleurs à identifier un tueur, un conseiller bancaire, pendant ses congés. Il lui met tellement la pression que le conseiller bancaire se suicide. Mais d’où lui vient cette volonté d’aller au bout des choses et de se mettre sans arrêt en danger ?

Pierre (on apprendra son prénom plus tard dans le livre) doit assurer une livraison dans une voiture de luxe. L’avantage de l’Europe, c’est qu’il n’y a plus de frontières. De retour de Belgique, il fait une pause à Lille pour dîner dans un restaurant de luxe. En sortant, des jeunes gens sont en train de lui voler sa voiture. D’une façon tout à fait cordiale, il leur propose de l’argent, quand leur chef débarque avec une jeune fille, Alicia. Pierre propose encore plus d’argent pour la voiture et Alicia. La négociation va se terminer dans une course poursuite d’enfer.

Damien et Pierre vont emprunter deux chemins différents. Leur route va se percuter dans un petit village perdu dans les Alpes.

Voilà l’exemple type de roman qui me conforte dans la volonté de lire des premiers romans (et je l’ai déjà dit maintes et maintes fois, mais je revendique le fait de radoter). Car au-delà des quelques défauts que l’on peut y trouver, il y a une passion, une envie de bien faire, de convaincre le lecteur, de l’embarquer dans son monde. Les écorchés vifs entre totalement dans cette catégorie des romans marquants qui donnent envie de lire la suite. Non pas parce qu’il est trop court, mais bien parce que cette histoire est convaincante, aussi bien dans la forme que dans le fond. Comme le dit Maître Yoda : « Oh oui, tu auras peur ! ».

Ce roman n’est pas un roman d’horreur ; il ne faut pas prendre au pied de la lettre tout ce que je dis. Mais c’est un roman tout en célérité, un vrai bon roman d’action, avec des scènes incroyablement visuelles. On pourrait presque baisser la tête par moments, pour éviter de se prendre une balle. C’est indéniablement le gros point fort de ce roman, l’alternance de rythme parfaitement maîtrisé donne plus de force aux scènes d’action, qui décoifferaient le plus chevelu des lecteurs.

Ça va vite, ça claque, ça tire, ça pulse de l’adrénaline dans les veines, ça fait monter le rythme cardiaque. Il y a de la rage dans ce roman, comme dans Elijah de Noël Boudou. C’est aussi bon que les scènes d’action (réussies) de John Woo (ressortez donc The killer au lieu de regarder la télévision) ou Quentin Tarantino. Et si je cite Woo ou Tarantino, c’est aussi bien pour insister sur le coté visuel du style de Olivier Vanderbecq, que pour signaler les dialogues, formidablement maîtrisés. C’est simple : dans la littérature française, pour moi, seul Jacques Olivier Bosco, dit JOB, arrive à me surprendre dans ses romans par ses scènes d’action impressionnantes. Eh bien, Olivier Vanderbecq vient se situer juste à coté, et se partager la marche de mon podium personnel.

Il ne faut pas croire que la psychologie est absente. D’ailleurs, c’est elle qui donne son titre au livre, et c’est elle qui fait que le roman fonctionne si bien. Et quel titre ! S’il rappelle la chanson de Noir Désir, il montre des personnages qui m’ont fait penser à des volcans, prêts à exploser à la moindre faille. Les causes de cet aspect psychologique m’ont paru un peu faciles mais elles donnent une consistance et une épaisseur à Pierre et Damien. Cela ajoute aussi quelques scènes où affleure l’émotion … mais affleure seulement.

Olivier Vanderbecq aura joué son va-tout, annoncé le banco dans ce premier roman. C’est surtout dans sa construction où il aura misé gros. Faire deux grandes parties mettant en scène chacun des deux personnages, et raconter l’histoire à la première personne du singulier est un sacré pari. Il faut être aussi intéressant dans la première que dans la deuxième partie, il faut que les deux personnages soient aussi vrais l’un que l’autre, il faut enfin justifier la relation qui va les faire se rencontrer. La relation sera faite par un groupe de roms. Le choc des deux itinéraires par Petru, leur chef. Et la scène finale sera à la hauteur de l’attente : apocalyptique.

Ce roman aura créé chez moi une sorte d’addiction, d’attente pour le prochain. Car il y a tant de promesses qu’on ne peut qu’être assuré que le prochain sera un grand roman. Je voudrais y voir moins d’évidences, moins de volonté de tout décrire, et des dialogues plus efficaces. Car dès qu’on attaque des scènes de fusillade, il n’y a rien à retoucher. Malgré ces quelques petits défauts, ce roman, c’est de l’adrénaline pure, un roman d’action avec des scènes incroyables et du pur plaisir de lecture. Merci M.Vanderbecq !

A noter que la préface est écrite par Jacques-Olivier Bosco (comme par hasard !)

Oldies : Le bikini de diamants de Charles Williams

Editeur : Gallimard (1957) sous le titre Fantasia chez les ploucs ; Gallmeister (2017)

Traducteur : Laura Derajinski

Postface de François Guérif

En introduction, on a droit à une superbe couverture décalée, juste comme il faut et un autocollant où il est inscrit : CULTE !!! J’avais ce roman dans ma liste de lecture depuis un sacré bout de temps. Je n’avais même pas pensé à l’acheter, mais je savais que je devais le lire. Coup de chance, il ressort chez l’excellente maison Gallmeister dans une nouvelle traduction. Comme dirait un de mes collègues de boulot : « ça, c’est fait ! ». Culte ? Evidemment ! Indispensable ? Bien entendu !

L’auteur :

Après ses études, il s’engage dans la marine marchande en 1929. Il quitte cette activité au bout de dix ans pour épouser Lasca Foster. Son expérience de radio dans la marine marchande lui permet de devenir technicien de maintenance en électronique pour RCA à Galveston, Texas puis pour la marine nationale américaine (Puget Sound Navy Yard dans l’État de Washington) jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il part alors, accompagné de son épouse, s’installer à Los Angeles où il travaille pour Mackay Radio.

Il publie en 1951 son premier roman, Hill Girl qui est un succès, ce qui le décide alors à devenir écrivain professionnel. Jusqu’à l’année 1973, il publie vingt-et-un autres romans et participe à la rédaction de plusieurs scénarios de cinéma, notamment ceux des Félins de René Clément (adapté du roman Joy House de Day Keene) sorti en 1964 et de The Pink Jungle, un film de Delbert Mann sorti en 1968. Le couple change souvent de résidence et passe, semble-t-il, beaucoup de temps en France, où Charles Williams jouit d’une bonne réputation.

En 1956, Peaux de bananes, version française de son roman Nothing in Her Way (1953), remporte en France le Grand prix de littérature policière.

À la mort de son épouse en 1972, il se retire en Californie, à la limite de l’Oregon, où il vit seul. Il revient à Los Angeles (quartier de Van Nuys) où il se suicide dans son appartement au début d’avril 1975. Son décès est l’objet de plusieurs versions, mais il semble avéré que les hypothèses de suicide en France et de disparition dans le golfe du Mexique ne sont que des rumeurs infondées.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Cette année-là, Billy passe l’été chez son oncle Sagamore. Entre les visites du shérif, persuadé que Sagamore distille de l’alcool clandestinement, et le lac où il apprend à nager, le garçon ne va pas s’ennuyer. Mais ses vacances deviennent véritablement inoubliables au moment où Choo-Choo Caroline, strip-teaseuse pourchassée par des gangsters, se réfugie dans la propriété. Lorsque celle-ci disparaît, l’oncle Sagamore décide d’orchestrer comme la plus lucrative des fêtes foraines une chasse à l’homme pour la délicieuse Caroline uniquement vêtue de son bikini de diamants.

Porté à l’écran sous le titre Fantasia chez les ploucs, Le Bikini de diamants est un monument de drôlerie et un inégalable roman noir.

Mon avis :

Billy passe son été avec son père Pop en pleine campagne, dans la maison de l’oncle Sagamore, perdue au fin fond de la campagne. Pour un gamin de la ville, cela veut dire la liberté mais aussi la découverte d’un nouveau monde, fait de cinglés, d’arnaqueurs, de démerdards et de flics incompétents. De cinglés, on retiendra le voisin qui cloue des planches sur sa maison, croyant qu’il construit la nouvelle arche de Noé. Au rayon des arnaqueurs, l’oncle et Pop se débrouillent pour tirer parti du moindre événement pour en tirer de l’argent, sans compter qu’ils fabriquent et vendent de l’alcool de contrebande. Quant aux personnages de flics, ils sont d’une connerie incommensurable.

Ce roman est tellement innovant qu’on reconnait l’inspiration qu’il a offert à de nombreux romans ou films par la suite. En particulier les films comiques qui tournent en dérision la police et ils sont légion. C’est aussi une image de l’Amérique rurale qui cherche à se débrouiller avec les moyens du bord, dans laquelle seuls qui sont intelligents arrivent à s’en sortir.

Le style de l’auteur n’a pas vieilli d’un poil, et les situations sont plus comiques les unes que les autres. C’est raconté par Billy avec l’innocence que peut avoir un enfant de sept ans, surtout quand il raconte ses baignades avec Miss Harrington. Et puis, un enfant, ça pose plein de questions. Et les réponses de Pop ou de l’oncle omettent joliment la vérité, trouvant toujours des explications logiques pour cacher au gamin le monde pourri dans lequel il vit. Quant au lecteur, il arrive à deviner la réalité sans que l’auteur ne l’aide, et ce n’en est que plus jouissif et décalé. Assurément, ce roman culte est surtout un roman comique à ne pas manquer.

La daronne de Hannelore Cayre

Editeur : Métaillié

Voici mon avis sur un roman dont on a beaucoup parlé en début d’année, et qui vient de se voir décerner le Grand Prix de la Littérature Policière 2017. Je ne vais vous donner qu’un seul conseil : jetez vous sur ce roman formidable.

Quatrième de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e DPJ.

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

Et on devient la Daronne.

Mon avis :

On pourrait penser que la quatrième de couverture en dit beaucoup, voire trop. En fait, il est difficile d’attirer l’œil de l’acheteur devant un tel roman. Certes on en dit beaucoup, mais il y en a tellement plus dans le roman. Tout ce roman tient dans sa narration et son style, et je peux vous dire que ce roman est une bombe de drôlerie et de cynisme, un grand moment de critique et de second degré. On sourit beaucoup, on rit beaucoup des piques sur quelques travers de la société. Et le plus fort de ce roman, c’est quand vous avez tourné la dernière page, et que vous vous rendez compte de l’ensemble du roman, et de tout ce que Patience Portefeux vous aura montré. Vous vous rendez compte de ce que vous voyez tous les jours mais que vous ne remarquez même plus, et c’est jouissif.

C’est le bon terme pour qualifier ma lecture de ce roman : c’est totalement jouissif. La forme du roman est présentée comme une biographie, au travers d’une discussion. Vous êtes assis dans votre fauteuil bien confortablement, et Patience va vous raconter sa vie. Démarrant par sa naissance et la déception de son père d’avoir eu une fille au lieu d’un garçon, à son mariage qui n’aura duré que sept années de furtif bonheur, de ses deux filles qui sont parties bien vite de la maison à ses difficultés à joindre les deux bouts pour élever ses filles du mieux possible, Hannelore Cayre nous raconte la survie d’une femme cherchant à se débattre pour garder une certaine décence.

Le coté comique, décalé de cette histoire tient dans le fait qu’elle parle arabe et qu’elle va devenir traductrice pur la justice puis pour la police. Payée au noir par l’état, comme les jeunes gens qui sont accusés en procès, je vous laisse imaginer le coté cocasse de la situation. Et puis, cette femme qui a atteint la cinquantaine ne rêve que d’une chose : offrir quelque chose à ses filles. Et sa vie simple va devenir un peu plu compliquée par un hasard et une prise de risque due au fait que pour la première fois de sa vie, elle va se prendre des initiatives. Bon, c’est un polar, alors elle va franchir la ligne jaune !

Il y a tant de choses dans ce roman mais aussi une justesse, un ton véridique, que l’on a l’impression d’entendre une confession. Et on en remet jamais en cause ce qu’elle nous dit. La narration est parfaite d’un bout à l’autre. Si vous ne le savez pas, l’un de mes auteurs favoris, toutes époques confondues est Thierry Jonquet. Eh bien, j’ai eu l’impression qu’il était revenu d’entre les morts pour nous offrir ce fantastique roman social. Superbe !

Je vous joint quelques liens vers des billets tout aussi enthousiasmants.

http://enlisantenvoyageant.blogspot.fr/2017/04/la-daronne.html

http://www.encoredunoir.com/2017/06/la-daronne-de-hannelore-cayre.html

http://leblogdupolar.blogspot.fr/2017/03/hannelore-cayre-la-daronne-une-femme.html

https://actudunoir.wordpress.com/2017/03/24/hannelore-cayre-revient-et-cest-bon/