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Buveurs de vent de Franck Bouysse

Editeur : Albin Michel

Après son transfuge de La Manufacture de livres à Albin Michel, ce roman était attendu avec beaucoup d’impatience mais aussi d’inquiétude. On retrouve dans ce roman toutes les qualités qui nous font craquer pour la plume magique de Franck Bouysse.

Au lieu-dit Le Gour Noir, la légende dit qu’un jour, un homme et une femme sont arrivés avec un enfant. Toujours est-il qu’Elie et Lina Volny furent parmi les premiers à habiter ce coin perdu, surmonté par un viaduc, laissant passer la voie ferrée. Les drames n’ont pas épargné cette famille ; Lina est morte trop rapidement et Elie fut amputé d’une jambe suite à un accident de travail à la centrale électrique. Alors, Elie essaya d’élever sa fille Martha du mieux qu’il put.

Martin est revenu de la guerre et il rencontre Martha dans un bal. Elle est sure qu’ils sont faits l’un pour l’autre. De leur union naît quatre enfants, Marc, Matthieu, Mabel et Luc. Chaque enfant va trouver un moyen d’échapper à ce lieu qui ressemble à une prison : Marc s’évade dans la lecture, Matthieu s’échappe dans la nature environnante, Mabel découvre les premiers plaisirs adolescents et Luc voyage dans sa tête plus lentement et est considéré comme un simplet.

Nul ne sait quand Joyce est arrivé au Gour Noir. Immensément riche, il a donné libre cours à son ambition, sa folie de possession. Il a racheté petit à petit tout le village, renommant les rues à son nom, et bâti la carrière, le barrage et la centrale électrique qui emploie tous les hommes du coin. Joyce est entouré d’hommes de main, Double et Snake, violents et sans morale ; même la police en la personne de Lynch lui rend des comptes.

Les quatre enfants, unis comme les doigts de la main, se réunissent au viaduc, et utilisent une corde attachée au viaduc pour prendre de la hauteur par rapport à la noirceur ambiante. De là-haut, ils voient la nature telle qu’elle est, la faune et la flore intouchées et intouchable, le vent ébouriffant leurs cheveux. Un drame va bouleverser la famille Volny et par voie de conséquence, le village.

Après l’extraordinaire Né d’aucune femme, on pouvait être inquiet quand à la suite qu’allait donner Franck Bouysse à son œuvre littéraire. Dès les premières phrases, on s’aperçoit vite qu’il a choisi de rester dans un environnement rural, dans le Massif Central, en pleine nature. Et la grande nouveauté est que nous avons là un roman avec de multiples personnages, ce qui va donner l’occasion de présenter beaucoup de thématiques.

Evidemment, grâce ou à cause de son précédent roman, beaucoup de lecteurs vont voir dans Mabel le personnage principal, et vont ressentir une certaine frustration quand ils vont voir défiler les autres personnes. Et pourtant, tous ont bien le même poids dans cette intrigue dramatique, qu’ils soient du coté des gentils ou des méchants. Et on a l’impression que c’est plus la vie du village qui intéresse l’auteur, que l’itinéraire de ses personnages.

Franck Bouysse va nous parler de fraternité, de loyauté, de l’adolescence et de la difficulté de passer à l’âge adulte, de la difficulté d’être parent, de lutte des classes, de la beauté de la nature, de la pureté des sentiments. J’ai plutôt eu l’impression que Franck Bouysse voulait nous raconter un conte, pour adulte certes, avec ce qu’il faut de magie dans les images, les décors, les événements, un conte moderne dans un monde intemporel. Et c’est toujours un plaisir immense de se laisser bercer par le style incomparable aussi subtil que poétique, digne des plus grands auteurs contemporains. J’en veux ce passage d’une simplicité évidente et d’une justesse

« La beauté est une humaine conception. Seule la grâce peut traduire le divin. La beauté peut s’expliquer, pas la grâce. La beauté parade sur la terre ferme, la grâce flotte dans l’air, invisible. La grâce est un sacrement, la beauté, le simple couronnement d’un règne passager. »

Si certains peuvent reprocher la dualité Gentils / Méchants, je l’explique surtout par la forme voulue de l’auteur de narrer un conte. Et dans cet exercice là, Franck Bouysse est un conteur hors pair. Seule la fin m’a laissé dubitatif, tant elle est en décalage par rapport à l’histoire et à la morale éventuelle qu’il a voulu mettre dans son histoire. Cela reste tout de même un roman à lire, comme tous les romans de Franck Bouysse.

Espace BD : Pendant les vacances, on bulle

Il est rare que je parle Bandes Dessinées parce que je ne suis pas un spécialiste du genre, et je n’ai pas la culture nécessaire et les références pour écrire un billet digne d’intérêt. Donc je ne peux que vous parler du plaisir que j’ai ressenti à la lecture de celles-ci. Voici donc trois BD qui m’ont procurées beaucoup de plaisir :

Holmes (1854/1891 ?) : Livre V – Le frère aîné

Scénario : Luc Brunschwig

Dessin : Cecil

Editeur : Futuropolis

Le docteur Watson continue son exploration de la jeunesse de Sherlock Holmes. Il va rencontrer l’ancienne nourrice de Mycroft et Sherlock. Elle va lui raconter le don de Mycroft pour les déductions logiques avec quelques indices, comment Sherlock découvre aussi ce don, et le rôle de leur mère dans les crises politiques qui secouent la Grande Bretagne en cette fin du XIXème siècle.

Je lis cette série depuis son début et il faut être patient puisque plusieurs années s’écoulent entre chaque parution. Mais quel plaisir à la lecture ! le scénario va donc montrer la lutte des classes à cette époque mais aussi les relations familiales, et l’explication de la dépendance aux drogues de Sherlock. L’air de rien, les auteurs nous proposent beaucoup d’explications, dans une narration qui m’a semblé plus fluide et facile à suivre que certains autres des tomes précédents.

Quant au déroulement, on retrouve toujours cet aller-retour entre le passé et le présent, illustré par des tons de couleurs différents ocre ou gris. Enfin, les dessins sont d’une beauté effarante, on a l’impression de voir des peintures, tellement détaillées, tellement fines, que cela ajoute un réel plaisir à la lecture, le plaisir des yeux. Indubitablement, je suis fan et je reste fan. Je suis prêt à attendre quelques années pour la suite.

Dans mon village, on mangeait des chats

Scénario : Philippe Pelaez

Dessin : Porcel

Editeur : Grand Angle

Années 70. Tout le village de Saïx raffole du pâté de Charon, le boucher qui est aussi le maire. Personne ne sait qu’il met de la viande chat. Sauf Jacques Pujol, qui le surprend un soir en train d’empoisonner les chats errants. Jacques Pujol est un adolescent atteint d’analgésie congénitale, donc il n’a jamais mal, surtout quand son père routier rentre à la maison et le corrige à coups de ceinturon. Jacques protège sa petite sœur Lily et sa mère qui se prostitue quand le père est sur les routes.

Jacques décide de mettre la pression sur Charon, en sous-entendant qu’il sait. Alors, Charon leur donne de la viande et des charcuteries gratuites pour acheter son silence, jusqu’à ce qu’il s’arrange pour le prendre comme apprenti. Charon est bien décidé à se débarrasser du môme gênant, mais Jacques arrive à lui mettre un pic en plein ventre et à mettre le feu à son laboratoire. Malheureusement, le soir, c’est le père Pujol qui perd l’équilibre en voulant lui mettre un coup de ceinturon et qui se tue. Jacques va donc être envoyé en ISES, Institution Spécialisée d’Education Surveillée, une prison pour adolescent.

C’est à un vrai roman noir que l’on voit se dérouler sous nos yeux, nous narrant une dizaine d’années de la vie de ce jeune adolescent, qui verse dans la violence et le banditisme. Si, au début, les auteurs nous offrent des traits d’humour, noir bien entendu, la suite reste bien sombre. Cette histoire nous montre l’importance du contexte de l’enfance sur la suite de la vie, à travers Jacques qui n’a connu que la violence aussi bien dans son village que dans sa famille. Et son passage à l’ISES ne va pas arranger les choses.

Les dessins sont à l’image de cette histoire, comme esquissés, montrant une certaine célérité et une rage en même temps qu’une noirceur dans les couleurs. Le découpage est particulièrement réussi et m’a rappelé par moments Watchmen avec le mixage de cases pour décrire une action. Cette histoire étant un « One-Shot », je regrette surtout que le début soit bien détaillé et que la suite soit si rapide. Cette vie dramatique de Jacques Pujol méritait certainement un deuxième tome.

Hit the road :

Scénario : Dobbs

Dessin : Khaled

Couleur : Josie de Rosa

Editeur : Comix Buro

1969, A Reno. Une jeune femme se fait tatouer. Elle se renseigne sur l’adresse d’un docteur peu regardant, avant de régler ses comptes.

Un homme sort de prison. Il rejoint son frère qui l’attend dans sa voiture. Ces deux-là sont prêts à prendre la route pour assouvir leur vengeance.

Vicky et Clyde vont se télescoper à Reno, la plus grande des petites villes des USA, et s’apercevoir qu’ils vont voir la même personne …

Voilà du vrai hard-boiled, qui prend place aux Etats-Unis, bien entendu. Tous les clichés sont là, l’homme et la femme, si ce n’est que les deux personnages sont aussi barrés l’un que l’autre. Le scénario est simple, le dessin remarquablement expressif et les couleurs alternent entre le bleu nuit et le jaune d’une journée ensoleillée. Avec du rouge sang. C’est violent, noir mais cela fait du bien de parler vengeance, loyauté et famille ! Dobbs, dont j’avais déjà apprécié ses adaptations de HG.Wells, confirme ici tout le bien que je pense de lui.

La crête des damnés de Joe Meno

Editeur : Agullo

Traductrice : Estelle Flory

Après Le blues de la Harpie que j’ai beaucoup aimé et Prodiges et miracles que j’ai zappé, ce roman là ne pouvait que passer entre mes mains. Les avis des blogs que je suis fidèlement étaient unanimes, la période évoquée (les années 90) me parle, les références musicales aussi. Bref, ce roman, il avait tout pour me plaire. Comme j’aime le suspense, il va vous falloir lire mon avis jusqu’au bout pour savoir ce que j’en pense.

Brian Oswald est un adolescent de 17 ans comme tous les autres. Il est affublé de grosses lunettes et n’est pas particulièrement beau. Il est amoureux de sa meilleure amie, Gretchen, qui est grosse mais a un esprit punk et non conformiste qui le séduit. Il passe tout son temps avec elle et ne souhaite qu’une chose : l’inviter au bal de fin d’année organisé par son lycée catholique de South Chicago.

Sauf que Gretchen est folle de Tony Degan, un suprémaciste dans toute sa splendeur (désolé, il fallait que je le fasse). Ce qui fait la différence entre Tony et Brian, c’est bien sa faculté à être à l’aise avec les autres et surtout les filles, enfin, les jeunes femmes. Car Brian se rend compte que grandir, cela veut dire passer de l’âge adolescent à l’âge adulte. Et cela veut dire que le monde apparaît tout de suite très compliqué.

Ce qui motive Brian, ce qui le fait vivre, c’est la musique. Il se lève en musique, chante de la musique dans sa tête, écoute de la musique dans la voiture de Gretchen. Il est persuadé qu’il la fera craquer en lui composant une cassette d’une compilation comprenant les meilleures chansons jamais écrites. Car c’est grâce à la musique, il en est persuadé, qu’il va réussir et grandir.

Que l’on soit clair, dès le début, ceci n’est pas un polar. Que l’on soit clair aussi, ce roman parle du début des années 90 et par ses références musicales, il parlera plus à un lecteur ayant dépassé la quarantaine qu’à un jeune d’aujourd’hui. Pour ceux-là, ce roman, par ses qualités de narration et surtout par son style parlé, honnête, vrai, il fera office de roman culte, comme c’est d’ores et déjà le cas pour moi.

Est-ce une autobiographie ? Est-ce une volonté de replonger dans cette époque mouvementée de la musique ? En tous cas, Joe Meno atteint son but : parler à la fois de la société américaine d’alors (mais a-t-elle réellement changée ?) très carrée, figée dans un modèle ultra conformiste, entre religion et respect des règles, et de la difficulté d’un jeune homme de passer au stade d’adulte.

Il serait erroné de résumer le roman à la vie d’un adolescent cherchant à tout prix à perdre sa virginité. Il y a tous ces moments de la vie de Brian, qui semblent tellement vrais, si communs qu’on les a tous vécus. Qui construisent un paysage fascinant parce qu’on a l’impression d’avoir vécu la même chose.

Entre refus d’un destin tout tracé, difficultés familiales et besoin d’être aimé, reconnu, Joe Meno nous offre un roman universel sur la nécessité de trouver sa place dans la société, quelle qu’elle soit. Et il illustre parfaitement la contradiction du passage à l’âge adulte, où il faut choisir entre faire partie d’un groupe et s’affirmer comme être humain unique. Comment devenir adulte dans une société ouvertement raciste ?

Accompagné d’une bande son qui m’a fait rêver, entre punk et hard-rock, en passant par le jazz (avec les formidables passages chez son ami Rod), ce roman souffle une tempête de nostalgie en citant beaucoup de chansons qui ont tant compté pour moi (et qui comptent encore). Il est amusant de voir apparaître pêle-mêle les Smiths, Black Flag, Les Ramones, les Misfits, les Dead Kennedys ou les New York Dolls, aux cotés d’AC/DC ou Van Halen. J’en ai même découvert beaucoup ! J’ai adoré, c’est un roman qui m’a fait grandir, même encore aujourd’hui. A noter Roman Culte !

Au passage, je tire un grand coup de chapeau à la traductrice Estelle Flory.

Les yeux fumés de Nathalie Sauvagnac

Editeur : Editions du Masque

C’est Coco qui a attiré mon attention sur ce roman, à coté duquel je serai passé, parce que, a priori, en lisant la quatrième de couverture, c’est un sujet tellement casse-gueule que je n’aurais pas osé tenter cette lecture. Et j’aurais eu tort, car ce roman a vraiment une âme, un ton pour dire les choses, un coté attachant.

Dans une cité faite de verticalités, il n’y a pas de place pour l’espace du rêve, pour imaginer l’horizon, un autre horizon. C’est la réflexion que je me suis faite pendant ma lecture. Il y a deux façons de vivre là : accepter ou se rebeller, subir ou fuir.

Philippe est le personnage principal de ce roman. Il vit dans une cité, chez ses parents et n’a pas tout à fait 18 ans, l’âge où il peut envisager de s’en aller. Avec la mère qui tient le ménage avec poigne et le père effacé et taiseux, il y a Arnaud l’aîné qui travaille dans un garage et les petits jumeaux. Philippe qui sèche de plus en plus de cours a donc du mal à trouver sa place dans sa famille mais aussi dans la société.

Alors il passe le temps, ce maudit temps, son ennemi. Il traîne dans la cité, vole un sandwich et une bière à midi et attends le soir. Heureusement, il y a Bruno, son ami, son seul ami. Bruno a la tchatche comme on dit. Il raconte ses voyages, les paysages qu’il a vus, les femmes qu’il a rencontrées. Il a vécu une vie de fantasme pour quelqu’un qui doit se résigner à s’allonger devant les barres verticales. Bruno dit-il la vérité ou invente-t-il ses aventures ? Au fond pour Philippe, cela n’a pas d’importance. Mais deux événements vont profondément bouleverser sa vie inutile.

Roman social par excellence, Les yeux fumés est une vraie découverte et une sacrée surprise venant d’une auteure que je ne connaissais pas. A lire la quatrième de couverture ou même mon humble résumé, ce n’est pas forcément attirant. Et pourtant, c’est bien par la simplicité de l’écriture que ressort la force (j’allais dire la puissance) de l’émotion. Et c’est de cette simplicité que se dévoile un tableau éloquent.

L’auteure nous montre tout le problème d’un contexte social qui n’a jamais été aussi brûlant. Il y a ceux qui veulent s’en sortir, et qui deviendront au mieux comptable dans un garage miteux et il y a ceux qui baissent les bras devant un combat perdu d’avance. Et certaines phrases ne manquent pas de le montrer. On pourrait ranger Philippe dans la deuxième catégorie et ce serait réduire le roman à une bien maigre partie de ce qu’il est.

Car c’est aussi un formidable portrait psychologique d’une génération de jeunes qui se sentent perdus, sans repères, qui grâce (ou à cause) des médias sont conscients de plus en plus tôt de ce qu’est la société et qui, devant le mur qu’on leur promet, se sentent démunis et sans armes pour l’affronter. C’est un portrait de jeunes original au sens où Nathalie Sauvagnac ne nous montre pas un irresponsable (comme on le voit ou lit souvent) mais la naissance d’un marginal découragé.

Divisé en deux parties (avant et après ses 18 ans, avant et après la famille, avant et après Bruno, avant et après …), ce roman ne prend pas de gants avec son lecteur, au sens où il montre tout, avec les mots de Philippe. Il n’est pas violent, mais juste dans ses paroles, dans ses expressions, vrai dans ses émotions. Et c’est par cette justesse qu’il arrive à toucher en plein dans le mille, par cette volonté de ne pas porter de jugement et d’écrire (décrire) une histoire ancrée dans le quotidien des cités.

J’ai essayé de ne pas paraphraser l’excellent billet de Yan que voici

Empire des chimères d’Antoine Chainas

Editeur : Gallimard – Série Noire

Ah ! Antoine, comme tu m’as manqué ! Comme tu nous as manqués ! Nous n’avions plus de nouvelles depuis 2013, à part des traductions d’auteurs américains. Te voilà en grande forme avec un roman grand format, très grand format !

1983. Les jeunes adolescents s’adonnent à des jeux de rôles. Le jeu qui fait fureur en ce moment se nomme Empire des chimères, et propose une aventure d’un groupe d’animaux dans un paysage d’apocalypse. Ce jeu a été créé par les studios hollywoodiens LIM qui, du fait de son succès, envisagent de créer un parc d’attractions sur ce thème. Son PDG Franck Forelong a d’ailleurs choisi l’Europe comme lieu d’implantation, et doit choisir entre la France et l’Espagne. Il fait appel à son ami d’enfance, Michaël Watkins, écrivain de romans de science fiction, pour l’aider dans cette tâche et donner une suite à Empire des chimères.

1983. A Lensil, il ne se passe jamais rien. La crise économique fait doucement agoniser ce petit village français. Alors les jeunes comme Julien préfèrent oublier leur quotidien et partir pour les contrées lointaines d’Empire des chimères. Alors qu’il fouille dans la chambre de son grand frère Jean pour trouver des exemplaires de Strange, il trouve une boite dont la décoration est un volatile mort, couché sur le dos. A l’intérieur de cette boite, il y trouve un doigt. Il préfère garder cette découverte pour lui et ne rien dire à personne.

1983. Le monde change mais le quotidien de Jérôme reste le même. Ancien de la guerre d’Algérie, il est maintenant garde-champêtre et, à ce titre, est le relais des gendarmes à Lensil. La jeune Edith a disparu à la sortie du lycée, après avoir quitté ses copines. S’il n’est pas officiellement chargé de cette enquête, la police et la gendarmerie comptent sur lui pour organiser les recherches et interroger les gens qu’il connait mieux que personne.

Si je devais qualifier ce roman par un adjectif, je dirai : ENORME. Enorme, autant par la taille que par le contenu, autant dans la forme que dans le fond. Le roman comporte plus de 650 pages, plus de 150 chapitres, et plus d’une dizaine de personnages. Pour autant, il ne faut pas être effrayé devant un tel pavé, mais plutôt prendre son ticket pour un voyage vers ailleurs, un monde à la fois microscopique et macroscopique, entre réalité et jeu, entre nature et humanité.

Ce roman est ce que j’appelle un roman de fou et un roman fou. Il brosse autant de paysages que de personnages, il brasse autant de thèmes que d’intrigues, il voyage autant dans le temps que dans l’espace. Car si ce roman est avant tout la vision d’un Auteur (avec un grand A) sur notre époque, il montre un recul suffisant pour se donner un aspect visionnaire même encore aujourd’hui, 30 ans après la période évoquée ici.

Les années 80 sont présentées comme une période charnière, qui va bouleverser tous les repères que le monde occidental a mis 40 ans à établir. Et chaque personnage de ce roman va être bousculé dans ses certitudes, de Jérôme qui a du mal à sortir du cauchemar de la guerre d’Algérie aux parents d’Edith qui cherchent à se raccrocher à une vérité, de Forelong qui court après le développement de l’industrie du divertissement aux adolescents fascinés par les jeux de rôles et qui sont confrontés à une réalité tout autant sordide.

Le roman va alterner les personnages, les points de vue et faire avancer les intrigues avec à chaque fois un seul objectif : mélanger les perspectives de vue du monde. Antoine Chainas déroule son roman comme un microscope, nous montrant des coléoptères cherchant à survivre puis en prenant du recul, nous donne une vision macroscopique de ce qui dirige le monde, à savoir, le fric, le fric et le fric. Entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, il y a l’Homme, et il n’œuvre pas que pour le Bien.

Avec une plume précise et moins extrémiste que dans certains de ses romans, Antoine Chainas nous emmène dans son monde, dans sa vision du monde. Et on ne peut qu’être emporté par sa vision, par son ambition, par sa passion. Il ne se retourne jamais en arrière pour voir si quelqu’un le suit, et poursuit son œuvre. Et Empire des chimères est, à mon avis, un de ses meilleurs romans, avec Versus. C’est indéniablement l’un des romans à ne pas rater en cette fin 2018. ENORME !

Ne ratez pas les avis unanimes de BazaartWollanup ; Marianne PeyronnetChristophe Laurent et Jean-Marc Laherrère :

Espace jeunesse : A la nuit je mens de Kara Thomas

Editeur : Castelmore

Traducteur : Cécile Chartres

Je vous avais parlé le mois dernier de Little Monsters, le premier roman de Kara Thomas à être publié en France. Je devais vous parler de son deuxième, sorti tout récemment. Mais comme j’ai du retard dans mes lectures, j’ai fait appel à mon amie Suzie qui m’a fait la gentillesse de m’offrir son avis que voici :

Bonjour amis lecteur. Me voici de retour pour vous parler d’un nouveau livre intitulé « A la nuit je mens » de Kara Thomas.

Récemment, mon ami et hôte Pierre vous a parlé de son livre précédent « Little monsters », livre que j’ai également lu et qui m’a suffisamment intriguée pour lire les autres romans de cette auteure. Cette dernière est connue sous les pseudonymes de « Kara Thomas » ou de « Kara Taylor » et elle écrit des romans « Young Adult » c’est-à-dire des histoires dont les héros se trouvent dans la tranche d’âge 15 – 20 ans à peu près. « A la nuit je mens » est son deuxième roman traduit en français après « Little monsters ».

Le titre anglais de  « A la nuit je mens »  est « The darkest corners » qu’on pourrait traduire par les coins les plus sombres. Si on compare les deux couvertures, vous constaterez qu’elles véhiculent deux messages différents. Pour l’original, cette dernière est composée de morceaux d’une photo qui aurait été déchirée et qu’on aurait reconstruite par la suite. Comme si la psyché d’un des personnages féminins aurait été morcelée et reconstruite selon une logique différente. Pour la version française, elle reflète l’aspect de se murmurer des secrets voire des mensonges à l’oreille. C’est la position typique de deux amies ayant une discussion hautement confidentielle.

Si on revient à la quatrième de couverture, le synopsis nous raconte une drôle d’histoire :  Celle d’une jeune femme de dix-sept ans qui revient dans la ville de son enfance, Fayette,  qu’elle a quittée il y a dix ans, après l’éclatement de sa famille. Son enfance a été marquée par son témoignage, avec sa meilleure amie, contre un homme qui serait un serial killer. Mais, les années passant, le doute s’instaure et lors de son retour dans cette petite ville, de nouveaux éléments émergent. Les apparences sont trompeuses et plus que trompeuses. L’auteur va en jouer pendant toute l’histoire.

Le personnage principal, Tessa, apparaît comme un personnage qui apporte un œil neuf sur le microcosme de Fayette. Après une absence de dix années, elle a évolué et elle revient avec ses doutes mais également des secrets qu’elle n’a jamais dévoilés à quiconque. Pour appuyer encore plus le point de vue de Tessa, l’histoire est racontée à la première personne du singulier. Cela renforce cette impression d’étrangeté.

Car c’est un personnage qui se retrouve entre le marteau et l’enclume. Elle connait le passé des protagonistes de cette histoire mais pas leur évolution, qu’elle a du mal à appréhender. De plus, cette transplantation forcée entre Fayette et la Floride a transformé Tessa. Elle est devenue beaucoup plus secrète, plus inquiète, ne supportant pas qu’on la touche, ainsi qu’indépendante. Elle a une conscience très forte des secrets qu’elle garde ainsi qu’une compréhension trop mature des relations avec sa famille.

Enfin, il y a une certaine culpabilité qui va l’accompagner pendant des années. Alors que Tessa est plutôt introvertie, Callie semble être son exact contraire. Elle semble être intégrée mais elle cache également d’autres secrets. En ce qui concerne les parents de Callie, ces derniers sont toujours sous le choc de l’homicide de leur nièce malgré le temps passé, en particulier la mère. Cette affaire d’homicide aura secoué cette petite ville et lorsqu’un autre homicide a lieu, les secrets et les mensonges ont tendance à remonter à la surface. Les autres personnages sont montrés par couches successives qui leur donnent du relief au fur et à mesure que Tessa va les côtoyer.

Si on regarde l’intrigue, cette dernière va comporter deux axes : le témoignage de Tessa et de Callie pour incriminer Wyatt Stokes ainsi que la famille de Tessa dont deux des membres ont brutalement disparu, sans laisser de traces. Dans la première intrigue, c’est celle qui va appâter les lecteurs et qui est décrite dans le synopsis. Elle démontre l’instrumentalisation des enfants c’est-à-dire, dans ce cas, la concordance du témoignage des deux fillettes jusqu’à obtenir une reconstitution unique pour pouvoir inculper un homme sur des preuves indirectes ainsi que leurs conséquences sur la vie des différents habitants.

La deuxième intrigue qui reste sous-jacente pendant une bonne partie de l’histoire est la recherche par Tessa de sa sœur. Cette dernière ayant disparu lors de l’homicide de sa meilleure amie, refait une brève apparition au début de cette histoire. Cela va pousser Tessa à chercher à comprendre comment la personne la plus importante de sa vie a pu disparaître sans laisser de traces. Cette intrigue secondaire met en exergue la recherche de son identité, la compréhension de ses racines à travers la recherche de cette sœur tant aimée. Mais, les secrets qui vont en émerger, vont modifier la vie de Tessa ainsi que celle de la ville. Mais, je ne peux vous en dire plus. A vous de le découvrir

Je ne connaissais pas cette auteure avant de lire son livre précédent « Little monsters » avec lequel elle a réussi à me surprendre. J’avais hâte de pouvoir lire celui-ci et cela m’a fait le même effet que le précédent, surtout la fin. J’ai eu droit à un retournement de crêpe. L’auteure passe son temps à vous balader entre les différents secrets des uns et des autres, leurs mensonges, leurs problèmes et leurs doutes. Elle nous appâte avec une intrigue assez controversée : le témoignage d’enfants dans un procès pour de multiples homicides avec des problèmes bien spécifiques comme la concordance des faits, la préparation des témoins, la divulgation des preuves, … Et de cette intrigue primaire, l’auteure nous fait rebondir sur une intrigue secondaire qui va, au fur et à mesure, passer au premier plan pour nous emmener vers une conclusion très particulière. J’attends avec une grande impatience son prochain roman et je me demande à quelle sauce Kara Thomas compte nous déguster. Sur cela, je retourne dans ma cave avec de nouvelles provisions et j’espère que vous apprécierez les différentes thématiques de ce livre. Bonne lecture à tous et à bientôt. 

Glaise de Franck Bouysse

Editeur : Manufacture de livres

Franck Bouysse est unique dans le paysage littéraire français. Il inscrit ses histoires dans la campagne française, et possède une plume faite de violence, de poésie et de couleur noire, comme la terre qu’il dessine si bien. Glaise est une nouvelle fois un excellent roman.

Aout 1914. A Chantegril, petite bourgade proche de Salers, la guerre vient s’imposer dans le quotidien des fermiers brutalement. Chez les Landry, la ferme est tenue par la grand-mère Marie puisque son mari a été foudroyé huit ans auparavant. Mathilde et son mari y habitent avec leur fils Joseph, âgé de 15 ans. Le père s’apprête à partir à la guerre, confiant la famille au dernier homme de la famille. Heureusement, Joseph pourra compter sur le vieux Leonard, qui habite à coté et qui vit avec sa femme Lucie.

Un peu plus loin, on trouve la ferme de Valette dont tout le monde a peur, tant c’est un violent de nature. Son physique aide aussi à ce qu’on le déteste avec une main réduite en bouillie. Sa femme Irène le supporte, subit ses colères, encaisse ses coups, surtout depuis que leur fils Eugène est parti à la guerre. L’équilibre de la petite bourgade va basculer quand la belle-sœur de Valette débarque avec sa fille Anna. Et l’histoire devenir un drame dont personne ne sortira indemne.

La plume de Franck Bouysse est magique. Les premiers chapitres décrivent le départ du père de Joseph pour la guerre et dès les premières pages, je peux vous dire qu’on en a la gorge serrée. Il ressort de ces mots une puissance émotionnelle qui s’avère universelle et plonge immédiatement le lecteur dans le contexte et dans ces décors campagnards. Ces pages sont tout simplement impressionnantes.

Dans cette histoire aux allures intemporelles, Franck Bouysse se place loin de front de la guerre et la vie continue son chemin en ayant bien peu d’informations sur ce qui se passe réellement. L’auteur va donc décrire un village, comme un huis-clos, et placer en pleine nature des familles avec leur histoire, leur rancune, leurs activités quotidiennes et leurs préoccupations minées par la menace d’un conflit qui leur parait empreint de mystère.

Franck Bouysse va dérouler une intrigue qui se situe entre drame familial, ressentiments passés, amours impossibles et émancipation d’un adolescent. Le personnage central va petit à petit découvrir les liens entre les différents fermiers et découvrir l’amour charnel avec Anna, entraînant des événements dramatiques en chaîne.

Même si le rythme est lent et suit celui des éleveurs de bêtes, c’est bien la force d’évocation de l’auteur qui en fait un roman fascinant et passionnant à suivre. Franck Bouysse arrive à insuffler dans sa prose des phrases d’une poésie envoûtante, des images incroyablement fortes, et il possède une capacité d’évocation des paysages qui font de ce roman exceptionnel en ce qu’il a su créer son propre univers avec son propre style. Franck Bouysse est énorme aussi bien dans le fond que dans la forme et il est unique. Glaise en est une nouvelle fois une excellente démonstration.

Ne ratez pas les avis de mon ami Bruno, de la Belette et de Bob tous unanimes.

Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet

Editeur : Jigal

J’avais été impressionné par son premier roman, Seuls les vautours, et fait l’impasse sur le deuxième, uniquement parce que la quatrième de couverture parlait de serial-killer. Retour aux premières amours donc pour Nicolas Zeimet puisque son roman parle d’un retour à Duncan’s Creek , la ville de Seuls les vautours, mais aussi choix d’un sujet plus intime, plus américain. Et c’est encore une fois une formidable réussite.

Jake Dickinson, libraire à San Francisco, a écrit un roman qui a connu un beau succès d’estime avant de connaitre la panne sèche. C’est un peu comme si le destin s’acharnait sur sa vie, comme s’il voulait lui rappeler l’incompréhension qu’il a subi, marquer au fer rouge ses erreurs. Quand Samantha Baldwin l’appelle, lui demandant d’une voix souffreteuse de le ramener à la maison, il ne peut résister à cet appel. Car il lui doit tant.

Il prend donc la route en direction de Los Angeles, mais arrive malheureusement trop tard. Son corps est allongé dans une chambre miteuse, ses bras comportant des traces de piqûre. Overdose, simple mot si compliqué, qui clôt tout ce qu’on peut vouloir dire, avant qu’un simple son ne puisse sortir. Alors Jake se rappelle : c’était il y a trente ans, ils étaient trois, adolescents, insouciants.

Jake Dickinson, Samantha Baldwin et Ben McCombs étaient trois adolescents comme les autres. C’est la veille d’Halloween que leur amitié a réellement pris forme, quand Sam a eu l’idée de tourner un film d’horreur. Puis, les années passant, ils ont connu les joies, les peines et la difficulté de passer à l’âge adulte, jusqu’au drame. Ils ont par la suite suivi leur chemin, quittant tous Duncan’s Creek sauf Ben qui reprendra la ferme des parents. Mais leur secret restera à jamais enfoui.

Avec ce roman, Nicolas Zeimet, que j’ai lâchement abandonné pour Comme une ombre dans la ville, je retrouve tout le bien que je pensais de lui. Je dirais même plus : Avec Retour à Duncan’s Creek, il passe dans la cour des grands auteurs, toute nationalité confondue. Loin de céder aux tentations faciles de plonger dans le pathos inutile, il nous présente trois jeunes gens marqués par la vie, fort bien campés dès le début du roman : Sam, la seule fille du groupe, est une battante cherchant à oublier son environnement familial ; Ben est en retrait, lesté par un complexe d’infériorité du à son physique ; Quant à Jake, il lui faut quitter la ville qui a vu la mort de son frère aîné et l’étouffement qu’il ressent auprès de ses parents.

De la Californie à l’Utah, en passant par l’Arizona et le Nevada, Jake va suivre sa route jusqu’à sa destination maudite, se rappelant les moments, bons et mauvais souvenirs, ancrés en lui comme des cicatrices ineffaçables sur sa peau. Evidemment, on est pris de sympathie pour ces jeunes, lancés à toute vitesse sur un monde trop grand pour eux, où les adultes les ont fait grandir trop vite, trop fort, trop brutalement.

Si Nicolas Zeimet impressionne par sa façon de rester en retrait, comme fasciné lui-même par l’histoire qu’il a créée et par ses personnages inoubliables, il n’en reste pas moins qu’il arrive à nous plonger dans des scènes émotionnellement fortes, qui m’ont personnellement touché, ébranlé, et même effrayé. Comprenez-moi, il n’y a aucun passage horrifique, mais certains passages sont littéralement prenants dans leur façon de montrer l’inhumanité des hommes et l’injustice de la vie.

De ces chroniques de la vie, bercées par les musiques des années 80 & 90 qui fleurent bon la nostalgie, il me restera tant de choses, tant de scènes, tant de phrases. Il y aura surtout ces trois ombres, ces trois êtres faits de chair et de sang, qui ne voulaient qu’une chose : avoir le droit de rêver. En fait, je n’ai envie de dire qu’une seule chose : Merci M. Nicolas Zeimet !

Ne ratez pas l’avis de Vincent Garcia

Espace Jeunesse : Bleu Blanc Sang tome 3 de Bertrand Puard

Editeur : Hachette

Si vous lisez ce billet, c’est que vous avez déjà lu les deux premiers tomes. Si ce n’est pas le cas, je vais essayer de ne pas spolier les événements qui ont eu lieu dans les 2 précédents romans.

Quatrième de couverture :

Un mois et demi a passé depuis les terribles évènements qui ont clôturé la chasse aux tableaux de Justine Latour-Maupaz et qui ont fait vaciller le pouvoir en place. Retirée dans un manoir à la campagne, Eva Brunante se remet peu à peu de ses traumatismes en retrouvant les joies de la création, et en jurant qu’on ne l’y reprendra plus à jouer les héroïnes de thriller.

Pourtant, lors du vernissage de l’exposition-événement consacrée à l’artiste, au Louvre, un jeune homme venu des États-Unis surgit et confie à Eva posséder de quoi bouleverser à nouveau la donne autour de Justine Latour-Maupaz mais surtout autour de l’histoire de l’art tout entière.

Dans l’ultime tome de cette trilogie, Eva ira de surprise en surprise et apprendra que tous ces évènements autour de l’artiste n’étaient que les premiers soubresauts d’une rude bataille à venir.

Mon avis :

Avec un tel suspense à la fin du deuxième tome, je pensais que nous allions redémarrer dans la foulée … eh bien non ! Nous voilà transportés 6 mois après la fin du 2ème tome. Du coup, on se retrouve projeté en novembre 2018.

De nouveaux personnages font leur apparition, dont Caïssa, une jeune femme qu’un vieux monsieur va initier aux échecs, et un chef d’entreprise américain, christophe LAMBERT qui va hériter de l’entreprise de son père à la mort de ce dernier. Sauf qu’au même moment, il apprend que son père n’est pas son père biologique. Cela va l’amener à rejoindre la France alors qu’une exposition sur Justine Latour-Maupaz va être inaugurée.

Alors que les deux premiers tomes laissaient à beaucoup d’action, ce n’est plus le cas ici. On se retrouve avec une intrigue qui passe d’un camp à l’autre (voir mes précédents avis) mais cela ressemble plus à une résolution d’une énigme liée aux racines de chaque famille.

Si le style s’affirme, je trouve que ce roman s’adresse à des personnes plus âgées que les 15-16 ans visées initialement. Ou alors, l’auteur considère-t-il que son lectorat a grandi avec la lecture de ses romans ? Ce en quoi il n’aurait peut-être pas tort. Car je l’ai déjà dit et je le répète, il y a dans ces romans une initiation à la vie politique, les relations entre l’économie et la politique, les influences des lobbyistes, qui doivent permettre d’ouvrir les yeux aux plus jeunes.

Reste que la conclusion me laisse un peu perplexe : Je suis d’accord sur le fait que le monde de demain sera construit par les jeunes d’aujourd’hui. Pour autant, la destruction totale est-elle nécessaire ? Il m’a manqué un message plus positif, plus fédérateur dans cette fin qui laisse certes le lecteur réfléchir, mais qui sous-entend des solutions violentes qui n’en sont pas. Ceci dit, si un livre fait réagir, c’est qu’il est très bon … Et puis, le dernier chapitre est peut-être le premier pas vers un quatrième tome ?

Mon avis sur le tome 1 est ici

Mon avis sur le tome 2 est ici

Avant le polar de Pierre Fournel

Editeur : Editions Dialogues

C’est d’un recueil ou d’un roman bien particulier dont je voudrais parler dans ce billet. D’ailleurs, le sous-titre est explicite et attire la curiosité du lecteur de romans policier : 99 notes préparatoires à l’écriture d’un roman policier. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je me suis beaucoup amusé.

Quatrième de couverture

Que se passe-t-il dans la tête de l’auteur de polar lorsqu’il doit mener l’enquête ? Sur quelles règles et sur quels indices peut-il s’appuyer pour percer le mystère de ce corps de jeune fille, retrouvé étendu sous un arbre du parc Montsouris, les habits déchirés et le sexe meurtri ? Ces 99 notes préparatoires sont à la fois le récit de l’enquête et le récit de la quête : pendant que le lieutenant Maussade cherche le (ou la) coupable, l’auteur construit son polar. Là, nous sommes juste avant le moment de la vérité.

Mon avis :

Un petit mot sur l’intrigue : le corps d’une jeune fille est retrouvé dans le parc Montsouris, à Paris. Elle avait 14 ans, et a été violée et sauvagement tuée. Le lieutenant Emmanuel Maussade, nom difficile à porter pour quelqu’un qui n’est pas dépressif, mène l’enquête. Entre les amies, les professeurs, la famille, les pistes sont nombreuses. Et l’auteur nous concocte une intrigue qui est digne d’un très bon polar.

Là où ce roman devient amusant, c’est la forme utilisée. Le roman est découpé en notes de 1 à 99, qui, soit font avancer l’intrigue, soit donnent des conseils au futur auteur qui lirait ces conseils. Les notes qui font avancer l’intrigue sont en général courtes (de la taille d’un paragraphe), le but de l’auteur n’étant pas d’écrire un polar et d’en faire des tonnes, mais plutôt de donner des idées à développer. Du coup, cela se révèle rapide et très efficace. J’en prends pour exemple la description d’un personnage en 2 ou 3 lignes ou même des dialogues qui ne dépassent pas une demi-page.

Comme l’auteur veut nous donner des conseils pour écrire un polar, il se contente de proposer des scènes tout en y mettant ses propres remarques ou ses conseils. On y trouvera pêle-mêle le placement du meurtre et du lieu, la description du lieutenant (dépressif, alcoolique, joueur, gai ou triste, marié ou non …), la création du commissaire, personnage central puisqu’il met la pression pour avoir des résultats, le positionnement des personnes interrogées, les différentes scènes qui finalement suivent un ordre logique …

Par moments, cela ressemble à une analyse de la façon dont sont construits beaucoup de romans policiers … mais pour autant l’auteur ne se pose jamais comme un donneur de leçons. Il donne des pistes, voire par moments se moque de certains aspects (par exemple, il serait bien d’envisager que le commissaire soit handicapé, voire qu’il soit noir !). C’est un des points que j’ai adoré dans ce projet, cette autodérision, cet humour qui fait qu’on ne se prend pas au sérieux. On sent bien que l’auteur s’est amusé à la fois à créer et écrire son histoire et par voie de conséquence, on s’amuse beaucoup à la lecture.

La preuve que l’auteur ne se prend pas au sérieux, c’est qu’il propose au futur auteur qu’il conseille, d’écrire un scénario25 de téléfilm (ou mieux, une série, qu’il appellerait « Lieutenant Maussade »). Il se moque de son intrigue, en rajoute même par moments, caricature des traits, et se garde bien de faire un roman noir, social ou politique. Ce roman se veut un exemple auquel il ajoute des conseils, et n’hésite pas à rappeler que l’on parle ici de divertissement.

C’est une bonne façon aussi d’éviter de se prendre au sérieux. Au second degré, j’ai trouvé cela très drôle. Car l’auteur ne ment pas sur son objectif : créer du divertissement. Et c’est à la fois un pari réussi, et à la fois une mine de renseignements pour ceux qui voudraient se lancer dans l’écriture. Et puis, le plus dur, pour les futurs auteurs reste à faire : faire preuve de créativité et de talent. Et cela, ce n’est pas donné à tout le monde !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul