Les assassins de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Pour un fan de Roger Jon Ellory, avoir la chance de lire deux romans de cet auteur à quelques mois d’intervalle est une chance, voire même un véritable cadeau. Il y a quelques mois, j’avais mis un coup de cœur pour Papillon de nuit, un roman d’initiation qui fouille et revisite l’histoire contemporaine des Etats Unis. Celui-ci est un roman sur les tueurs en série, qui part d’une idée géniale …

Jersey city, 1984. John Costello a 16 ans. Il travaille dans la boulangerie de son père, et fait en parallèle des études. Sa mère est morte, et son père, alcoolique, essaie de faire au mieux pour parfaire l’éducation de son fils. Un matin, une jeune fille à l’accent russe lui demande du pain irlandais. Elle s’appelle Nadia. Elle sera son premier amour. Ils se reverront, ils s’embrasseront, ils feront l’amour pour la première fois.

Puis, lors d’un rendez vous dans un parc, un homme surgit avec quelque chose dans la main. Il leur dit « Je suis le marteau de Dieu », avant de frapper Nadia et de la tuer. Il tente de tuer aussi John mais le blesse. Quelques temps après, la police arrête Robert Melvyn Clare, auteur de cinq assassinats de jeunes adolescents. Sa culpabilité ne fait aucun doute, il a avoué. 3 semaines plus tard, Robert Melvyn Clare se pend avec des draps à l’hopital psychiatrique d’Elizabeth.

Juin 2006. Il y a tellement d’assassinats à New York que personne ne fait le lien entre eux, surtout quand ils ont lieu dans des arrondissements différents. Et pourtant, Ray Irving va être confronté à un meurtre de Mia Grant, 15 ans. D’après ses parents, elle avait trouvé un petit boulot par une petite annonce.

Au New York City Herald, Karen Langley, responsable des faits divers, écoute son enquêteur-documentaliste lui parler de ce meurtre qui ressemble en tous points à un meurtre précédent, perpétré par un tueur en série. Le documentaliste veut écrire un article mais demande que Karen le signe : Un tueur imite à la perfection les plus grands tueurs en série en réalisant une mise en scène strictement identique. Karen préfère attendre. Mais quand deux autres meurtres font leur apparition, elle contacte Ray Irving. Son enquêteur ne peut pas se tromper, il connait tout par cœur, il s’appelle John Costello.

Quelle idée géniale que ce tueur qui copie à chaque meurtre le scenario d’un meurtre précédent perpétré par un tueur en série ! Mais avoir une excellente idée ne suffit pas pour faire un bon roman. Et tout le talent de Roger Jon Ellory est bien de mettre en avant ses personnages, laissant le tueur œuvrer dans l’ombre. En ce sens, ce roman apparait comme un formidable roman psychologique, mâtiné d’une tension permanente.

Car les trois personnages ressemblent comme trois gouttes d’eau à ce qu’est une grande ville comme New York aujourd’hui : une fantastique mégalopole où tous les quartiers sont isolés les uns des autres. Ray Irving, vit reclus, seul depuis la mort de sa femme. Karen Langley, à la tête de la rubrique faits divers, donne tout à son travail et n’a pas le temps pour autre chose. Quant à John Costello, depuis la mort de Nadia, ressemble à un expert des tueurs en série, mémorisant tous les assassinats et ne fréquentant personne à part Karen. Ces trois personnages vont évoluer dans une horreur, un mystère insoluble.

Si certains passages peuvent paraitre un peu longs, Roger Jon Ellory arrive à faire monter le stress et je peux vous dire que les deux cents dernières pages, qui concernent le meurtre d’une famille complète comme cela a été fait dans l’affaire d’Amityville sont un pur chef d’œuvre de littérature à suspense, passant d’un personnage à l’autre, décrivant par petites phrases l’action, et tenant le lecteur en haleine.

Quant à la fin, elle est d’une logique implacable, même si on ne sait pas jusqu’au dénouement l’identité du coupable, même si on ne connait pas les motivations du coupable. Mais peut-on réellement donner une explication rationnelle à quelque chose d’irrationnel ? Ce roman est un livre marquant, éprouvant, inoubliable, un nouveau grand roman écrit par cet auteur qui n’arrête pas de me surprendre à chaque lecture.

Ne ratez pas les avis de Yvan, Stelphique et Mimipinson

22 réflexions sur « Les assassins de Roger Jon Ellory (Sonatine) »

  1. je viens d’acheter  » Les neufs cercles », j’attendrai la sortie de celui ci en poche histoire d’avoir le temps de lire le premier cité !! j’ai du lire q’un ou deux bouquin de l’auteur, j’avoue que la polémique autour de lui concernant une certaine pratique douteuse m’avait éloigné de lui. Je te salue au passage mon petit poulet !

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    1. En ce qui concerne la polémique, je dirais que tout le monde a le droit de faire une connerie. ça n’enlève rien à la valeur de ses bouquins. Cette année il nous a donné un formidable roman (Papillon de nuit, coup de coeur) et celui ci qui est excellent. Pour ton info, ma poule, je trouve Les neuf cercles un ton en dessous de ces deux là. Bises mon ami du sud

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  2. Bonsoir Pierre,
    Je viens de le débuter et je dois dire que le début de son histoire d’amour, je ne l’avais pas interprétée comme tu l’écris. Je vais donc relire les dernières pages. Je n’en suis qu’au tout début et tant mieux d’avoir lu le début de ta chronique. Je n’ai, bien entendu pas continué à
    la lire, je me laisse la surprise.
    Bises et à bientôt.
    Geneviève

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  3. Bonsoir Pierre,
    Je viens de le terminer fin d’après-midi. Oui, je n’ai pas eu l’occasion de pouvoir le lire en quelques jours. Cela n’a pas du tout nuit à l’essence du livre grâce au talent de l’auteur dans un registre totalement différent. J’ai adoré d’abord l’écriture, quel délice. La construction du livre, fouillée, remplie de détails, où j’ai été plongée dans la réalité de Ray Irving, de sa personnalité, du fait que dans ce métier tout n’est vraiment pas rose. Il fouille aussi le métier l’auteur. Et cerise sur le gâteau nous livre une succession de crimes « copycat » qui ont été fomentés par des serials killers pour terminer par le massacre à Amityville de toute une famille. Le mot « commémorateur » un mot inventé ? 🙂 L’auteur s’est basé sur des faits réels en y mélangeant avec astuce de la fiction. Tout se passe dans une forme d’intemporalité à New-York. La fin ? Une logique implacable qui m’avait vraiment échappée quant aux dates d’anniversaires des meurtres. Coup de maître de la part de l’auteur. Nous mettons la vitesse supérieure, un régal au niveau suspens. Je n’en dirai pas davantage pour ne rien dévoiler.
    J’ai retrouvé dans ce livre, un peu de la tournure de « Seul le Silence » dans certaines pensées émises par Ray Irving, ceci comme par le héros, de ce livre.
    Un livre à lire, certes, certes. Oui, oui, 🙂 Avec enthousiasme pour ma part.
    Bonne soirée Pierre.
    Bises. Geneviève

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