Tant de chiens de Boris Quercia (Asphalte)

Attention coup de cœur !

Pour son précédent roman, Les rues de Santiago, je lui avais déjà donné un coup de cœur, ici. Ce roman reprend le même personnage de flic, Santiago Quiñones, et Boris Quercia en profite pour continuer son autopsie de la société chilienne. Bienvenue dans du pur Hard-boiled dans la plus pure tradition du genre.

Santiago Quiñones est au cœur d’une fusillade, comme dans le premier roman. Sauf qu’il est avec son collègue et ami Jimenez. Ce dernier n’a pas de chance, une balle lui transperce la cuisse. Quand les forcenés lâchent des chiens, quatre énormes Rottweilers, Jiménez ne peut se défendre. Les bêtes le prennent à la gorge. Jiménez ne s’en sortira pas.

Santiago Quiñones passera quelques jours à l’hôpital, puis retournera à son poste. Il a à peine le temps de se remettre de cette descente de folie, contre des trafiquants que les bœufs-carottes lui tombent dessus. Ils sont deux, persuadés que Jiménez était un pourri. Si Santiago pouvait tomber aussi, cela améliorerait leur compteur.

Et puis, il y a Yesenia. Elle est belle comme le jour, connait Santiago ; ils habitaient le même quartier. Il est le seul à pouvoir l’aider. Elle veut tuer son beau-père. Elle lui raconte comment il a abusé d’elle, comment sa mère n’a jamais rien fait pour l’aider, comment la police n’a rien fait, comment la justice l’a innocenté. Comment faire autrement sinon le tuer comme un chien ? Santiago accepte de voir ce qu’il peut faire. Mais cela va s’avérer être une bien mauvaise idée.

Si vous pensez, comme moi, avoir déjà tout vu, tout lu dans le domaine du polar, comme cela m’arrive (rarement, heureusement), détrompez vous et jetez vous sur ce roman noir immédiatement. Nous sommes dans le domaine du hard-boiled, le pur, le dur, le vrai. Nous sommes dans une société qui n’en a rien à faire des gens, dans une société où seuls l’argent et le pouvoir importent. Et, parfois, il existe des gens qui aident les autres, ceux qui ne cherchent qu’à survivre.

Boris Quercia dégaine son revolver pour écrire ce roman. Les chapitres sont courts, les phrases claquent comme des coups de feu, et le suspense est haletant, presque intenable. Il nous montre la vie des gens, au Chili, obligés de vivre dans un contexte ultra-violent, obligés de subir les agressions, les meurtres, les drogués, les obsédés sexuels. Il nous montre une société où la morale n’existe plus, où même la vie humaine n’a plus de valeur.

Et Boris Quercia nous construit cette intrigue en la complexifiant au fur et à mesure. D’une simple affaire de vengeance pour dépanner une ancienne voisine, Santiago va s’enfoncer dans des affaires tout simplement incroyables. Et comme cela va à une vitesse de folie, je n’ai pas relevé la tête, mais plutôt encaissé les coups que Boris Quercia m’a distribué, sans aucune pitié, sans aucun remords (clin d’œil, au passage, à M. Nicolas Lebel).

Ce roman est d’autant plus exceptionnel qu’il n’est pas dépourvu d’émotions. Ecrit à la première personne du singulier, nous avons droit à tous les états d’âme de Santiago. Mais nous avons aussi des chapitres racontés par les gens qu’il rencontre ou interrogent. Ceux-là sont d’une puissance émotionnelle incroyable (c’est la deuxième fois que je le dis), d’une violence à la limite du soutenable (sans effusion de sang). Dans ces chapitres, on y montre des atteintes à la dignité humaine qui m’ont révolté. Et pourtant, j’en ai lu, des romans de tous genres, je peux vous le dire.

Avec son personnage humaniste, obligé de courir pour sauver sa peau, Boris Quercia nous montre une société inhumaine, animale, peuplée de chiens assoiffés de sang, d’argent, de pouvoir. Il nous construit un roman d’une puissance d’évocation incroyable (et de trois !), qui ne pourra que vous toucher dans ce que vous avez de plus cher. Vous l’aurez compris, c’est un roman inoubliable, un coup de cœur !

Ne ratez pas les avis unanimes de BMR-MAM, des amis Yan, et Jean-Marc.

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8 réflexions sur « Tant de chiens de Boris Quercia (Asphalte) »

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