Une contrée paisible et froide et Clayton Lindemuth (Seuil)

Attention, accrochez-vous ! Car ce roman que l’on pourrait qualifier de rural est en fait un sacré roman noir comme savent nous les offrir les Américains. Ils ont en effet pour eux les grands espaces, ces petites bourgades perdues au fin fond de nulle part, et ce système juridique qui permet aux sheriffs d’être élus et ensuite, de pouvoir faire ce qu’ils veulent, étant des sortes de rois dans leur petit royaume. Poussant à l’extrême sans jamais tomber dans la caricature, Clayton nous donne un roman à la tension incroyable.

Avant de parler du sujet du roman et des premières pages, il faut juste que je vous prévienne d’un aspect du livre qui m’a désarçonné au début. Ce livre est un roman choral, ou du moins un roman à plusieurs voix. En effet, chaque chapitre montre un personnage ou plusieurs. Pour autant, il n’y a pas d’indication ni en tête de chapitre, ni dans la narration, ce qui fait qu’au début de la lecture, il faut accepter ce fonctionnement. Pour autant, ce n’est pas un roman choral puisque l’écriture n’est pas à la première personne pour tout le monde. Par contre, elle l’est pour les deux personnages principaux …

L’action se situe dans Wyoming, dans un village perdu au fin fond de la campagne. Le village s’appelle Bittersmith, du nom de son créateur. Aujourd’hui, le sheriff se nomme aussi Bittesmith. C’est son arrière grand père qui a créé le village et depuis, dans la famille, on est sheriff de grand-père en père en fils. Bittersmith a maintenant 72 ans. Les conseillers municipaux ont décidé de ne pas renouveler son mandat. Ils ont osé le virer comme un malpropre ! Lui qui a donné sa vie pour ce village ! Il lui reste donc une journée de travail, demain il deviendra un citoyen comme un autre … sauf que cela fait 40 ans qu’il n’est pas un citoyen comme les autres.

C’est une sale journée, la tempête de neige menace, le temps aussi a décidé de pourrir la vie de Bittersmith. Quand Fay Haudesert appelle au bureau pour signaler la mort de son mari, le sheriff décide d’aller voir sur place, et rejoint la ferme qui est isolée à la sortie du village. Son mari Burt a été assassiné, une fourche est plantée dans son cou. Pour sur, l’assassin se nomme Gale G’Wain, un jeune issu de l’orphelinat que la famille a recueilli. D’ailleurs, Il a du prendre en otage Gwen, la fille Haudesert de 16 ans, puisqu’elle a disparu.

C’est donc une course poursuite qui s’engage dans cette contrée perdue, recroquevillée sur elle-même, une course poursuite sous haute tension. Car en donnant le point de vue de chacun eu fur et à mesure que l’action avance, cela instaure une incertitude sur ce qui se passe pour les autres personnages. Et comme nous sommes face à un drame, avec des personnages hors de tout contrôle, on est pendant toute la lecture sur le qui-vive.

Car cette histoire est étayée par de sacrés personnages. Ils sont bien une dizaine, et chacun à sa façon est marquant, difficile à oublier, même si Bittersmith et Gale tiennent le haut du pavé. D’autant plus que d’une situation simple, Clayton Lindemuth va la compliquer en faisant entrer en jeu une sorte de société parallèle telle que le Klu Klux Klan qui domine la gestion du village. Gale va donc se retrouver avec les flics, les frères de Gwen, cette pseudo-secte et le sheriff aux trousses …

Si tout cela va déboucher sur un final de haute volée, qui va s’étaler sur plus de 100 pages, c’est aussi et surtout le style qui retient l’attention. On est sur un sujet bien noir, avec des personnages clairs dans leurs motivations et le style en est tout simplement brillant. De la beauté des paysages aux dialogues excellents, j’ai eu l’impression que tout le roman page par page est juste inoubliable. On ne peut que louer le talent de cet auteur, dans ce premier roman à nous raconter cette histoire avec des personnages tous plus horribles les uns que les autres. Nom de Dieu ! on dit que la nature est sans pitié ! Mais ce n’est rien comparé aux hommes quand ils sont des bêtes.

Ce roman est tout simplement incroyable, d’une force rare, d’une noirceur éclatante.

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16 réflexions sur “ Une contrée paisible et froide et Clayton Lindemuth (Seuil) ”

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