Iboga de Christian Blanchard

Editeur : Belfond

Voilà un roman bien particulier qui mérite l’attention. D’autant plus que la phrase d’accroche de la couverture est signée Karine Giebel et dit : « Une plongée saisissante dans l’âme humaine. Une vraie réussite ». En tous cas, elle est suffisamment mystérieuse pour attirer l’œil et aiguiser l’appétit de lecture.

Jefferson Petitbois a 17 ans. Jefferson Petitbois est noir. Il vient d’être condamné à mort et, en ce jour du 28 octobre 1980, il attend sa sentence. Jefferson Petitbois a tué 11 personnes et violé une jeune fille. Il ne nie pas ses meurtres, tout juste affirme-t-il qu’il n’était pas seul, mais accompagné de son mentor, un certain Max. Max l’avait recueilli alors qu’il était orphelin et fugueur … mais personne n’a jamais rencontré Max.

Dans la première partie, Jefferson va attendre sa fin, être transféré à la prison de Fresnes. Il va être enfermé dans une cellule qui jouxte la salle de mort, où trône Louisette, la guillotine. Il entend parler des sursauts de la société française, la possibilité de l’élection d’un socialiste qui est contre la peine de mort. Mais il ne comprend pas ce qui se raconte, il est très peu allé à l’école. Et puis tout cela ne l’intéresse pas. Il se résout à mourir.

10 mai 1981. Le peuple français désigne à la tête de l’état François Mitterrand. Quelques jours plus tard, Jefferson bénéficiera de la grâce présidentielle, et sa peine sera commuée en emprisonnement à perpétuité. Sa vie va donc se transformer en attente d’une fin très longue. Il va trouver quelques compagnons originaux et rencontrer une psychiatre. Peut-être aura-t-il la possibilité de sortir un jour ? Mais qui est Max ?

Ce roman est un sacré tour de force, puisqu’il va nous raconter à la première personne la vie d’un détenu, vue de l’intérieur. C’est donc un pur roman psychologique qui va nous faire passer par tous les sentiments. Et ce qui est fort, c’est que jamais l’auteur ne va nous faire ressentir de l’empathie envers cet assassin, malgré sa jeunesse d’orphelin et les maltraitances qu’il a pu subir. De même, il n’y a aucune scène sanglante, ce qui pour moi est une bonne chose.

On peut trouver, dans cette vingtaine de chapitres, trois parties distinctes. La première concerne le stress de l’attente de l’exécution. La deuxième la terrible attente du temps qui passe. La troisième concernera l’illusion et la possibilité de respirer un jour l’air libre. Pour autant, on n’est jamais dans la dénonciation, ni de la peine de mort comme dans le pull-over rouge de Gilles Perrault, ni de l’incarcération comme l’a fait Edward Bunker, ni des maltraitances derrière les barreaux comme l’a fait récemment Maurizio Torchio (dans Sur l’île, une prison) ou auparavant Hafed Benotman. Il aurait pu aussi montrer l’évolution de la société avec le recul qu’impose la détention forcée, au travers des journaux que reçoit Jefferson Petitbois.

Christian Blanchard a donc décidé de nous offrir un roman psychologique, un voyage dans l’esprit d’un meurtrier, sans jamais prendre parti. L’aspect psychologique est remarquablement bien fait, et la troisième partie est surprenante à défaut d’être renversante. Il n’en reste pas moins que ce roman, original par la forme, restera un moment fort dont on se rappellera longtemps. Même si on a l’impression que l’auteur aurait pu en faire autre chose, avoir plus de poids dans les messages qu’il aurait pu passer.

Ne ratez pas l’avis de Khiad

13 réflexions sur « Iboga de Christian Blanchard »

    1. J’ai bien aimé aussi, et j’ai l’impression qu’il y avait autre chose à tirer de cette idée. Le fait qu’il soit prisonnier permettait de montrer un personnage qui prend du recul par rapport à l’actualité du dehors. C’est un très bon roman psychologique qui aurait pu être un excellent polar social et politique. Du pur divertissement en somme. Amitiés

      Aimé par 1 personne

  1. Bonjour,
    Profitant du confinement pour dévorer quelques piles de bouquins en retard, enfin lu cet Iboga qui, à l’instar de l’hôte de ces lieux, me laisse un goût d’inachevé sur le contexte des décennies traversées. Dommage…
    Bonne lecture à tou(te)s !

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    1. Re Bonjour, certes le contexte est juste effleuré mais je vais défendre l’auteur : le personnage principal est en prison. Donc il me parait normal que le contexte ne soit pas mis plus en valeur. Sinon, je trouve que c’est un sacré tour de force de nous passionner pendant 300 pages en restant dans une cellule

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