La France tranquille de Olivier Bordaçarre (Fayard noir)

 

France tranquille

Quid de ce roman, qui fait partie de la rentrée littéraire noire de Fayard ? Un sujet bien noir, cynique sur la vie provinciale en proie aux affres d’un tueur en série, voilà de quoi allécher tout amateur de roman noir.

Nogent-les-chartreux a tout d’une ville de province paisible où il fait bon vivre. Il y a les petits commerces du centre ville, les usines qui permettent d’employer les ouvriers, les cités du quartier du Bas qui regroupent les pauvres, et les maisons bourgeoises qui abritent les … bourgeois. Bref, vraiment, c’est une vie somme toute classique qui coule comme un ruisseau sans remous.

La gendarmerie est sous la direction du commandant Paul Garand et est composée d’une cinquantaine d’hommes. Garand arbore une bonne cinquantaine d’années, est divorcé de Nadine mais doit s’occuper de son fils Gregory. Se laissant aller depuis le départ de sa femme pour un docteur parisien, il accuse plus d’un quintal sur la balance. Fainéant, aimant le calme, il aspire, à l’image de sa ville, à une tranquillité qui lui permet d’aller pêcher la carpe.

Alors qu’il est prêt pour sa partie de pêche, on lui signale un corps étranglé et brulé. Aucun autre indice ne permet d’aiguiller les gendarmes si ce n’est une indication : « SUGET 0 » avec une belle faute d’orthographe. Quand les cadavres continuent à s’accumuler dans les trois mois qui suivent, la ville devient folle et ressortent des tentations sécuritaires et extrémistes qui vont dérégler cette petite ville paisible de province.

Je serais tenté de dire que ce roman est un bijou de peinture d’une ville de province, avec ses petits on-dit, ses faibles, ses lâches, ses discussions de bistrot, ses honnêtes, ses malhonnêtes, tout un petit microcosme qui vit protégé de la grande délinquance de la ville, et qui s’adapte aux nouvelles règles du libéralisme actuel. Les usines ferment, les négociations syndicats patrons n’en ont que le nom, les gens s’enferment chez eux devant la télévision, les petits commerces ferment …

Quand tout va bien, l’équilibre est maintenu. Quand un caillou se glisse dans les rouages, l’homme redevient un loup pour l’homme, on cherche les coupables, on installe des caméras de surveillance, on fait venir l’armée, on met au pilori ceux d’en Bas, qui ne travaillent pas et donc sont des voleurs voire des assassins. Par cet aspect là, qui est traité avec beaucoup de cynisme, ce roman est une vraie réussite, et les dialogues une réelle bénédiction.

C’est aussi parce que le personnage central (plutôt que principal) est quelqu’un de désabusé, détaché qu’il va réussir à garder son calme, et trouver la solution d’une énigme à laquelle les autres, des commerçants aux policiers, des commerçants aux politiques, n’auraient pas pensé, plus occupés qu’ils sont à sauver leur petite image, leur petite vie, leurs petits avantages.

Je dois dire que, au début du roman, j’ai eu du mal, tant le style de l’auteur allie un cynisme de bon aloi avec une méchanceté et une agressivité pas forcément utile. C’est du moins ce que j’ai ressenti à cette lecture, avant de me faire emporter par cette histoire qui peut paraître absurde mais qui tient par la force de ses personnages et les situations décrites.

Vous voulez du noir, du tristement comique, du révoltant, voir la société par l’autre bout de la lorgnette comme l’aurait fait un Desproges, alors ce livre est pour vous. Car, Olivier Bordaçarre veut nous faire réfléchir, en prenant un peu de hauteur à notre vie de tous les jours. Cette ville paisible peut aisément être transposable à un pays tout entier, et tout le monde y passe. Il n’y a pas de héros ici, mais y en a-t-il dans la vraie vie ? Honnêtement, il serait bien dommage de ne pas lire ce livre car vous passeriez à coté d’une partie de rigolade bien jaune et grinçante.

D’ailleurs, mon ami Bruno a adoré et L’ami Claude le recommande fortement, sans oublier l’ami Yan. Que vous faut il de plus ?

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2 réflexions sur “ La France tranquille de Olivier Bordaçarre (Fayard noir) ”

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